A partir d’aujourd’hui, nouvelles séries de grèves dans le secteur de la santé

L’impasse risque de se poursuivre

Ouardirhi Abdelaziz

Le malaise qui traverse le secteur de la santé prend une grande ampleur jamais égalée depuis l’indépendance à ce jour. C’est dire que la situation actuelle dans laquelle est empêtré le secteur santé public est grave. Le nombre de journées de grèves qu’il convient de prendre très au sérieux si l’on veut réellement éviter un risque d’implosion dans ce secteur vital qui est constamment secoué par des crises et des manifestations qui ébranlent de temps à autre le secteur de la santé.

Retour en force de la contestation

Dans un communiqué conjoint des huit syndicats nationaux du secteur de la santé dont nous avons une copie, la coordination du secteur de la santé annonce une nouvelle série de grèves et de manifestations, qui visent à paralyser les établissements hospitaliers et les centre de santé.

Ces débrayages obéissent à un calendrier préétabli par la coordination du secteur de la santé. La première série de grèves nationales de trois jours aura lieu du mardi 25 au 27 juin 2024. Ces trois jours d’arrêts de travail ne concernent pas les services d’urgences, les réanimations et les soins palliatifs, qui fonctionneront normalement.

La deuxième série de grèves est programmée les 2-3 et 4 juillet 2024, les urgences les réanimations assureront leurs services.

Cette grève nationale de trois jours, connaitra une grande marche nationale à Rabat le mercredi 3 juillet, cette marche débutera à midi  de Bab El Had vers le Parlement.

Les séries de nouvelles grèves sont prévues et programmées du 9 au 11 juillet 2024, soit trois autres jours d’arrêt de travail dans le secteur de la santé.

Les dernières séries de grèves (03 jours) décidées d’un commun accord par les huit syndicats du secteur de la santé sont prévues pour le mardi 16 juillet, le 17 et 18 juillet 2024.

Au total, ce sont 12 jours d’arrêt de travail, qui vont avoir des répercussions énormes sur l’organisation des hôpitaux, la planification des soins, les rendez- vous des malades pour consultations, ou pour des bilans. Ces débrayages qui se suivent n sont de nature à chambouler, à paralyser le système de santé.

Il ne faut pas se voiler la face, faire endosser la responsabilité de ce qui se passe aux seuls professionnels de la santé.

C’est aller vite en besogne, c’est faire preuve de dénégation, d’un déni total, d’une fuite en avant, face à une situation qui perdure et qui risque de provoquer une implosion de tout un système social sensé aider, soutenir, soigner notre population, et plus particulièrement les plus vulnérables, celles et ceux qui sont malades. Malheureusement, ce que nous constatons, c’est que ces mêmes malades sont aujourd’hui pris en otages.

Les malades pris en otages

Il faut dire en toute objectivité et honnêteté que les malades se retrouvent doublement pris en otage : pris en otage par un manque de décisions politiques courageuses, reconnaissantes envers nos infirmières et infirmiers, qui méritent de meilleures conditions de travail, des salaires et indemnités amplement mérités , au regard des efforts et du travail qui est accompli chaque jour.

Il faut aussi dire que les malades soient pris en otage par certaines décisions syndicales qui placent l’intérêt des professionnels au-dessus de considérations avant tout humaines, car le communiqué de la coordination du secteur de la santé indique qu’à partir du lundi 15 juillet 2024, d’autres formes de manifestations commenceront. C’est le cas de la suspension des programmes et planifications d’activités sanitaires.

L’arrêt des unités mobiles, des caravanes médicales. L’arrêt des interventions chirurgicales (sauf les urgences). Arrêt des consultations spécialisées, les examens de laboratoires et de radiologies.

Ce qui est inadmissible et que la raison ne peut en aucun cas accepter, c’est de savoir que la vie de nombreux malades est en jeu et la responsabilité ici est partagée, car chaque partie campe sur sa position.  

