«L’activité des bureaux de change connaît une baisse de 90%»

Abdessalam Yamllahi, président de la fédération nationale des associations régionales des bureaux de change :

Propos recueillis par Kaoutar Khennach

En cessation d’activités depuis le début de la pandémie, les bureaux de change au Maroc sont toujours dans la tourmente. Les touristes à fort pouvoir d’achat ne viennent plus puisque de nombreux voyages sont annulés, et la quatorzaine obligatoire pour certains pays bloque les visiteurs. Ainsi, ça fait presque une année qu’aucun client n’a franchi le seuil d’un bureau de change.

Cette situation inédite, qui a causé des pertes d’emploi et des  faillites, a poussé la fédération nationale des associations régionales des bureaux de change de lancer un cri d’alarme. D’autant plus que les professionnels du secteur souffrent également des effets de la mise en place de la flexibilité du Dirham. Dans cet entretien, Abdessalam Yamllahi, président de la Fédération alerte les pouvoirs publics sur les circonstances économiques et sociales des bureaux de change et livre des propositions de sauvetage. Les propos.

Al Bayane : Quelles analyses faites-vous, aujourd’hui, du marché de change manuel au Maroc ?

Abdessalam Yamllahi : Il n’existe malheureusement plus de vrai marché de change manuel au Maroc. Depuis le changement du régime en 2018, nous faisons face à ce que nous appelons un marché à deux  vitesses. La première pour les banques et la deuxième pour les bureaux de change. En effet, ces derniers ont été complètement ignorés lors de la mise en place de la flexibilité du Dirham, qui a eu un impact dévastateur sur notre activité. Indépendamment des effets de la pandémie, nous subissons une dilution de nos marges de 50 à 75% depuis trois ans, sans que cela ne semble déranger nos autorités de tutelle.  

Selon vous, comment la pandémie a-t-elle affecté l’activité des bureaux de change?

Avec des frontières fermées et une activité touristique inexistante, notre activité connaît une baisse de 90% en moyenne par rapport à l’année 2019.  Les bureaux de change font partie du secteur touristique puisque leur activité y dépend à 99%. Malgré cela, mis à part pour les mois d’avril, mai et juin 2020, nous n’avons pas bénéficié à ce jour de la prime « Covid-19 » pour les employés, à l’image des autres acteurs de ce secteur touchés de plein fouet par la pandémie. Malgré nos nombreuses demandes, aucune suite n’a été donnée à nos revendications à ce sujet par le gouvernement.

Dans ce contexte, quels sont les effets de la Covid-19 pour les Bureaux de change? 

Un bon nombre de bureaux de change ont dû fermer leurs portes par manque de clients, notamment dans les régions touristiques. Les bureaux qui résistent plus au moins à la crise ont une activité de 5 à 15% par rapport aux mêmes périodes de 2019. Sans arrivées de touristes étrangers ni de MRE, nous n’avons presque aucune activité. Ceci aggravé par le fait que la réglementation nous impose une activité unique, qui est le change manuel. Malgré nos demandes, nous ne pouvons pas exercer d’autres activités, comme le transfert d’argent par exemple, à l’image des établissements de paiement. D’où notre étonnement d’être exclus des aides de l’Etat, lorsque des secteurs qui tournent à 20, 30 voire 40% de leur activité normale en bénéficient.

Mis à part les effets de la Covid-19, quelles sont les difficultés que rencontrent les bureaux de change, notamment après la flexibilité du régime ? 

La flexibilité a un impact négatif sur notre activité. Nous en subissons les méfaits depuis plus de trois ans. Nous en avons fait part aux instances concernées à plusieurs reprises, sans aucune réaction de leur part, à notre grand regret. Les difficultés rencontrées sont principalement de deux ordres. D’un point de vue réglementaire, nous travaillons toujours sur la base de la réglementation de 2007, qui malgré quelques petits changements, s’avère obsolète et inadaptée au nouveau régime des changes.  En effet, malgré la volonté des autorités de créer un marché, la réglementation actuelle nous impose à combien acheter une devise, quand la vendre, à qui la vendre et par défaut, à combien la vendre. Nous sommes en réalité pieds et mains liés par des règles qui ne s’appliquent qu’aux bureaux de change. D’un point de vue concurrentiel, tout en exerçant la même activité que les banques ou que certains établissements de paiement, les règles du jeu sont différentes. Ce qui provoque un déséquilibre majeur sur le marché du change manuel dans notre pays. En effet, nous subissons des contraintes réglementaires que nos concurrents n’ont pas à subir, ce qui fausse toute concurrence équitable. Nous souhaitons clarifier que la problématique de la concurrence est provoquée par la réglementation actuelle comme indiqué précédemment. 

Quelles sont vos revendications pour développer ce secteur ?

Nous demandons à nous réunir avec les décideurs du Ministère des Finances, de la Banque Centrale et de l’Office Des Changes, qui seraient à même de prendre des décisions concernant notre problématique.  Nous n’avons pas été reçus par le DG de l’Office des Changes malgré nos demandes. Nous demandons depuis bientôt trois ans, la révision de la réglementation des changes en général, et des modalités d’exercice du change manuel en particulier, qui ne sont pas adaptées à la réalité du terrain. Malheureusement, lors du changement de régime, les conséquences néfastes sur l’activité des bureaux de change n’ont pas été prises en considération par les instances concernées. Malgré la volonté affichée de créer un vrai marché du change au Maroc, nous ne pouvons que constater l’échec de cette volonté en ce qui concerne le change manuel, 3 ans après le changement de régime. Sans une révision de fond en comble de la réglementation actuelle, les contraintes que nous subissons rendent notre activité difficilement viable dans les années à venir. 

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