Benabdallah: «La question féminine figure au cœur du combat démocratique»

Rencontre entre le PPS et le Collectif «Parité maintenant»

La question féminine n’est pas seulement  une affaire d’élites, loin s’en faut, elle s’agit d’une cause qui nécessité la mobilisation de la société toute entière, ont souligné les participants à la table ronde organisée au siège national du Parti du progrès et du socialisme (PPS), jeudi 12 novembre, autour du thème «La parité institutionnelle et politique»,  en présence  du Secrétaire général du Parti du Livre, Mohamed Nabil Benabdallah, qui a accordé une réception à des membres du Collectif «Parité maintenant», représenté lors de cette rencontre par Amina Maelainine, Khadija El Kor, Amina Ghrib, Naima Zitan et Mohammed Ennahili. Le leader du Parti du Livre été accompagné d’une délégation du Bureau politique du Parti, composée de Charafat Afailal, Touria Skalli et Azouz Senhaji. La modération a été assurée par le journaliste Abdelghani Jebbar.

Nabil Benabdallah: «la parité est une condition du développement»

En ouvrant le débat,  Mohamed Nabil Benabdallah a tenu de souligner d’abord le soutien de son parti à l’initiative initiée par le Collectif « arité maintenant»,  en se positionnant  en tant que véritable partenaire de la campagne nationale de collecte des signatures pour la pétition de la parité.  D’ailleurs, le soutien du PPS à la cause féminine  ne date pas d’aujourd’hui, étant donné que le parti du Livre a inscrit depuis toujours  la question de la femme  sur son agenda et ce conformément à ses convictions et loin des effets d’affichage.

Malheureusement, a-t-il relevé, la question de l’émancipation de la femme dans notre société se pose avec acuité. Certes des acquis ont été enregistrés, mais un long chemin reste à parcourir.  Sans tomber dans un nihilisme quelconque, l’intervenant en se livrant à un diagnostic de la situation de la femme dans notre pays, a indiqué que la présence de la femme dans la sphère  politique demeure assez bonne en comparaison avec les années 60 et 70. Puis, il y avait les débuts des années 2000 où on a enregistré une accélération en matière de l’adoption des lois renforçant le statut de la gent féminine. Cependant, a-t-il fait remarquer, depuis l’adoption de la Constitution 2011, et en dépit de son caractère avancé, les choses n’ont pas bougé d’un iota. Il faut dire, selon l’intervenant, que les politiques (hommes et femmes) sont responsables de cette situation car leur devoir consiste à  donner sens  au texte constitutionnel en  œuvrant  à  la mise en œuvre de ses dispositions, notamment l’article 19,  qui a prévu la  création d’un mécanisme consacrant l’égalité entre l’homme et la femme, en l’occurrence,  l’Autorité pour la parité et la lutte contre toutes formes de discrimination. Pour ce faire, il faut des initiatives fortes pour ressusciter la revendication de la parité, sinon on risque de revenir à la case de départ, a-t-il laissé entendre.

Abondant dans le même ordre d’idées,  le dirigeant du PPS a soulevé la question de  la  représentation politique des femmes, qui suscite un faible intérêt de la part des partis politiques, en indiquant que  dans un cas optimal, le nombre consacrés aux femmes au sein de l’hémicycle  ne va pas dépasser les 90 sièges.   Ainsi, il a appelé les associations des femmes à sortir de leur état d’apathie et créer une nouvelle dynamique.  «Le grand combat, consiste  à ouvrer pour la concrétisation des dispositions de la Constitution», a-t-il noté en substance. En termes plus clairs, la cause de la femme est liée, de manière globale, à la question de la démocratisation de notre champ politique ponctué par des valses-hésitations.

En inscrivant son analyse  aux antipodes de toute approche «dichotomique»,  le Secrétaire général du PPS a souligné que le combat de l’émancipation et  du changement  devrait être mené conjointement  par les femmes et les hommes. «C’est une question de société et n’ont pas d’élites», a-t-il affirmé.

Le but escompté consiste à bâtir une société ouverte sur la modernité tout en étant attaché à ses fondements. Comme quoi, «la question de l’émancipation de la femme et son avancement  est une condition sine qua de développement, c’est la ligne de démarcation entre une société traditionnelle et une société de progrès à laquelle nous aspirons», a-t-il martelé.

Il faut dire, selon le conférencier, que tout  changement est tributaire de la contribution de tous les acteurs politiques, censés à investir l’espace public en vue lutter contre la dévalorisation de l’action politique,  réconcilier les citoyens avec l’action politique et impulser, par conséquent,  un souffle démocratique nouveau à la vie politique. Le conférencier a ainsi  mis en garde contre la désertion du débat public par les intellectuels et les voix sages, préférant par peur, recroqueviller  sur eux-mêmes.

Pour le dirigeant du PPS, la question féminine figure au cœur du combat démocratique. Cela dit,  le combat de la démocratie et des droits de la femme vont de pairs. De leurs côtés, les associations de défense des droits des femmes sont invitées à coordonner davantage leur coordination en apportant un brin de dynamisme à leur action,  et se positionner en tant que véritables forces de propositions, comme ce fut le cas auparavant, a-t-il plaidé.

