Covid: les Européens en sommet pour faire front

Face à la menace des variants

Les dirigeants européens se réunissent jeudi en sommet virtuel pour tenter d’afficher une stratégie commune face à la menace des variants du coronavirus, en dépit de restrictions de circulation non coordonnées et de vives divergences sur le futur « passeport vaccinal ».

Les dirigeants des Vingt-Sept se retrouvent par visioconférence à partir de 14H00 GMT au moment où l’essor des variants britannique et sud-africain fait planer le spectre de nouvelles flambées des contaminations, sur fond de campagnes de vaccination poussives.

Les Européens veulent notamment être parés au cas où de nouveaux vaccins, de deuxième génération, seraient rendus nécessaires par les mutations du virus: Bruxelles a déjà promis un feu vert réglementaire accéléré.

Inquiets, une dizaine d’Etats de l’UE ont limité le franchissement de leurs frontières. La Commission européenne a sommé six d’entre eux de s’expliquer sur des restrictions de circulation qu’elle juge disproportionnées, redoutant des dysfonctionnements de chaînes de production.

Parmi eux figurent la Belgique, qui interdit tout voyage non essentiel, et l’Allemagne, qui filtre les passages avec la République tchèque, la Slovaquie et le Tyrol autrichien. De son côté, la France a annoncé jeudi qu’elle exigera des tests PCR récents pour les déplacements non professionnels de frontaliers depuis l’Allemagne vers le département de la Moselle.

« La coordination est compliquée car pour les dirigeants, la priorité est de protéger leur population », observe un haut responsable européen, qui s’attend à des « discussions animées » lors du sommet.

Les Vingt-Sept s’étaient initialement promis de n’adopter que des mesures « proportionnées » et « non discriminatoires ». Mais les variants ont changé la donne.

Ils « suscitent une nervosité et une prudence légitimes: pour une partie des gouvernements, le réflexe – parfois le plus commode – est de fermer les frontières », reconnaît un diplomate, pour qui le sommet doit « rappeler les règles collectives ».

Selon un projet de conclusions, consulté par l’AFP, les dirigeants européens prévoient de réaffirmer que « les flux sans entrave des biens et services au sein du marché unique doivent être garantis ».

Concernant un certificat de vaccination européen, destiné à faciliter les voyages, les dirigeants pourraient se contenter d' »appeler à poursuivre une approche commune » sur les critères et le format choisis, mais sans mesure concrète, selon des sources concordantes.

Le débat a lieu au moment où les campagnes de vaccination restent ralenties par les ratés de livraisons des laboratoires – même si Bruxelles prévoit toujours de vacciner 70% de la population adulte européenne d’ici mi-septembre.

Evoquer ce certificat quand seulement 4,2% des Européens ont reçu au moins une dose, et que les autres n’ont pas accès au vaccin faute de stock, « cela n’a aucun sens, c’est conflictuel et problématique », gronde un diplomate.

Et de noter qu’il n’est pas encore établi qu’être vacciné empêche de contaminer d’autres personnes.

Mais si Paris et Berlin s’inquiètent de l’abîme entre une minorité privilégiée et les autres, d’autres Etats – notamment les plus dépendants du tourisme – veulent une adoption accélérée pour sauver leur saison estivale, à l’instar de la Grèce.

Le chancelier autrichien Sebastian Kurz préconise également « un passeport vert » autorisant des voyages « sans restriction » et l’accès aux « restaurants », avertissant qu’en l’absence de solution européenne, un projet sera « établi au niveau national ».

Selon le Premier ministre bulgare Boïko Borissov, plusieurs Etats dont le sien, l’Autriche et la Grèce, se sont « mis d’accord sur la proposition d’un passeport vert qui permettra de soulager tous ceux qui se sont fait vacciner (…) et pourront mener une vie normale ».

De leur côté, la Grèce et Chypre ont déjà conclu, chacun de leur côté, un accord touristique avec Israël permettant à leurs citoyens vaccinés de voyager sans restriction, grâce à un « passeport vert ».

Les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE se pencheront également jeudi sur l’approvisionnement en vaccins des pays tiers: le président français Emmanuel Macron a ainsi proposé que l’Europe et les Etats-Unis livrent « le plus vite possible » 13 millions de doses de vaccins à l’Afrique pour que le continent vaccine ses 6,5 millions de soignants.

A Bruxelles, on rappelle que les Etats membres sont libres, sur la base du volontariat, de donner leurs doses à d’autres pays – parallèlement au dispositif international Covax que soutient l’UE et qui vient de livrer ses premiers vaccins gratuits au Ghana.

Mais « promettre monts et merveilles à des pays tiers alors que nous ne parvenons pas à accélérer la vaccination de nos propres populations, c’est inenvisageable », tempère un diplomate.

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