2010-2020: 10 ans, 10 critiques, 10 films

Meilleurs films marocains de la décennie

Par  Mohammed Bakrim et Said El Mazouari

Des valeurs sûres et des incertitudes

Plus qu’un simple rituel journalistique qui vient faire le bilan d’une période donnée, nous sommes en présence d’un exercice cinéphile aux vertus pédagogiques indéniables. La légitimité sociale d’un cinéma est liée fondamentalement aux pratiques discursives qui l’accompagnent. Pour la critique, les différentes taxonomies et autres classements expriment son ancrage dans son environnement et sa réactivité dynamique avec tout ce que cela sous-entend comme prise de risque.

A la lecture des différentes contributions, on se rend compte que l’exercice s’avère une nouvelle fois utile. Le cinéma marocain  et la critique marocaine  en sortent revalorisés. Nous avons ainsi un bilan d’une décennie qui dessine les grandes tendances et met en avant les films et les auteurs qui l’ont marquée. Des valeurs sûres se dégagent (Ayouch, Kilani, Mouftakir, Lasri, Bensaidi, Belabbès) et des titres s’imposent (Sur la planche, Pegase, Volubilis…) comme des références. Une manière de faire écho à la vérité du box office. Dans le classement global, on retrouve : 1. «Sur La Planche» de Leila Kilani (2012), 2. «Pegase» de Mohamed Mouftakir (2010), 3. «Volubilis » de Faouzi Bensaidi (2018), 4. «Fragments» de Hakim Belabbes (2011), 5. «C’est eux les chiens» de Hicham Lasri (2013), 6. «Les Chevaux de Dieu » de Nabil Ayouch (2013), 7. «Mort à vendre»  de Faouzi Bensaidi (2012), 8. «Pluie de sueur» de Hakim Belabbes (2017), 9. « Adios Carmen» de Mohamed Amin Benamraoui (2014) et 10. «The End» de Hicham Lasri (2011).

NB : Pour la réalisation de ce classement global, nous avons pris en compte le nombre de fois où le film a été cité dans les listes, puis en cas d’égalité, la position du film dans les listes des critiques ayant opté pour le classement des films par ordre de préférence.

Mohammed Bakrim: La promesse suspendue

D’un point de vue comparatif, quel regard porter sur la décennie qui s’achève par rapport à celle qui l’a précédée ? Il faut reconnaître en effet que la décennie des années 2000 était marquée par une certaine euphorie, un certain enthousiasme. L’arrivée d’une nouvelle génération, avec la confirmation de celle de Tanger, la dynamique de production aussi bien pour le long que pour le court, des films événements, le festival de Marrakech…en étaient la parfaite illustration. Force est de reconnaître au terme de la décennie 2010 – 2020 que les promesses d’antan n’ont pas été au rendez-vous. Les titres en seraient : permanence de la crise structurelle  (grosso modo l’absence d’un marché intérieur) ; dichotomie flagrante entre la domination d’un genre (la comédie commerciale) et un cinéma d’auteur éclectique et marginal ; disparition du cinéma du centre. Faut-il alors lire le dernier palmarès de Marrakech, avec un cinéma tunisien et un cinéma saoudien  repartis avec des prix prestigieux, comme un signal d’alerte ? 1. «C’est eux les chiens» de Hicham Lasri, 2. «Pegase» de Mohamed Mouftakir, 3. «The narrow frame of midnight” de Tala Hadid, 4. “Mort à vendre» de Faouzi Bensaïdi, 5. «Fragments » de Hakim Belabbès, 6. «Sur la planche» de Leila Kilani, 7. «Tanjaoui» de  Moumen Smihi, 8. «De sable et de feu» Souheil Benbarka, 9. «Jahilia» de Hicham Lasri et 10. «Chevaux de Dieu» de Nabil Ayouch.

Ahmed Fertat : Des critères «puissants»

