Ahmed El Bahja, un véritable artiste sur terrain

A l’occasion du mois sacré du Ramadan et à l’approche de la reprise des éliminatoires de la Coupe du Monde 2018 de football qui seront prochainement à la 3e journée de la phase des groupes, dernier Cap avant d’aller en Russie, pour les cinq pays gagnants du Continent dont le Maroc, on vous propose de revisiter ensemble le parcours de certains joueurs ayant accompagné l’équipe nationale en Coupes du Monde (1970 et 1986 au Mexique, 1994 aux Etats-Unis et 1998 en France).

Aujourd’hui, nous avons rendez-vous avec un joueur talentueux et beaucoup le considérait comme l’un des plus grands footballeurs de l’Histoire du Maroc aux côtés des Timoumi, Bouderbala, El Haddaoui, Ben Barek et autres. Il s’agit d’Ahmed El Bahja, joueur à caractère agité qui ne l’a pas épargné de quelques perturbations dans sa carrière comme joueur international.

Né en décembre 1970 à Marrakech, Ahmed El Bahja a aimé le foot depuis son enfance. Issu d’une famille pauvre, El Bahja n’avait pas les moyens élémentaires pour aller à l’école. Depuis son jeune âge, il était contraint de travailler pour gagner de l’argent et aider sa famille. Mais l’handicap de son patron se dressait souvent devant lui. Il a été toujours contraint de lui présenter des excuses pour sortir tôt de son travail et aller jouer au foot…

A l’instar de plusieurs stars, Ahmed El Bahja a été repéré dans les tournois des quartiers en rejoignant les jeunes catégories du Kawkab de Marrakech à l’âge de 14 ans. C’est la naissance d’un grand joueur qui allait intégrer l’équipe première du KACM depuis 1989 pour effectuer un parcours de 8 ans environ. Avec le KACM, El Bahja a été honoré à trois reprises, le championnat du Maroc remporté en 1992, la Coupe du Trône en 1993 : Vainqueur de la Coupe du Trône avec le Kawkab de Marrakech et la Coupe d’Afrique des vainqueurs de Coupes en 1996. A cette année, El Bahja a quitté le KACM pour aller effectuer sa première expérience professionnelle en Arabaie Saoudit. Sa première destination était au club de l’Ittihad de Djeddah avec qui il a brillé pendant trois saisons (1996-1999) en remportant plusieurs titres au championnat et en coupe, tout en étant  sacré meilleur buteur.

Par la suite El Bahja a porté le maillot du club Al Wasl Dubaï en 1999 avant de revenir en Arabie pour retrouver Al Nasr Riyad avec lequel il a remporté la Ligue des Champions d’Asie et participé au mondial des clubs en 2000. En 2001, El Bahja a évolué à Al Ahly Tripoli puis Al Nasr Dubaï en 2002 avant de regagner le Maroc vers le Raja de Casablanca pendant la saison 2002-2003 et le Moghreb de Fès de 2003 à 2005. Sa dernière apparition était au Najm de Marrakech de 2005 à 2007 où il a tiré sa révérence après une carrière de joueur d’environ une vingtaine d’année.

En équipe nationale, le parcours d’El Bahja a commencé au début des années 1990 avec surtout la qualification en Coupe du Monde 1994. Mais malheureusement, les lions de l’Atlas n’ont pas pu confirmer l’exploit réalisé au mondial précédent de 1986 au Mexique quand ils ont réussi avec la qualificationau 2e tour pour la première fois dans l’histoire de l’Afrique. En 1994, l’équipe nationale avait terminé en 23e place sur 24 sélections participantes après une élimination précoce suite à 3 défaites au premier tour respectivement face à la Belgique (1-0), l’Arabie Saoudite et les Pays-Bas sur le même score de (2-1).

Mais lors de ce Mondial américain, El Bahja un attaquant pas comme les autres, a eu l’honneur de briller d’une très belle manière. Il a fait un festival sur son aile gauche, il a délivré des caviars à la pelle que ses collègues en attaque, Hassan Nader et Mohamed Chaouch, n’ont malheureusement pas pu transformer dans le bon sens. Génial dans ses dribbles, feintes et accrochages, El Bahja a fait tout ce qu’il voulait faire pour prendre à défaut les murs défensifs des équipes adverses. Ses feintes de corps, ses petits ponts entre les jambes des joueurs belges et le but qu’il a offert à Chaouch dans les filets saoudiens restent toujours dans la mémoire du football marocain et les Lions qui n’avaient eu vraiment pas de chance lors de ce Mondial américain.

Après donc ce Mondial remarquable malgré les résultats qui n’y étaient pas,  El Bahja génial, immature et joyau d’un football disparu, aurait pu être l’un des rares joueurs participant deux fois en coupe du Monde sans son conflit avec le sélectionneur national, Henri Michel, qui l’avait éloigné du Mondial 1998 en France.

Tout portait à croire qu’El Bahja allait assurer sa seconde présence au mondial français après avoir réussi avec brio les éliminatoires africaines sous la houlette de l’entraineur Henri Michel qui avait succédé à Abdellah Blinda. Mais la rivalité d’El Bahja avec le sélectionneur français lors de la CAN 1998 au Burkina Faso pour cause de sa non-titularisation au match perdu au second tour (2-1) contre l’Afrique du Sud a tout gâché. Dans ce match, El Bahjane voulait pas répondre à l’appel du coach français qui ne l’a sollicité que dans les 20 dernières minutes.

El Bahja qui a enfin foulé le gazon grâce à une médiation de ses coéquipiers sur le banc de touche, s’était distingué par son manque de lucidité et de professionnalisme quand il a gâché une occasion en or alors qu’il avait la balle au pied pour rétablir l’équilibre de (2-2), ce qui pouvait donner même la victoire en fin de compte puisque le Maroc  dominait le match de bout en bout mais en vain.

En exprimant son mécontentement, El Bahja a gaspillé d’une manière bizarre un coup franc décisif précipitant ainsi une élimination précoce et sévère de l’équipe nationale dans cette CAN burkinabé qui était pourtant à sa portée. L’Egypte vainqueur du titre n’avait d’ailleurs subi qu’une seule défaite (1-0), celle contre le Maroc, et n’avait encaissé qu’un seul but, celui marqué par le Maroc également, suite à une belle demi-volée de Mustapha Hajji.

L’absence d’El Bahja au Mondial français constituait donc une grande perte pour l’équipe nationale. Abdeljalil Hadda, l’international du CODM surnommé Camacho qui l’avait remplacé, a fait l’essentiel mais sans pour autant remplir le vide dont a souffert les Lions qui n’avaient pas démérité en quittant la compétition dès le premier tour pour cause d’un complot entre le Brésil et la Norvège qui se sont arrangés pour passer ensemble au second tour. Le Maroc qui a honoré sa mission après un match nul face au Norvège (2-2) et une défaite devant le Brésil (3-0), a quitté ce rendez-vous planétaire en héros après une victoire retentissante au détriment de l’Ecosse (3-0), sous les applaudissements chaleureux de tous ceux qui criaient à la honte brésilo-norvégienne.

Voilà en somme pour le parcours d’El Bahja, un grand footballeur marocain qui n’avait malheureusement pas de chance pour étaler toutes ses qualités techniques et exprimer toutes ses potentialités surtout avec l’équipe nationale qu’il allait quitter après les jeux olympiques de Sydney en2000 pour se reconvertir en entraineur jusqu’à aujourd’hui.

Espérons que le ballon rond puisse se réconcilier avec El Bahja, un des grands joueurs que le Maroc ait connu à travers son Histoire…

Rachid Lebchir

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