Afghanistan : Assassinat de Mina Mangal, militante des droits humains…

«Fakhunda a été brûlée vive, Baby Mahsa (6 ans) a été kidnappée, violée et tuée, Bibi Ayesha a eu le nez coupé… Des femmes sont lapidées et maintenant Mina Mangal est tuée de neuf balles. Tous ces crimes se sont déroulés dans la journée et dans la capitale Kaboul. Arrêtez de tuer les femmes».

C’est en ces termes qu’après le meurtre, ce samedi matin, de Mina Mangal, une journaliste et ancienne présentatrice de télévision connue pour son activisme en matière de défense des droits humains et notamment des droits des femmes, la députée au Parlement afghan Shagufa Noorzai, a dénoncé, la rage au cœur, la vague de «féminicides» qui s’est abattue sur Kaboul.

Devenue récemment conseillère culturelle auprès de la chambre basse du Parlement de son pays, Mina Mangal qui défendait les droits des femmes à l’éducation et au travail et qui se savait menacée du fait de ses prises de position hostiles au «machisme ambiant», avait publiquement signalé sa crainte d’être assassinée pour pouvoir bénéficier de la protection de l’Etat mais en vain.

Ainsi, ce samedi matin, deux hommes à bord d’une moto l’ont abattu, à bout portant, de neuf balles de revolver au moment où elle attendait devant son domicile la voiture qui devait l’accompagner au Parlement.

Perpétré «publiquement», cet assassinat constitue un «déshonneur absolu» de la police, des services de renseignement et du conseil de sécurité nationale selon l’analyste politique Mariam Wardak notamment alors que le porte-parole du ministère de l’Intérieur s’est contenté de déclarer que les tueurs n’ont toujours pas été retrouvés – puisque le meurtre n’a pas encore été revendiqué – mais qu’une unité de la police spéciale «était en train de faire les recherches nécessaires».

Considérant qu’il appartenait aux services de l’Etat d’assurer la sécurité de l’intéressé dès lors que cette dernière avait déclaré publiquement que sa vie était en danger, Wazhma Frogh, avocate afghane spécialiste des droits humains et activiste féministe, exprimant sa grande colère et sa profonde tristesse face à ce malheureux évènement, a dénoncé, haut et fort, le comportement irresponsable des autorités de Kaboul.

Même à l’étranger cet assassinat n’est pas passé inaperçu à telle enseigne que Justin Trudeau, le Premier ministre du Canada a écrit sur son compte Twitter: «Mina Mangal était une courageuse journaliste, défenseuse des femmes et des filles et son travail était essentiel à l’égalité des sexes en Afghanistan et dans le reste du monde. Sa mort est une tragédie inacceptable et on doit agir ensemble pour garder son héritage bien vivant».

Mais qui était, au juste, la victime pour que son assassinat fasse autant de bruit aussi bien en Afghanistan qu’au-delà des frontières du pays?

Militante des droits humains Mina Mangal s’était fait connaître en 2017 lorsqu’elle s’était publiquement opposée à son propre mariage ; un mariage arrangé contre son gré «entre les hommes de la famille». Elle a fini par obtenir sa dissolution, il y a quelques jours à peine; une dissolution qui, après cet assassinat, a permis à la police de ne point écarter la piste du conflit familial car si la victime avait déclaré sur son compte facebook avoir reçu plusieurs menaces elle n’avait pas précisé leur origine.

Enfin, dans une société éminemment patriarcale, l’assassinat de Mina Mangal ne peut, en tout état de cause, qu’inquiéter ses consoeurs journalistes qui estiment, au vu de la vague de «féminicides» qui frappe l’Afghanistan, qu’il est, désormais, du « devoir » du gouvernement de Kaboul de veiller à leur sécurité.

Que l’assassinat de Mina Mangal résulte d’un conflit familial consécutif à son opposition à «un mariage forcé» ou du fait de ses positions ouvertement «féministes» dénonçant une société fondamentalement patriarcale et misogyne, nul ne peut nier que, dans les deux cas de figure, l’intéressée a, bel et bien, été assassinée à cause de ses idées, à cause de son combat pour les droits des femmes mais attendons pour voir…

Nabil El Bousaadi

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