Quant aux partis politiques, ils sont tenus à prendre bras  le corps cette question et ouvrir leurs sièges aux débats tout en veillant à renforcer les liens de communication avec la population. « La cause féminine a besoin des femmes et hommes qui sont prêts à « mouiller le maillot et qui appelle les choses par leur nom »,   a-t-il déclaré.

Amina Maelainine: «Lutter contre les structures conservatrices»

De son côté, Amina Maelainine, s’est penchée dans son intervention sur les obstacles entravant la consécration de la parité.  La députée du Parti de la Justice et du développement (PJD) a considéré que la bataille de la parité et de l’émancipation devrait se focaliser sur le changement des mentalités et des consciences, soulevant dans sens le faible  débat autour de ce sujet dans l’espace public.  Il s’agit, selon elle, d’un débat terne qui demeure  en déca des attentes. Cela étant,  l’absence de conscientisation de la question de la femme se reflète surtout au niveau des directions des partis politiques qui connaissent une faible présence de la gent féminine dans les postes de décisions. Et de souligner que la discrimination à l’égard de la femme se situe, non seulement au niveau politique, mais s’étend à d’autres champs : économique, et culturel. Autrement dit, «la culture de la domination est bien ancrée dans les mentalités des hommes», a-t-elle noté en substance. Nonobstant des avancées juridiques qu’a connues le Royaume,  la conférencière a fait allusion aux hésitations de l’Etat et  aux limites de la prestation du gouvernement et aussi celle du Parlement pour promouvoir la condition de la femme,  tout en en mettant aussi l’accent  sur l’hiatus  entre le droit et la réalité.

Comme quoi, on ne change pas une société par décret, a-t-elle laissé entendre.  Pour ce faire, il faut impérativement lutter contre les visions péjoratives et les structures conservatrices ou  ce qu’elle a désigné par les «sources de discrimination », en menant un travail en profondeur contre les structures traditionnelles pour déconstruire les structures de domination.  « On ne peut parler d’égalité sans liberté et sans renforcement des droits politiques et civiques, qui représentent une entrée principale pour instaurer la parité», a-t-elle avancée.

Pour elle, cela nécessite une réforme venant d’en haut, car l’Etat devrait se positionner en que  parrain des grandes réformes de modernisation pour faire face aux structures traditionnelles.

Pour la militante du PJD,   elle est tout-à-fait regrettable qu’on assiste aujourd’hui à une certaine régression des mouvements de femmes. Un tel constat incarne  «une crise d’intelligence collective», a-t-elle poursuivi.

Autres points non moins importants, portent sur la crise des idées et d’encadrement dans l’ensemble des instances : partis politiques, collectivités territoriales,  médias…. A cela s’ajoute l’émergence de la culture de la diffamation dans les réseaux sociaux et médias, a-t-elle soulevé.

Pis encore, certains partis recourent aux femmes à la dernière minute pour se porter candidat  aux élections locales ou nationales. « Des femmes qui n’ont derrières elles aucune trajectoire militante et ont été choisi juste pour le statut social », a-t-elle souligné. Et d’ajouter,  « De telles pratiques ne font que consacrer la rente politique et la culture de la soumission et posent  la question de leadership des femmes », tout en appelant les dirigeants des partis politiques à  cesser de s’immiscer dans les affaires des femmes.

Mohammed Ennahili : «un problème éducationnel»

Quant à Mohammed Ennahili, président de l’organisation alternative pour les enfants, il a considéré que  la parité est une question de socialisation sociale par excellence. En termes plus clairs, il s’agit d’un problème éducationnel, d’où l’intérêt d’agir en aval pour changer les stéréotypes et les perceptions négatives notamment auprès des enfants  A cela s’ajoute, la question des politiques publiques devant renforcer le rôle de la femme dans l’espace public en procédant par une démarche participative. Pour lui, il serait anormal que le Maroc adopté la Constitution depuis 10 ans, alors que le Conseil consultatif de la famille et de l’enfance n’a pas vu encore  le jour.

L’intervenant s’est ainsi interrogé sur l’élaboration  des lois sans aucune démarche participative,  rappelant dans ce sens certaines positions des partis politiques qui ont affiché une attitude conservatrice lors de l’adoption de la loi relative au travail domestique, en rejetant catégoriquement l’idée de fixer   l’âge minimum à 18 ans. Pour Mohammed Ennahili, la faiblesse  de représentation féminine concerne également les syndicats qui devraient s’ingénier à renforcer la présence des femmes de leurs structures,  tout  en déplorant que  le  projet de loi  portant sur les  syndicats n’a pas renforcé le mécanisme la promotion de la femme.  Abordant dans le même ordre d’ides, il a appelé les syndicats et partis politiques à  se départir de la logique patriarcale  en opérant des changements profonds dans leurs structures internes. Le militant syndical  a appelé les partis et syndicats  à  donner aux femmes une place de choix pour occuper des postes de décisions… Idem pour Le législateur qui  doit également renforcer la place des femmes en imposant aux partis et syndicats, via la règle de droit, un quota important dans les postes décisionnels.