Dur de ne choisir que dix. Ensuite il a été impossible de classer les dix qui ont eu la chance de figurer dans la liste alors que d’autres non cités mériteraient aussi d’y figurer. Les films choisis l’ont été selon quelques critères qui me paraissent «puissants». Figurent sur cette liste les films qui, à mon avis, remplissent les trois-quarts de ces critères, même partiellement, ce qui fait que l’on peut difficilement marquer par oui ou non mais par degrés (croix, par exemple de 1 à 3) mais cela demanderait  trop de temps. Ces critères  sont : Vigueur et rigueur du scénario. Maîtrise de la narration. Créativité cinématographique (dans la réalisation) pour susciter à la fois, la surprise, le plaisir  et l’émotion, par le choix des plans et leurs agencements (ainsi que ceux des séquences). Limpidité et fluidité du récit, (Critère non contradictoire avec la créativité,  mais avec la déperdition et l’éparpillement). Intérêt du sujet, de la thématique. Culture (humanisme et humanités au pluriel) universelle. Cinéphilie (diffuse, complice et non criarde). Ouverture et  clôture convaincantes (du film). 1. «Pluie de sueur» de Hakim Belabbès (2017), 2. «Sur la planche» de Leila Kilani (2012), 3. « Fragments » de Hakim Belabbès (2010), 4. « Un film…» de Mohamed Achaouer (2011), 5. «HeadBang Lullaby» de Hicham Lasri (2016), 6. « My name is Adil » de Adil Azzab (2016), 7. «Volubilis» de Faouzi Bensaidi (2018), 8. «Pegase » de Mohamed Mouftakir (2010), 9. «Androman» de Azzelarab Mharzi Alaoui (2012) et 10. «Apatride» de Narjiss Nejjar, 2019.

Remarque : il y a des réalisateurs dont deux films devraient figurer dans cette première dizaine, mais j’ai préféré n’en garder aléatoirement qu’un (cas de Bensaidi et Lasri).

Mohammed Chouika : «La Mosquée» en tête

La Mosquée de Daoud Oulad Sayed. Il semble que la lutte dans ce film soit centrée autour de la mosquée comme il ressort de son titre, mais la problématique va au-delà, pour se transformer en une critique profonde de la structure religieuse au Maroc. La « mosquée » n’est qu’un symbole dominant et déroutant à la fois, car l’intensité symbolique s’étend à la critique de la mentalité du faquih, de la formation religieuse à l’ancienne et de l’autorité des faquihs dans la société.

Je pense que la particularité de l’image a contribué à le souligner avec éloquence en étant capable de sonder la relation entre les personnages et de révéler leurs perceptions du monde qui les entoure. Le réalisateur est parvenu à nous présenter ce monde dans le cadre d’une structure spatiale organisée et soumise à un découpage qui sied au thème du film dans son ensemble. Cet intérêt artistique pour l’espace a contribué à retirer le cachet de sacralité au lieu, et à exposer les différentes coulisses et « infections » humaines qui gravitent dans son orbite, et nous nous sommes retrouvé devant un « lieu conceptuel » qui offre une grande possibilité pour de multiples lectures et interprétations.

(Extraits de mon livre,  » Métaphores de l’image : lecture dans l’expérience cinématographique de Daoud Oulad Sayed » [2011]) 1. « La Mosquée » de Daoud Oulad Sayed (2011), 2. «Fragments» de Hakim Bellabès (2010), 3. «Sur La Planche» de Leila Kilani (2012), 4. «Dance of outlaws» de Mohamed El Aboudi (2013), 5. «Adios Carmen» de Mohamed Amin Benamraoui (2014), 6. «C’est eux les chiens» de Hicham Lasri (2013), 7. « Fièvres » de Hicham Ayouch (2014), 8. « Indigo» de Selma Bargach (2019), 9. «Mort à vendre» de Faouzi Bensaidi (2012) et 10. «Kilikis la cité des hiboux» d’Azelarab Alaoui Lamharzi (2018).

Youssef Ait hammou: Un cinéma qui préserve notre patrimoine

Etant donné que je n’ai pas eu l’occasion de voir tous les films marocains  de cette décennie, je me permets de procéder à un simple classement provisoire. Mes critères sont à la fois esthétiques, thématiques, techniques et culturels.

La décennie qui prend fin a confirmé la tendance de la décennie précédente: une cadence de production de plus en plus soutenue et une évidente diversification thématique, stylistique et linguistique.  De plus, cette décennie a permis de confirmer les talents déjà existants et d’en révéler d’autres, beaucoup plus frais et beaucoup plus audacieux. De même, on ne manquera pas de remarquer que, sur le plan dramaturgique, un intérêt croissant est réservé aux grandes questions de la nation, à l’amazighe et aux femmes. Et malgré une raréfaction des lieux de visibilité des films marocains (salles, chaines de TV…), la désaffection du public pour certains films, malgré l’indifférence injustifiée de la recherche académique et universitaire et certains couacs discordants dans la filmographie marocaine, malgré la concurrence déloyale des GAFAM,  le cinéma marocain poursuit un chemin bien  balisé pour les meilleures récompenses internationales et pour un rôle prépondérant  dans la soft diplomacy, dans l’éducation culturelle et dans la préservation de notre patrimoine et de nos mémoires communes. 1. «Fragments» de Hakim Belabbès (2011), 2. «Volubilis » de Faouzi Bensaidi (2018), 3. «Pluie de sueur» de Hakim Belabbès (2017), 4. «Pegase» de Mohamed Mouftakir (2010), 5. «The end» de Hicham Lasri (2011), 6. « La moitié du ciel » d’Abdelkader Lagtaâ (2015), 7. «Adios Carmen» de Mohamed Amin Benamraoui (2014), 8. «Zéro» de Nour Eddine Lakhmari (2013), 9. «La grande villa» de Latif Lahlou (2010) et 10. «Sotto voce» de Kamal Kamal (2014).

