« Aukus », une alliance qui dérange Paris

Attendons pour voir…

Nabil Bousaadi

Un mois après le retrait total des troupes étrangères d’Afghanistan et la reprise du contrôle du pays par les Talibans, vingt années après qu’ils en furent chassés, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie, soucieux de contrecarrer  la présumée « menace chinoise » dans la mer de Chine méridionale ont conclu une nouvelle alliance dite « Aukus ».

Ce pacte, qui se veut être une sorte de « partenariat de sécurité », prévoit de fournir à Camberra douze sous-marins à propulsion nucléaire et de détrôner, ainsi, l’industriel français « Naval Group » qui avait signé, avec l’Australie, en 2016, ce qui avait été appelé à l’époque « contrat du siècle » et qui portait sur la fourniture par Paris de 12 sous-marins conventionnels pour un montant global de près de 56 milliards d’euros.

Or, si la Chine a immédiatement dénoncé cette vente qu’elle a qualifiée d’ « extrêmement irresponsable » et invité, par la voix du porte-parole de sa diplomatie, les trois pays à « abandonner la mentalité obsolète de la guerre froide avec ses concepts géopolitiques étroits et à respecter les aspirations locales des gens pour la paix, la stabilité et le développement », la France est sortie de ses gonds et Jean-Yves Le Drian, le chef de sa diplomatie,  a déploré le coup de force des Etats-Unis qu’il a assimilé à un « coup de poignard dans le dos ».

Aussi, pour montrer leur colère, les représentants français à Washington ont décliné l’invitation à une réception organisée par la Maison Blanche à l’occasion de la célébration de l’anniversaire, le 5 septembre, de la bataille de Chesapeake Bay, une bataille navale décisive de la guerre d’indépendance des Etats-Unis, qui s’était soldée en 1781 par une victoire de la flotte française sur la flotte britannique alors qu’en dénonçant une « décision unilatérale, brutale et imprévisible qui ressemble beaucoup à ce que faisait Monsieur Trump, le ministre français des Affaires étrangères a déploré le choix de Washington d’« écarter un allié comme la France d’un partenariat structurant avec l’Australie » notamment en ce moment où le monde fait « face à des défis sans précédent dans la région indo-pacifique » ; ce qui « marque une absence de cohérence que la France ne peut que constater et regretter ».

Protestant avec force contre la « gravité exceptionnelle » de cet accord qui constitue un « comportement inacceptable entre alliés et partenaires » et qui affecte la vision que la France a de ses alliances, Paris qui craint fort qu’à Washington, les responsables australiens et britanniques ne sous-estiment et n’interprètent mal sa colère qui n’a pas seulement trait à la perte d’un contrat – si gros soit-il – mais, surtout, à la manière avec laquelle la France a été exclue des pourparlers entre les trois pays a ordonné le rappel « pour consultation » de ses ambassadeurs aux Etats-Unis et en Australie.

En réponse à cela, un responsable de la Maison Blanche, soucieux d’arrondir les angles, a déclaré que l’administration américaine qui regrette cette décision va se rapprocher, dans les prochains jours, de la France pour tenter résoudre ce différend et Marise Payne, la ministre australienne des Affaires étrangères a affirmé, de son côté, qu’elle comprenait la « déception » de Paris mais qu’elle espère, néanmoins, que la France va finir par comprendre « la valeur » que l’Australie accorde aux relations entre Paris et Camberra.

Du côté de Londres, ce nouvel accord tripartite « Aukus » constitue un indéniable succès diplomatique dès lors qu’en permettant à l’Australie de se doter de sous-marins à propulsion nucléaire pour contrer l’influence chinoise dans la mer de Chine méridionale, il confère une certaine consistance au concept de « Global Britain » si cher au gouvernement de Boris Johnson en ce sens qu’il est, non seulement, une nouvelle manifestation de « l’engagement de long terme » de Londres dans cette région au titre de la préservation de la stabilité régionale mais qu’il rassure, également, le gouvernement britannique quant à la solidité de la relation qui lie Londres à Washington récemment mise à mal quand l’administration américaine avait unilatéralement pris la décision de mettre fin à la présence des troupes étrangères en Afghanistan.

Quelle tournure vont prendre les rapports de Paris avec Washington et Camberra après que le chef de la diplomatie française ait dénoncé les « mensonges », la « duplicité », le « mépris » et la « rupture majeure de confiance » dont ceux-ci se sont rendus coupables ?

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