Le temps plein et le temps vide

Point d’orgue –Covid  et modernité 2/3

Par Sami Zine

Le confinement de la population pour éviter de surcharger la capacité de traitement limitée de nos hôpitaux a été péniblement vécu par les gens. Non seulement pour la restriction qu’il impose à la liberté de circulation et les difficultés de demeurer prisonnier de lieux exigus  qu’il provoque, mais également pour l’adaptation et l’usage du temps disponible plus long qu’il dégage.

Ainsi, les marocains ont été appelés à ajouter aux différents temps qu’ils connaissent et qui structurent leur vie une plage plus grande au temps vide. La nomenclature des temps organisée autour du temps naturel des saisons, du temps religieux des prières, du temps spirituel de la contemplation ou de l’introspection, du temps économique du travail et de la productivité, du temps social de la fraternité et de la vie familiale, du temps des loisirs et des divertissements, officialise pour tous la nouvelle ligne du temps vide, auparavant considérée comme marginale.

Le temps vide serait le temps contraint par le non travail et l’absence de moyens que les jeunes oisifs traduisent habituellement par l’expression : « mixer le temps », et du temps considéré comme inutile et pesant que rencontrent certains avant la rupture du jeûne au Ramadan ou durant une escale trop longue dans les aéroports, qu’ils traduisent par l’expression « tuer le temps ». Au final, c’est un temps disponible problématique par sa durée, sa vitesse, ses usages et sa valeur.

Le temps vide actuel est imposé par la puissance publique soucieuse de maîtriser la pandémie. Quelles occupations les marocains ont-ils réservées à ce temps vide domicilié chez soi ? On a une vague idée de ce qu’ils ont fait pendant ces longues semaines à la maison. Sans doute, le temps vide a été rempli par des activités ludiques et familiales plus tournées vers l’oralité et les images que vers la lecture. L’explosion du chiffre d’affaires relatif à la flopée de nouveaux abonnements à l’internet fixe d’Ittissalat Al Maghreb pendant la période de confinement pourrait valider cette hypothèse.

Ailleurs, le temps plein des hommes et femmes socialement inutiles que sont les personnes âgées parquées dans les maisons de vieillesse, a été considéré par les protocoles sanitaires comme un temps vide sans valeur, et du coup, leurs titulaires ont été souvent délestés de leur humanité et offert au coronavirus encore maître du temps présent.

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