Les salles obscures en berne, le milieu s’inquiète

Cinéma au Maroc

Par Maria Mouatadid (MAP)

Les salles de cinémas subissent de plein fouet les conséquences néfastes de la pandémie du nouveau Coronavirus. Rideaux baissés depuis le début de cette crise, elles devraient encore prendre leur mal en patience car la reprise de l’activité n’est pas encore à l’ordre du jour pour bon nombre d’exploitants de salles obscures.

Avec une situation économique calamiteuse, le milieu cinématographique s’inquiète et s’interroge sur son avenir. La filière risque en fait de passer une période encore plus difficile, voire sanglante, même si l’optimisme reste de mise.

Les propriétaires des salles, maintenues en zone rouge, croulent sous les charges, tel est le cas de Pierre-François Bernet, directeur général du ciné Atlas Holding, dont les pertes sont estimées à 1,5 million de dirhams (MDH).

Rationnel, cet entrepreneur déplore, dans une déclaration à la MAP, l’absence de visibilité concernant la réouverture, soulignant que le plan de relance doit être déployé à la bonne date. «Si on rouvre trop tôt, on aura personne», a-t-il expliqué.

«La raison, c’est de rouvrir quand on sait qu’on aura le minimum de public», a-t-il dit, précisant, dans ce sens, que la majorité attend les films du studio forts, qui ont, quasi-tous, décalés leurs sorties à 2021.

Plusieurs cinémas qui ont rouvert à l’étranger veulent refermer, sachant que le secteur d’exploitation de cinéma est extrêmement important dans ces pays, a relevé le propriétaire du ciné Atlas.

«Au Maroc, la taille du marché de l’exploitation n’est pas gros, on peut le sauver à moindre frais», a souligné M. Bernet, saluant, à ce propos, le soutien apporté par l’Etat marocain au secteur.

Certes, le confinement a affecté amplement le domaine cinématographique, notamment dans sa dimension festival et production, a indiqué, de son côté, la présidente de l’Association des rencontres méditerranéennes du cinéma et des droits de l’Homme (ARMCDH), Fadoua Maroub, estimant que le 7ème art joue un rôle central dans le rayonnement culturel du pays.

Les recettes des salles obscures ont été ardemment atteintes par la crise actuelle, et les incidences économiques et sociales pèsent lourdement sur tous les acteurs du secteur, a-t-elle précisé.

Pour autant, pendant toute la période du confinement, il y a eu un accompagnement des distributeurs, des producteurs et des différents acteurs culturels pour proposer des offres en termes de cinéma en ligne, a-t-elle noté.

Depuis l’entrée en vigueur de l’état d’urgence sanitaire au Maroc, le Centre cinématographique marocain (CCM) a mis en ligne une série de longs métrages marocains sur son site web. «Beaucoup de personnes qui n’auraient jamais vu des films marocains, notamment les anciens films, ont eu l’opportunité de les voir et les revoir en virtuel», a-t-elle-dit.

Or, les plateformes numériques ne peuvent jamais remplacer les grands écrans, car il s’agit d’une autre dynamique sociale, a affirmé la présidente de l’ARMCDH qui a décidé, à son tour, de se tourner vers le digital pour assurer son rendez-vous annuel «la nuit blanche du cinéma et du droit à l’environnement», mais cette fois-ci de manière virtuelle.

D’autant bien qu’il élargit la cible, le digital ne peut pas remplacer la rencontre entre public, le contact direct avec les gens, l’échange, le débat et la magie du grand écran, dans un espace physique partagé, a noté Mme Maroub.

Dans le future, le développement de la culture de la diffusion des films en ligne peut être une action parallèle au grand écran, a-t-elle poursuivi.

La fermeture temporaire des salles de cinéma a touché également les services offerts en interne (billetterie, confiserie, publicité, locations de salles..) et les commerces des environs. Leurs propriétaires continuent de subir des pertes considérables et ne cachent pas que leur chiffre d’affaires a été très affecté sur l’ensemble des recettes.

«L’impact de la crise sur le secteur est de grande ampleur», a fait observer Kamal, propriétaire d’un restaurant à proximité d’une salle de cinéma à Rabat, et dont la majorité de sa clientèle était des passionnés du 7ème art qui prenaient des repas à leurs sorties des salles.

«C’est toute une chaîne qui est touchée brutalement par la pandémie», a-t-il déploré. «Pour que la filière redémarre sereinement, il faudra regagner la confiance du public», a-t-il poursuivi, soulignant que la santé des clients et des téléspectateurs prime et vient toujours en premier.

«Post-ouverture, les cinéphiles, dont le rituel est cassé actuellement, doivent laisser l’habitude de regarder les films sur leurs télévisions ou ordinateurs chez eux», a-t-il suggéré.

Pour une reprise saine, les propriétaires des salles au Maroc auront besoin de moyens financiers énormes, pas seulement pour appliquer les nouvelles mesures sanitaires, mais également pour renforcer la communication et attirer le public de nouveau en salles.

C’est dans cette perspective que le ministre de la Culture, de la jeunesse et des sport, Othman El Ferdaous a annoncé, en début du mois de juillet via sa page Facebook, l’adoption d’une série de nouvelles «mesures de résistance» en faveur du cinéma en consacrant une enveloppe de 10 MDH au profit des salles de cinéma.

Ces mesures concernent la prise en charge de certains coûts fixes des salles de cinéma engagés sur la période allant de mars à juin 2020 et n’ayant pas pu être amortis du fait de la crise sanitaire, ainsi que le versement aux exploitants d’une prime exceptionnelle à la réouverture des salles, équivalente à un mois de chiffre d’affaires pour accompagner la reprise d’activité, conditionnée au respect des normes sanitaires et à l’engagement de garder la salle ouverte au moins 18 mois, a expliqué le ministre.

Au régime depuis des mois, les accros aux salles de cinémas ont hâte de s’y installer de nouveau et profiter des films sur l’écran géant. «L’ambiance conviviale et de détente qui règne dans les salles me manque terriblement», un sentiment que partage une passionnée du cinéma, qui avait l’habitude de les fréquenter chaque vendredi soir avec sa petite famille.

«Je croise mes doigts pour que ça ne demeure pas ainsi et que ça rouvre le plus tôt possible. J’ai envie aussi d’apporter mon soutien au secteur qui a été amplement touché par la crise», a-t-elle ajouté.

Pour les passionnés d’art cinématographique, tout n’est pas obscure et beaucoup misent sur les mois prochains. En attendant de connaître le nouveau cadre sanitaire des salles, les mordus du 7ème art espèrent une offre de films alléchante qui répondra adéquatement à la demande et aux besoins de tous les goûts cinématographiques.

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