Dans cette lutte qui n’a pas lieu d’être entre le gouvernement et les huit syndicats, il serait plus sage que les deux parties s’assoient autour d’une table, pour un débat responsable, dans un climat serein, ne doivent pas se poser en adversaires. Chaque partie doit chercher à tirer le meilleur en privilégiant les bonnes relations, et l’apaisement pour en finir avec cette situation délétère.

Le dialogue est possible, il suffit que le gouvernement fasse des propositions concrètes, réalistes et réalisables avec effets immédiats.

 Les huit syndicats doivent aussi se montrer plus souples, ne pas camper sur ses positions, les revendications légitimées doivent être satisfaits, peut être pas toutes en même temps, prendre ce qui est disponible et suivre le cas de la revendicatif d’ hier.

Transcender les clivages

Au-delà de la grève et des répercussions parfois dramatiques qu’elle peut entraîner dans son sillage, et dont les premiers victimes sont les malades, il faut avoir présent à l’esprit que la santé des citoyens est du ressort du ministère de la Santé qui en assume la charge. Qui dit responsabilité, dit capacité de mener à bien ces mêmes responsabilités, prévoir les  moyens à mettre en place sur le court, moyen et long terme pour faire face à toutes les situations.

C’est anticiper, c’est être à l’écoute des professionnels, comprendre ce qui peut les préoccuper, être à leurs côtés pour mieux appréhender les différents problèmes. C’est vivre leurs angoisses, leurs peines et leurs joies. Et dès lors que des problèmes apparaissent, réunir celles et ceux qui sont concernés, étudier les différentes facettes des problèmes, et trouver des solutions adaptées, ne pas laisser les situations pourrir comme c’est le cas.

Face aux revendications des professionnels de santé, le département de la santé et les affaires sociales, doivent se montrer compréhensifs, ouvert au dialogue, étudier et analyser avec sérieux et objectivité, ce qui préoccupe le plus ses ressources humains, ne pas ériger un mur, une frontière et ne pas s’enfermer dans une attitude belliqueuse.    

Les syndicats ont aussi une grande responsabilité, car outre la défenses des droits et intérêts des professionnels de santé, il y a la façon et la manière pour mener un débat, pour revendiquer  sans heurter, éviter les dérapages et sortir des situations difficiles face à une situation de tension comme c’est actuellement le cas.

Il est préférable d’agir avec diplomatie, on peut exprimer son désaccord sans être désagréable, comme on peut régler un conflit avec respect, dignité et surtout instaurer une relation constructive et positive avec l’autre partie. C’est tout un travail qui est aujourd’hui nécessaire à entreprendre au sein des syndicats, s ils veulent gagner en influence pour  défendre les intérêts des médecins, des infirmiers et techniciens de santé, et partant pour le plus grand bien de notre population, qui mérite des soins de qualité, dans des structures sanitaires accueillantes, paisibles, et à visage humain .  

Redynamiser les ressources humaines

En conclusion, notre système de santé connait une profonde réforme, de très grands efforts sont consentis pour le rendre performant. Pour se faire, notre système de santé fait appelle à sa principale richesse qui n’est autre que ses ressources humaines (Médecins – infirmiers – administratifs) dont il faut saluer ici les compétences, la dextérité, la motivation et l’engagement constant.
Ces mêmes professionnels méritent amplement que soient étudiées aujourd’hui leurs conditions de travail pour qu’ils puissent exceller dans l’accomplissement des missions qui sont les leurs. Il s’agit maintenant de passer à une nouvelle ère pour assurer soutien et accompagnement à l’ensemble des professionnels voulant s’engager dans cette voie.
Il  est tout à fait légitime de placer le malade au centre des préoccupations de notre système de santé, mais il n’est pas non plus pénalisant de se pencher sur les moyens à mettre en place pour redynamiser les ressources humaines de nos établissements sanitaires, d’accompagner nos médecins, nos infirmières et infirmiers qui veulent participer à l’essor et au développement de la médecine au Maroc .

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