Khadija El Kor: «Parité et pluralisme politique vont de pair»

Par ailleurs,  Khadija El Kor,  s’est attelée dans son intervention sur les facteurs de blocages de la représentation politique des femmes au Maroc, en affirmant que la question de la parité ne doit pas être dissociée de la question du pluralisme politique. Pour elle, les réalisations en matière des droits de femmes, n’est que le cumul d’un long parcours de combat des femmes et hommes qui ont cru à la nécessité de la démocratie. Cependant, a-t-elle ajoutée, la parité n’est pas seulement une question de lois, elle relève plutôt  d’un état d’esprit, notant  dans ce sens que l’alliance « Parité maintenant », a une porté symbolique qui ambitionne à secouer les  mentalités.

En fait, l’initiative « Parité maintenant », qui scrute l’horizon 2030, s’est assignée comme finalité, l’instauration d’une campagne  nationale de collecte des signatures de la pétition nationale pour la réalisation d’une parité constitutionnelle, a-t-elle expliqué avant de souligner que le retard enregistré en matière de ce chantier est synonyme de la faiblesse des partis politique et le trébuchement du processus de la transition démocratique, marqué par ce qu’elle a désigné « la dictature des technocrates».

Selon l’intervenante, la faible présence des femmes dans les postes de décisions au sein des partis politiques relève de plusieurs facteurs, à savoir, la persistance de la culture de népotisme et du clientélisme et la forte présence des hommes d’affaires dans les partis, devenu un phénomène structurelle.  D’ailleurs, c’est ces derniers qui fixent les règles du jeu au sein des partis surtout en matière de choix des compétences.  A cela s’ajoute la culture de la soumission, la dévalorisation des structures politique et l’action publique, soit autant d’indicateurs qui témoignent d’une régression démocratique, a-t-elle noté. Grosso mode, l’initiative de la «Parité maintenant», qui contient un cahier blanc contenant l’ensemble des amendements devant être apportés aux textes de lois, appelle les législateurs à l’élaboration d’une loi-cadre sur la parité, qui serait considérée comme un référentiel incontournable dans la fabrication des politiques publiques, a-t-elle déclaré avec insistance. Ainsi, la signature de la pétition qui est un droit constitutionnel serait un moment d’apprentissage démocratique et une manière de redonner confiance à l’action politique, a-t-elle conclu.

Khalid Darfaf

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Plaidoyer pour une loi-cadre pour la mise en œuvre de la parité

Le collectif « Parité maintenant » a appelé, dans un document référentiel de plaidoyer, à la mise en place d’une loi-cadre pour la mise en œuvre de la parité entre hommes et femmes et ce, en application de l’article 19 de la Constitution.
Ce document, présenté récemment, propose la mise en place d’une loi-cadre autour de l’égalité hommes-femmes visant à faire de la parité annoncée dans un certain nombre de programmes, discours et événements, une réalité encadrée par une loi spécifique reposant sur une approche intégrée des droits des femmes et qui doit être mise en œuvre par tous les organismes publics et privés, l’État, les collectivités territoriales, les institutions publiques nationales et locales et les entreprises, conformément à ce qui est stipulé dans le premier paragraphe du chapitre 19 de la Constitution.
Cette loi vise, également, à instaurer le passage d’un raisonnement de discrimination positive, qui constitue la logique actuelle prévalente pour la représentativité des femmes dans les instances de prise de décision, vers un raisonnement qui agit pour l’effectivité de la parité entre les femmes et les hommes, ainsi qu’établir des principes, des directives et des objectifs qui garantissent l’harmonie du cadre juridique régissant les droits des femmes et permettant la mise en œuvre optimale des textes législatifs et réglementaires nécessaires pour la réalisation de ces objectifs et orientations.
Parmi les objectifs de cette loi-cadre, selon le document référentiel, figurent aussi le développement d’une vision unifiée et commune sur la question des droits des femmes et de la parité, qui prévale dans tous les domaines, tel que stipulé par l’article 19, alinéa 1 de la Constitution, afin de dépasser les ambiguïtés et la confusion qui ont marqué un certain nombre de textes législatifs relatifs à divers aspects des droits des femmes.
Elle tend, aussi, à parvenir à une parité dans toutes ses dimensions professionnelles, sociales, culturelles et économiques, représentative, territoriale et sportive, afin de combattre la vulnérabilité des femmes et lutter contre la violence dont elles sont victimes et à généraliser la parité dans toutes les instances publiques au niveau de l’État et des collectivités territoriales.
Cette initiative constitue le fruit d’un effort participatif et de discussions approfondies entre plusieurs associations des droits de l’Homme, du développement durable et des femmes, avec la contribution de partis politiques, de syndicats et d’institutions nationales, en vue de préparer un cadre de référence global pouvant servir de base à l’élaboration d’une loi-cadre pour la mise en œuvre de la parité entre les hommes et les femmes au Maroc, dans le cadre de la pétition nationale pour la réalisation de la parité constitutionnelle à l’horizon 2030, adressée à l’attention du président de la Chambre des représentants.

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