Kawtar Firdaws: «The End» pour commencer

The End De Hicham Lasri. Marquant la fin d’une époque, après le décès du roi Hassan II, le film de Hicham Lasri  filme une société marocaine désemparée en usant d’un sens métaphorique aigu. Avec sa réalisation très démonstrative et un usage outrancier des prises de vues aériennes, en oblique ou tournées de 180°, le cinéaste submerge le spectateur par une violence esthétisée façon Quentin Tarantino tournée en noir et blanc.

La route vers Kaboul de Brahim Chkiri. Cette comédie rocambolesque, drôle et « anti-intégriste » de Brahi Ckikiri marque une rupture totale avec le courant d’un cinéma du passé. Ce road movie de 112 minutes à l’esthétique bluffante et usant d’effets spéciaux plutôt réussis (donner l’illusion d’être en Afghanistan), s’apparente à un pêle-mêle où le cinéaste entremêle des thématiques diversifiées, articulées autour des rapports humains et des rapports de l’homme avec la pensée sociale.

Les chevaux de Dieu de Nabil Ayouch. S’inspirant des attentats terroristes du 16 mai 2003 à Casablanca, Nabil Ayouch s’interroge dans ce film sur les raisons qui poussent un jeune ordinaire à basculer dans le terrorisme et devenir candidat au martyre. Le réalisateur filme brillement le processus d’endoctrinement d’une jeunesse désœuvrée par les islamistes.1. «The End» de Hicham Lasri (2011), 2. «La Route» vers Kaboul de Brahim Chkiri (2012), 3. «Les Chevaux de Dieu» de Nabil Ayouch (2013), 4. «L’orchestre des aveugles» de Mohamed Mouftakir (2015), 5. «Rif 58-59 : Briser le silence » de Tarik El Idrissi (2015),6. «Silence des cellule» de Mohamed Nabil (2017), 7. «Apatride» de Narjiss Nejjar (2019), Kilikis, 8. «la cité des hiboux» d’Azelarab Alaoui Lamharzi (2018), 9. «Le Silence des papillons » de Hamid Basket (2018) et 10. «A Mile in my shoes» de Said Khallaf (2016).

Majid Seddati : Des films qui traversent les cœurs et les frontières

Il m’est difficile de faire la différence entre ces films que j’ai choisis, d’où mon choix de les ordonner par année de sortie. Il y a plusieurs points communs entre ces films. Ce qui les distingue, c’est leurs écritures personnels et leur écartement du style dominant, le risque que prennent leur réalisation quand ils expérimentent et enfreignent les règles convenues, quand ils démantèlent les structures narratives linéaires et dissipent les frontières entre fiction et documentaire. Des films attachant de l’importance aux dimensions formelles, plastiques et esthétiques de l’image et du son. Des films caractérisés par leur audace dans la présentation des sujets, leur sens d’humour cinglant et leur rébellion contre une réalité complexe, à travers l’observation des détails, avec une touche d’humanisme et une poésie charmante, loin du traitement direct, de la superficialité, du « message » et des discours moralisateurs. Des films travaillés par des préoccupations sociales, qui plongent dans les profondeurs d’êtres fragiles et marginaux mais qui sont en même temps têtus, combatifs et résistants même s’ils n’atteignent pas leurs buts.

Ces films resteront, à mon sens, parmi les plus importants que le cinéma marocain contemporain ait produit au cours de la deuxième décennie du troisième millénaire. Des films qui, même s’ils n’ont pas trop survécu dans les salles, ont pu traverser les cœurs et les frontières. «Pegase», Mohammed Mouftakir (2010), «La mosquée»  de Daoud Oulad Sayed, (2011), «The End» de Hicham Lasri (2011), «Sur la planche» de Laila Kilani (2012), «C’est eux les chiens » de Hicham Lasri (2013),  «Fièvres»de Hicham Ayouch (2014), «Adios Carmen» de Mohamed Amin Benamraoui (2014), « The narrow frame of midnight» de Tala Hadid (2015), «Pluie de sueur» de Hakim Belabbes (2017) et «Volubilis» de Faouzi Bensaidi (2018).

