Ait Menna: une fortune à partir de zéro

Grand industriel de Mohammedia, le berbère Haj Mohamed Ait Menna est un self-made man qui est parti de rien pour construire une grande fortune familiale. Malheureusement, après son décès, les choses ont mal tourné.

Mohamed Ait Menna a débuté son aventure comme maçon à son arrivée de Demnate à Mohammedia et ce, à la fin du Protectorat. De niveau d’instruction très limité, il a profité de facilités accordées par la municipalité qui était alors dirigée par des élus de son parti, l’Istiqlal. Les marchés publics ont ainsi été la base de son ascension.

A l’instar des autres Groupes de son époque, Ait Menna a bénéficié lui aussi de la marocanisation pour étendre et diversifier ses intérêts. Ainsi, il commença par «marocaniser» les établissements Maysonnier (commercialisation du bois) en 1973. Ensuite, il acquiert la SOGER (Société Générale des routes maghrébines) et rachète les établissements Gouvernec (emballages métalliques) ainsi que la SMIM et la SMEET au Groupe ONA, les tuileries et Briqueteries du Maroc et la société marocaine d’explosifs au Groupe Mohamed Karim Lamrani.

Avec kabboud hadj Salah, il s’est associé pour acheter d’autres affaires (Somarobinet, Comptoir des mines, Comameto et autres) mais surtout pour étendre son patrimoine immobilier, particulièrement à Mohammedia. D’ailleurs, M. Ait Menna a eu l’honneur de prendre la parole devant feu Sa Majesté le Roi Hassan II, en marge d’une inauguration d’un projet immobilier. En 1980, il entre dans le capital de Gouvernec, où siégeait Najem Abaâkil, aux côtés de Youssefi et Kaboud.

Travailleur infatigable, homme d’honneur, Mohamed Ait Menna, parti de rien, a réussi à construire un Groupe formé de plusieurs entreprises au prix de multiples sacrifices. Décédé en 2003, ce nationaliste et homme d’affaires de la première heure a laissé derrière lui une grande fortune à sa famille. Toutefois, juste après sa mort, les premiers ennuis ont surgi, notamment au niveau de l’entreprise Gouvernec. L’entreprise croule sous le poids des dettes, bancaires plus particulièrement. En mars 2004, Attijariwafabank décide d’ouvrir le bal en intentant un procès au terme duquel elle obtiendra une saisie-arrêt sur les comptes bancaires de la société pour garantir le remboursement d’une dette de 25 millions de DH.

Avec des comptes gelés et une activité en perte de vitesse, les nouveaux dirigeants tentent alors de trouver une issue. Mais les nombreuses réunions du Conseil d’administration sont restées stériles : les héritiers Aït Menna ne réussirent pas à tomber d’accord sur l’opportunité de continuer l’activité. Certains d’entre eux refusent, en effet, de recapitaliser l’entreprise. D’ailleurs, lors d’une audience au Tribunal de Commerce de Casablanca, Hicham Aït Menna, président du Conseil d’administration de la société, déclarait: «Les difficultés de la société sont dues, d’une part, à un programme d’investissement très lourd réalisé entre 2001 et 2003, et à un désaccord entre les actionnaires (les héritiers Aït Menna) sur le devenir de la société et sur la recapitalisation».

Kaoutar Khennach

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