Adages

Sous d’autres latitudes où le développement, tel que conçu au vingtième siècle, a pu se réaliser; on ne peut pas s’abstenir de la réflexion sur le présent et l’avenir de ce que l’on est. Le passé fournira des arguments pour éclairer, voire expliquer, les différents contextes sans pour autant devenir un justificatif.

Le rôle de l’état est évident dans l’établissement des infrastructures, l’aménagement du territoire et le développement de la citoyenneté, soit par l’éducation et le respect de la loi, soit par la contrainte pour les rétifs et les récalcitrants. Si cela ne s’est pas fait d’un seul tenant et du jour au lendemain, cela a été planifié dans le temps et dans l’espace conformément à la vision des forces dominantes. Le jeu démocratique donnait à la représentation sa légitimité et assurait l’alternance.

La croissance et d’autres facteurs liés à l’exploitation des hommes et des richesses ont permis l’édification de l’état-nation, puissance économique, état providence remis en question depuis… La suite, c’est que les inégalités persistent et s’aggravent car les forces dominantes ne sont plus ce qu’elles étaient et inscrivent leur action dans un cadre néolibéral où la solidarité ne constitue pas un fondement de la cohésion sociale. Mais comme le dit notre adage; «si la beauté n’est plus, il en reste toujours des aspects».

Les conditions objectives de la durabilité du développement ne semblent pas s’imposer et le métabolisme de l’ensemble de l’écosystème étatique continue dans ses dérives marquées par la marchandisation de tout et l’hégémonie de la finance. Les conditions matérielles de l’existence ramènent l’esclavage sous d’autres formes. De la consommation outrancière aux nouvelles relations par réseaux sociaux interposés, l’espèce humaine se complaît dans le gaspillage et la futilité alors que la faim et la maladie persistent ailleurs. Les guerres se font ailleurs et servent à maintenir une industrie qui pourvoie des caisses de toutes les couleurs. La représentation souffre de l’abstention et du renforcement des populistes de tout bord et l’hyène brune rode dans l’attente de montrer ses crocs.

Une lueur d’espoir, Les jeunes se mobilisent, conscients qu’ils sont de la gravité de la situation pour eux car la planète est malmenée. Les changements climatiques imposent le changement du comportement humain, aussi bien individuellement que collectivement. Toutefois la politique actuelle ne veut pas l’entendre et persiste dans sa trajectoire de plus en plus asymptotique de la catastrophe. Ainsi, «Plus la poule caquette, plus elle pond». Que de problèmes!

Est-ce á cela que l’on aspire dans mon beau pays qui se transforme à vue d’œil. Le lien entre la Terre et ses habitants se relâche de plus en plus. Le choix de vivre dans des agglomérations urbaines donne à leurs pseudopodes bétonnés et périphériques ce relent du douar où les rapports restent dominés par le lien tribal sans aucun souci de la valeur de la représentation. Le fonctionnement de l’ordre économique semble ne pas prendre en considération la réalité et les véritables besoins de la population dont les strates se plaisent dans le mimétisme aveugle et aliénant.

Les élus sont en relation d’assistance avec la population sans porter un projet pour l’ensemble de la collectivité et encore moins pour la société. L’elégerocratie ronge les institutions et les organisations politiques et syndicales. L’élite est ailleurs et se projette en dehors de l’espace où elle vit et se complaît dans la critique hautaine et méprisante. La condition humaine, celles des damnés et des autres, déconstruit la vie sociale et se pervertit dans son identitaire rétrograde ou dans l’artificiel postmoderne teinté de l’authenticité locale. « Madame est belle, et elle l’est plus á sa sortie du hammam».

Personne n’écoute personne car chacun se plaît à croire que «ses fèves sont les plus comestibles». Faute de résister à des coups de boutoirs venant de partout, la consolidation du processus démocratique est menacée.

Situations éloignées par la latitude mais qui convergent vers ce malaise planétaire imposé par l’hégémonie de la pensée unique après l’échec des expériences du «socialisme réel», le néolibéralisme et son mépris pour la justice sociale, la révolution numérique et son impact sur l’information et sa diffusion…

Que faire; disait l’autre. Il ne reste qu’à se parler, à se partager ses convictions pour les mettre en œuvre dans des actes structurants. Un grand débat qui aboutira sur le consensus nécessaire pour retrouver un nouveau souffle démocratique. «Cent et une pensées valent mieux qu’un coup de ciseaux».

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