Jamal El Khannoussi : Un cinéma qui vise le box-office

En observant la liste des films produits au cours de la dernière décennie, il est nécessaire faire un ensemble de remarques:

 – Disparité du niveau des films et un rythme instable d’une année à l’autre, car le niveau des films est déterminé par des performances individuelles, et non pas par une évolution générale.

– L’émergence d’un cinéma qui vise le box-office et qui a réussi à attirer un large public aux salles grâce à des comédies qui ont connu un large succès: Au pays des merveilles de Jihane El Bahhar, La route de Kaboul de Brahim Chkiri, Lahnach de Driss Mrini, Lhajjates de Mohamed Achaour.

 L’absence d’outils ou de mécanismes pour mesurer la qualité des productions: écriture critique rare, participations aux festivals régies par le copinage et le favoritisme, polémique sur le cinéma en l’absence d’écriture sur le cinéma, un box-office impacté par la quasi-disparition des salles.

 – L’émergence d’une tendance opportuniste menée par Nabil Ayouch, le chef de fil d’un cinéma à teneur coloniale traitant des thématiques avec la logique de « l’exposition » des affaires « des indigènes ». Un cinéma où le thème l’emporte sur le traitement artistique à travers un effort marketing maitrisé pour vendre les « plaies » de la société au festival de Cannes ou à Canal+. Cette tendance opportuniste comprend Nabil Ayouch, son épouse Maryam Touzani et leurs enfants « illégitimes »: Alaa Eddine Al-Jem et Meryem Benm’bark.

«Volubilis » de Faouzi Bensaidi ( 2018), «Sur la Planche » de Laila Kilani (2012), « Pluie de sueur » de Hakim Belabbes (2017), « Mort à vendre » de Faouzi Bensaidi (2012), « Pegase » de Mohamed Mouftakir (2010), « Les Chevaux de Dieu » de Nabil Ayouch (2013), « Au pays des merveilles » de Jihane El Bahhare (2017), «Road to Kabul» de Brahim Chkiri (2012) et «Lancer ce poids» de Hind Bensari (2019).

Soulayman El Haqioui : La Boussole de l’art

Peu de réalisateurs marocains ont réussi à achever un cumul quantitatif sans perdre la boussole de l’art. Et ils sont – presque les mêmes qui ne déçoivent pas, et font honneur aux attentes que nous mettons en eux (Faouzi Bensaidi, Hakim Belabbes, Mohamed Mouftakir, Hisham Lasri…). Il est vrai que la référence au cinéma marocain à travers ces noms ou d’autres qui ne figurent pas dans la liste en raison des places limitées, ne peut indiquer que l’intérêt que nous portons aux expériences sérieuses de ces cinéastes, qui ne représentent pas nécessairement les traits distinctifs du cinéma marocain en général. Néanmoins, ce sont des expériences qui confirment la multiplicité des points de vue, la diversité des méthodes de traitement, et la différence des approches: ce sont là des éléments indispensables dans tout cinéma qui cherche à s’affirmer.

1. « Mort à vendre » de Faouzi Bensaidi (2012), 2. «C’est eux les chiens » de Hicham Lasri (2013), 3. «L’orchestre des aveugles» de Mohammed Mouftakir (2014), 4. «Volubilis» de Faouzi Bensaidi (2018), 5. «Sofia » de Meryem Benm’bark (2019), 6. «Les Chevaux de Dieu» de Nabil Ayouch (2013), 7. « Pluie de sueur » de Hakim Belabbas (2017), 8. «La Mosquée » de Daoud Oulad Sayed (2011), 9. «The sea is behind» de Hicham Lasri (2016) et 10. «Pegase» de Mohammed Mouftakir (2010).

Karim Ouakrim : Le choix de l’ouverture

En parcourant les titres des films de la dernière décennie, je me suis trouvé devant deux options : Se concentrer sur quelques réalisateurs ne dépassant pas quatre et choisir plusieurs de leurs films dans ma liste des dix meilleurs films marocains, ou choisir l’ouverture et inclure d’autres réalisateurs dont les films ne sont pas moins importants que les films des deux premiers. J’ai donc opté pour la seconde approche méthode qui me semblait plus juste et non radicale dans le choix.

Et pour ne pas être injuste, si la liste pouvait contenir plus de dix films, j’aurais choisi des films pour d’autres réalisateurs dont le niveau artistique et cinématographique n’est pas loin du niveau des films choisis.

