Regragui : « Je pense que le rôle d’entraîneur, c’est ce qui me va le mieux. »

Lions de l’Atlas

Oussama Zidouhia

Le sélectionneur national Walid Regragui a ouvert les portes du complexe Mohamed VI au magazine francophone Onze Mondial pour une interview, offrant un aperçu unique de sa philosophie d’entraîneur, la gestion des égos et ses objectifs principaux.

La passion d’entraîner selon Walid Regragui : « Oui et non. Oui, parce que c’est quelque chose que j’avais au fond de moi. La preuve, c’est que j’ai décidé d’arrêter ma carrière alors que j’aurais pu jouer encore un ou deux ans. Mais j’ai préféré passer mes diplômes en France. C’était vraiment quelque chose qui me trottait dans la tête en fin de carrière. Petit à petit, j’ai vraiment voulu devenir coach. Quand je rencontre certains entraîneurs que j’ai côtoyés par le passé, ils disent qu’ils ne sont pas surpris. Donc c’est qu’ils avaient vu en moi quelqu’un qui avait envie de passer le cap. Je savais que je voulais rester dans le football. Mais je ne connaissais pas le rôle. Je pense et j’ai l’impression que le rôle d’entraîneur, c’est ce qui me va le mieux. »

Adapter ou imposer ? : « Les joueurs passent forcément avant le système. Ceux qui pensent le contraire se trompent. Si on ne pensait pas aux joueurs avant le système, on n’achèterait pas des joueurs à plus de 150 millions d’euros. Et chaque équipe s’occupe rait de son système. À un moment donné, les joueurs font l’équipe, font le système. Et plus tu as de bons joueurs, plus c’est plus facile pour un entraîneur de mettre en place ses idées. Sans bons joueurs, c’est quand même compliqué. Avoir les meilleurs joueurs à leur meilleur poste, ça te permet d’avoir le meilleur système. Par le passé, on a pu adapter les joueurs selon le système défini au départ. La preuve, à la Coupe du Monde, le système était primordial par rapport aux joueurs. On a vu nos limites. On n’a pas pu gagner la Coupe du Monde parce qu’à un moment donné, le système n’a pas pu battre les individualités de la France ou de la Croatie. Pour gagner des titres, il te faut des joueurs de très haut niveau qui peuvent faire la différence et des remplaçants du même niveau que les titulaires. »

La gestion des égos : « On fait aussi ce métier pour ça. C’est pour ça qu’on a cette énorme responsabilité. Gérer des egos, c’est de plus en plus difficile. Aujourd’hui, les meilleurs entraîneurs sont ceux qui savent le mieux gérer les egos. J’ai envie de revenir à ta question « Qu’est-ce qu’un bon entraîneur ? ». C’est celui qui d’abord sait gérer un effectif, sait gérer les egos et surtout sur la durée. Parce que gérer tout ça sur une semaine, c’est faisable, gérer sur une compétition, ça peut le faire. Mais les gérer sur la durée, sur une saison ou sur deux saisons, ça devient de plus en plus compliqué. C’est pour ça que les entraîneurs ne durent pas, les joueurs se lassent rapidement. Les joueurs, comme pour les téléphones, sont à l’image de la société. Voilà, ils passent sans citer de marque. Ils passent du treize au quatorze, du quatorze au quinze et d’une application à une autre. Et par la même occasion, ils sont moins patients. Et ils peuvent passer d’une humeur à une autre rapidement. Ils peuvent aimer la discipline comme ne plus l’aimer avec un autre entraîneur. Quand tu ramènes un gentil, ils sont contents qu’il vienne au départ et après ils ont besoin du méchant. Et quand le méchant arrive, ils sont contents du méchant. Ils disent : « Voilà, c’est ce qu’il nous fallait ». Au bout d’un an, ils te disent : « On n’a plus envie du méchant ». C’est la réalité de l’entraîneur aujourd’hui. Ce n’est pas une plainte, c’est une adaptation que nous, les nouveaux entraîneurs, devons prendre en compte. C’est à nous de vite nous adapter, de passer aussi du méchant au gentil, du gentil au méchant, du tacticien au manager et du manager au tacticien. On doit passer de l’entraîneur, peut être 2.0 ou 3.0 à l’intelligence artificielle, mais c’est une réalité globale. Il faut évoluer. L’entraîneur qui reste dans le passé va rapidement mourir. »

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