À tous les militants partis sans dire adieu

La mort emporte à tout va sans crier gare. La séparation est dure mais acceptée; car l’existence est ainsi faite et que toute chose a une fin.On reste à compatir et à dominer la tristesse envahissante.

Les circonstances de la covid-19 font admettre les nouvelles règles de vie pour se préserver et protéger les autres. Elles ne permettent guère d’avoir une assurance et de se projeter dans l’avenir avec fougue et enthousiasme. Le confinement n’est pas seulement physique, il est aussi psychique et pousse affreusement à la solitude. A l’encontre de la nature humaine, sociable et interactive, on est obligé de distendre l’éloignement avec nos semblables. Les embrassades sont révolues.

L’accolade est bannie et le shake hands est évité. La distanciation physique est recommandée, le port du masque est obligatoire, alors que les marques d’affection sont remplacées par un coup de poing qui ne dispense pas de l’asepsie. Les rencontres se font de moins en moins et la froideur de la transmission à distance s’impose de plus en plus. Il a fallu qu’une structure microscopique, assemblage de molécules biologiques, rappelle à l’humanité, dans sa superbe arrogance, sa faiblesse et sa durée éphémère.

L’hécatombe provoquée est amplifiée par les réseaux sociaux dont l’utilisation est non seulement banalisée mais a remplacée la communication chaleureuse directe. Le nombre de commentaires et /ou de likes est devenu un critère de notoriété même si l’anonymat enveloppe l’ensemble. L’amitié se répand, se dilue et perd de sa substance. Une autre manière de vivre est en train de s’imposer.

Ceux et celles qui ont disparus sont pour la plupart des personnes qui ont manipulé l’ardoise, le crayon, la craie et le tableau noir avant de connaitre la tablette et l’écran tactile. C’est par le contact que s’appréciaient les relations humaines. Du regard à la poignée de main, la chaleur humaine soudait les volontés par un ciment aussi adhérent qu’invisible. Les mots enflammaient l’esprit et les discours emportaient la conviction.Tout convergeait vers la lutte, le militantisme pour se mettre au service de l’autre, lui faire prendre conscience de ce qu’il est, de ses potentialités et de son humanisme.

« Le quotidien cet enfer » était supportable par la solidarité et l’effort collectif des « damnés de la terre » pour construire un avenir meilleur ; leur avenir et celui des autres. Le partage du peu permettait la récolte du plus. Le bonheur se communiquait simplement et la chamaille portait sur le port du seau contenant la colle nécessaire au placardage des affiches sur tout support. La communion, non seulement renforçait les liens entre les personnes mais devenait en elle-même une force qui obligeait le respect.

Ce temps fût. Un autre est venu avec ses contraintes, ses contradictions qui le rendent plus inégalitaire, ses calculs et la digitalisation de toute activité, ses ambitions et aussi ses réalisations vers plus de développement et de justice sociale.À votre mémoire et pour notre bien, on en veut encore plus pour notre pays dans son intégrité territoriale, pour notre société vers l’émancipation, la modernité et le développement durable. La pérennité des valeurs qui nous lient empêche la dénaturation de l’engagement qui est le nôtre ; alors que la nostalgie fait sourire. La foi reste vivante malgré la mort de ceux qui la portaient.

Ainsi nous sommes ; ainsi nous resterons ; mortels par cette immense égalité de la fin que nous portons en nous dès la naissance.La séparation ad aeternam rend notre peine immense.

À toutes celles et à tous ceux qui sont parti(e)s enveloppé(e)s de miséricorde, leur deuil en soi est reconnaissance de la puissance de leur présence. Militant(e)s parti(e)s sans dire adieu, ils (elles) vivront en nous en chaque instant.

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