Bataille de chiffres entre Washington et Téhéran…

La République islamique iranienne vit au rythme des manifestations depuis que, le 15 novembre dernier, le gouvernement de Téhéran avait décidé d’augmenter les prix de l’essence.

Déjà durement touchés par la crise économique générée par l’application des sanctions américaines, les iraniens ont alors investi, en masse, toutes les places et artères des grandes villes du pays si bien que, pour les faire taire, le régime n’avait pas d’autre solution que de leur envoyer ses «gardiens de la révolution». Il n’en fallait pas plus pour faire jaser Washington par la voix de son émissaire Brian Hooks qui après avoir déclaré que l’Iran aurait «tué plus de 1.000 citoyens depuis le début de la contestation» et en aurait arrêté «au moins 7.000» a appelé le régime des mollahs à libérer ceux-ci «immédiatement».

Etant «extrêmement préoccupée» par leurs conditions de détention, le traitement physique qui leur est infligé et par les violations de leur droit à une procédure régulière ainsi que par la possibilité qu’un nombre important d’entre eux soient accusés d’infractions passibles de la peine de mort» la Haute Commissaire des Nations-Unis pour les droits de l’Homme, Michelle Bachelet a alors «exhorté les autorités (iraniennes) à libérer immédiatement tous les manifestants qui ont été arbitrairement privés de leur liberté».

Et même si Amnesty International qui évoque la mort de 208 personnes depuis le début des émeutes ainsi que d’autres organisations de défense des droits humains considèrent que les chiffres communiqués par Washington sont particulièrement exagérés dès lors qu’ils s’alignent sur ceux des Moujahidines du peuple, opposition iranienne en exil, qui font état de 1.029 morts, Donald Trump ne s’est pas empêché de déclarer que ce qui se passe en Iran est «terrible» car les gouvernants iraniens «tuent beaucoup de gens et arrêtent des milliers de leurs propres citoyens dans une répression brutale».

Aussi, en usant, comme à son accoutumée, d’une flagrante ingérence dans les affaires intérieures des Etats, l’administration américaine aurait demandé aux iraniens, par la voix du chef de sa diplomatie Mike Pompeo, de partager avec le gouvernement américain des vidéos et des photos qui témoignent de la répression perpétrée par le régime de Téhéran. Le département d’Etat américain en aurait alors reçu 32.000 d’après Brian Hooks. Une de ces vidéos aurait ainsi permis à l’administration de Washington de reconstituer avec force détails la répression de la manifestation qui avait eu lieu le 16 novembre à Mahshahr, au sud-ouest de l’Iran si bien qu’en se basant sur cet enregistrement, les Etats-Unis déclarent que  les forces de l’ordre iraniennes auraient «ouvert le feu sans sommation sur les manifestants avant de traquer ceux qui avaient réussi à fuir».

Qui croire dans cette bataille des chiffres lorsque Téhéran, qui affirme que ceux qui ont été annoncés par des «groupes hostiles» au régime sont un «mensonge absolu», parle de cinq décès dont quatre membres des forces de l’ordre tués par des émeutiers et un civil alors que, de son côté, Washington évoque plus d’un millier de morts ? Qui, de Téhéran et Washington, dit vrai? Probablement ni le régime des mollahs ni l’administration américaine tant les chiffres des uns et des autres semblent maquillés pour la circonstance mais attendons pour voir…

Nabil El Bousaadi

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