La Tunisienne des Arts et des Lettres

Entretien avec Leila Berhouma

Par Noureddine Mhakkak

Intellectuelle tunisienne, docteur en sciences culturelles spécialiste en audiovisuel, Enseignante universitaire à l’institut supérieur des arts de multimédia à l’université de la Manouba, a déjà participé à de nombreux colloques tunisiens et internationaux et en tant que membre de jury dans plusieurs festivals de cinéma en Tunisie et dans le monde.

Elle s’intéresse au monde littéraire et artistique des enfants et à travers lui, elle essaie de renouveler ou plutôt de recréer un univers culturel plein de beauté et d’amitié et d’amour.

Voici un entretien avec elle

Que représentent les Arts et les Lettres pour vous ?

L’art, est ma nourriture, c’est un moyen de puiser de la beauté et absorber cette énergie par mes sens, pour la rediffuser par différentes techniques artistiques. La littérature, c’est avant tout un moyen de m’évader, de voyager. Pour moi la littérature c’est l’art qui se fait avec les mots et des idées à travers l’écriture.

Que représente la beauté pour vous ?

La beauté pour moi est subjective elle dépend des individus mais tout ce qui est beau nous stimule et procure en nous un plaisir esthétique   et parvient à réconcilier notre sensibilité.

Que représente l’écriture pour vous ?

  Pour moi, l’écriture est l’essence de mon existence. C’est une sorte d’exutoire dans lequel je me semble irrémédiablement embarquée. C’est une passerelle, entre le monde réel et la fiction que seul je gouverne. Mes rêves sont ma plus grande source de création, ils incarnent mes fantasmes inavoués et mes désirs intenses. J’inscris à l’encre mon aliénation dans la chair du papier et je me forme une catharsis à travers l’écriture.

Parlez-nous des livres / des films que vous avez déjà lus / vus et qui ont marqué vos pensées.

Mon film préféré c’est « Jeux interdits » de René Clément, c’est l’un de ses meilleurs classiques du cinéma français, alliant la poésie de l’enfance, marquée par la cruauté et la mort du monde adulte. C’est un classique du cinéma français, au scénario intemporel et universel, accompagné d’une célèbre musique interprétée par le guitariste espagnol Narciso Yepes. C’est l’une de ses plus belles réalisations et l’une des œuvres d’anthologie du cinéma d’après-guerre.

J’aime aussi « Le Cahier », un film iranien réalisé par Hana Makhmalbaf. L’action se situe à Bâmiyân, en Afghanistan, sur le lieu de la destruction des Bouddhas géants détruits par les talibans en mars 2001. Il y a incontestablement un style qui évoque tout à la fois « The Kid », le néo-réalisme et le cinéma soviétique, et la façon de mettre les enfants au centre du récit place « Le Cahier » dans la lignée de « Zéro de Conduite » et « Les 400 Coups ».

Sensible et délicate, cette allégorie confirme la réussite du thème de l’enfant dans le cinéma iranien. Kiarostami et Panahi avaient certes placé la barre plus haut mais la jeune réalisatrice ne démérite pas. Pour le livre qui m’a marqué c’est « Les vilains petits canards » de Boris Cyrulnik. Pour moi c’est une leçon de vie, c’est un livre optimiste qui décrit le phénomène de résilience et prouve que pourvu que des mécanismes de défense se mettent en place et que des mains se tendent, aucune blessure n’est irréversible. Dans ce livre Cyrulnik nous invite à considérer le traumatisme comme un défi.

Parlez-nous des villes que vous avez visitées et qui ont laissé une remarquable trace dans votre parcours littéraire / artistique.

J’ai visité plusieurs villes européennes et arabes mais j’ai un faible particulier pour les villes arabes parce que je retourne toujours avec de nouvelles amitiés. Pour les villes qui m’ont marquée : j’ai beaucoup aimé Damas. Damas a laissé une trace, c’est le carrefour des civilisations depuis la haute antiquité, j’ai participé en tant que conférencière au festival de Damas du cinéma de l’enfance et de la jeunesse et j’ai beaucoup aimé cette ville syrienne. J’ai beaucoup aimé aussi Chefchaouen, la belle ville marocaine, la ville de montagne au cadre superbe, pleine de charme et à l’écart des grands centres touristiques. J’étais membre de jury dans festival Chefchaouen de l’enfance et de la jeunesse, ce qui m’a marqué à Chefchaouen c’est son authenticité ses ruelles au décor méditerranéen de maisons bleu. Il y a aussi une chose remarquable c’est que les gens « vieux ou jeunes » participent au festival, ils aident l’équipe du festival, ils chantent, dansent, regardent les films en famille. Tu sens que le peuple Chefchaounien est une famille, c’est une maison familiale à ciel ouvert. A par ma présence en tant que membre de jury j’ai présenté une conférence et j’ai dirigé des ateliers pour les ados, nous étions très proches au peuple marocain, ils sont chaleureux simples et authentiques.

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