Finance participative: forte résilience face à la crise sanitaire

Entretien avec Hicham Abouyoub

L’expert en banque, assurance et finance participative, Hicham Abouyoub, explique, dans un entretien à la MAP, l’origine de la résilience des banques participatives en 2020 et analyse le sujet du refinancement de ces banques.

Quelle est votre analyse de la résilience des banques participatives face aux effets de la crise sanitaire ?

En effet, les réalisations à fin 2020 confortent les banques participatives marocaines dans leur dynamique de croissance, à des degrés différents, et démontrent leur résilience face à la crise sanitaire sans précédent que nous traversons à l’échelle nationale et mondiale.

Ces banques ont totalisé, à fin décembre 2020, 13,5 milliards de dirhams (MMDH) de financements, en progression de 48% par rapport à 2019. De même, les dépôts en comptes chèques et en comptes courants, dont l’encours s’élève à 4 MMDH, ont enregistré une progression significative en 2020 de 37,7% par rapport à un an auparavant. Les dépôts d’investissement ne sont pas en reste avec un encours de 894 millions de dirhams (MDH).

Cette dynamique de croissance et cette résilience des banques participatives marocaines s’expliquent par plusieurs facteurs que je résume en 5 points clés:

 – D’abord, une proposition de valeur conforme à l’environnement socio-culturel marocain et reflétant les attentes d’une large frange de la population.

– Ensuite, les banques participatives ont fait preuve d’une maturité et d’un pragmatisme à travers un discours et une approche commerciale adaptés à toutes les composantes de la société abstraction faite de leurs convictions religieuses.

– Par ailleurs, leur positionnement en tant que banques à parts entières, aptes à assurer l’ensemble des services financiers, s’est traduit par une expérience client probante dans la banque au quotidien, reflétant ainsi leur proposition de valeur largement relayée par le bouche à oreille.

– L’adoption également de processus digitalisés en natif a permis une plus grande proximité des banques participatives avec leurs clients durant le confinement et une agilité dans la relance de l’activité post-confinement.

– Enfin, une bonne gouvernance à travers une politique rigoureuse de sélection des risques avec pour corollaire un développement sain et maitrisé.

Ces banques demeurent toutefois confrontées aux difficultés de refinancement. Comment s’explique cette situation?

Force est de constater que l’écart entre les financements et les encours de dépôts des banques participatives demeure effectivement important, environ 5 MMDH d’encours dépôts, y compris les dépôts d’investissement, pour un encours total de financement de 13,5 MMDH.

Ceci est dû d’une part, au décalage de perception de la clientèle qui a considéré au départ les banques participatives comme des sociétés de financement, tant l’offre produits était limitée et d’autre part, à l’absence d’un circuit monétaire approprié pour le refinancement des banques participatives.  Le lancement tardif des dépôts d’investissement a également contribué à cette situation.

Quels sont les moyens mis en place pour surmonter ces difficultés ?

L’essentiel des ressources des banques participatives est constitué de fonds propres. Le recours à « Wakala Bil Istithmar » contribue également à renflouer la trésorerie des banques participatives, mais demeure une solution temporaire à court terme.

En vue de réduire les tensions sur les ressources des banques participatives, la solution à mon avis la plus viable à moyen et long terme, consiste à renforcer leur capacité de collecte des ressources à vue et des dépôts d’investissement, combinée à la mise en place d’un circuit monétaire approprié pour leur refinancement.

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