Sur l’émergence de certaines sensibilités et de certains nouveaux visages, je considère « La Mélodie de la Morphine » et son réalisateur Hicham Amal, la découverte cinématographique la plus importante de cette décennie, non seulement pour l’étonnement que son film a créé en nous, comme une agréable surprise quand il a été montré lors d’une d’une édition du Festival National du Film, mais aussi pour la passion dont fait preuve ce jeune réalisateur et son engagement dans l’aventure de l’autoproduction avec une détermination que nous rencontrons très peu dans notre scène cinématographique, afin de réaliser un beau film qui vivra longtemps.

 1. «Volubilis» de Faouzi Bensaidi (2018), 2. «Fragments» de Hakim Belabbas (2010), 3. « Sur la Planche » de Leila Al-Kilani (2012), 4. «Pegase» de Mohamed Mouftakir (2010), 5. «C’est eux les chiens » de Hicham Lasri ( 2013), 6. «Les Chevaux de dieu» de Nabil Ayouch (2013), 7. «Mort à vendre» de Faouzi Bensaidi ( 2012), 8. « Petits bonheurs » par Mohamed Chrif Tribak (2016), 9. « Malak » d’Abdeslam Kelai (2013) et 10-.« Mélodie de la Morphine » de Hicham Amal (2016).

Said El Mazouari : Irrégularité foncière et fulgurances individuelles

L’exercice des listes peut être ardu et contraignant par son embarras et la nécessité des sacrifices qu’il implique, mais il est en même temps salutaire et enrichissant, car il permet par le recul inhérent à sa démarche, d’embrasser la vue d’ensemble et les tendances générales au lieu du flux quotidien et les analyses «unitaires».

Celui là m’a permis de relever pas mal d’enseignements que je n’ai constatés qu’après coup bien entendu. La première et la plus écœurante, est la démission confirmée et presque totale des cinéastes ainés au profit de la génération du milieu des années 90 et début 2000.
La deuxième est l’irrégularité constatée entre les crus annuels qui témoigne que notre cinéma est encore tributaire de l’effort individuel d’une minorité de cinéastes qui allient (avec des fortunes diverses mais un fond de réussite indéniable) : Vision artistique personnelle et un propos fort et ancré dans la réalité et/ou l’imaginaire marocain. Force est de constater donc qu’on doit beaucoup à l’énergie du quintuor en or (par ordre décroissant de «prolificité») : Hicham Lasri, Hakim Belabbes, Nabil Ayouch, Faouzi Bensaidi et Hicham Ayouch.
Cela n’empêche pas que des cinéastes de la même trempe mais qui sont moins prolifiques, par fidélité à leur démarche à l’instar de Mohamed Mouftakir, ou pour des considérations d’ordre personnel comme Leila Kilani, sont tout aussi précieux.

Il y a aussi ceux que les places limitées ont empêché de citer malgré leurs prometteurs films tels que : Abdeslam Kelai, Hicham Amal…

Il convient aussi de souligner quelques déceptions engendrées par exemple par l’absence d’Ismael Ferroukhi et Noureddine Lakhmari après les belles prouesses du «Grand Voyage» (2004) et Casanegra (2008).

Une irrégularité foncière donc qui ne peut que trahir, encore une fois, l’échec du système (Philosophie du Fond d’aide et les lois et pratiques afférentes à l’encadrement de l’exercice du cinéma au Maroc…) et son incapacité d’enclencher une dynamique qui aurait permis le décollage de notre cinéma. Mais, sans vouloir dédouaner les institutions de tutelle, pourquoi pointons-nous toujours du doigt les officiels alors que toutes les révolutions esthétiques (Nouvelle vague, Cinema Novo, Dogme95…) qui ont secoué l’histoire du cinéma étaient surtout les fruits de la rébellion de cinéastes, critiques, acteurs, techniciens… sur l’ordre établi ? A méditer.

1. «Sur la Planche» de Leila Kilani ( 2012), 2. «Mort à vendre» de Faouzi Bensaidi (2012), 3. «C’est eux les chiens» de Hicham Lasri (2014), 4. «L’orchestre des aveugles» de Mohamed Mouftakir (2015), 5. «Les Chevaux de Dieu» de Nabil Ayouch (2013), 6. «Fragments» de Hakim Belabbes (2011), 7. «HeadBang Lullaby» de Hicham Lasri (2017), 8. «Mon frère» de Kamal Mahouti (2013), 9. «Fissures» de Hicham Ayouch (2010) et 10. «Adios Karmen» de Mohamed Amin Benamraoui (2014).

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