«Berrekat», est-ce un mot amazigh?

Hha Oudadess

Cette note se propose de jeter la lumière sur un mot qui donne lieu à diverses interprétations quant à son origine. Son usage est clair.

Dans le Souss, il exprime la bienvenue qui, ailleurs, se rend par «Ggawermed» (Asseyez-vous ou rapprochez-vous), «Mrehba» (de l’arabe) ou par des expressions, tout aussi bonnes, telles que «Taddart nnewen aya» (Ceci est votre propre maison) ; mais, dans ce cas, il s’agit d’expressions et non d’un seul mot. Remarquons, en passant, que même en français, quand on dit «bienvenue» c’est pour éviter des expressions plus longues telles que «nous vous souhaitons la bienvenue» ou «soyez les bienvenus».

Certains veulent rattacher «Berrekat» à la «Baraka» (mot arabe, en fait hébreu) signifiant l’abondance ou l’aisance. Comme qui dirait celle-ci arrive, ou, même plus, votre venue nous la ramène avec vous. C’est  la tendance musulmane; et encore plus arabo-islamiste. D’autres veulent ramener «Berrekat» au verbe «Brek», du dialectal marocain, signifiant «Asseyez-vous». Mais il a aussi un autre usage qui est «appuyer». En tout cas, lorsque, en tamazight, un mot n’est pas attesté d’origine arabe ou hébreux, il est naturel de penser qu’il est amazigh; à moins de le retracer dans une autre langue.

Maintenant, je conjecture que le mot «Berrekat» est bel et bien amazigh. Voici les raisons que je peux avancer. On peut le décomposer en «Berre» et «kat». «Ber» s’utilise, en tamazight, pour grossir ou renforcer, etc. Ainsi, en est-il de «Berkoukech» (gros couscous), «Abergag» (celui qui parle trop), «Abergemmi» (Palais : grand-grande-maison), etc. En ce qui concerne «kat», il s’agit du verbe «kke» (passer, rester) conjugué à la deuxième personne du pluriel. Ceci est indiqué par le «at», à la fin, comme dans «ftouat», «nekrat», «sghat», etc.

Ainsi, «Berrekat» n’est autre que «Berkkat» pour dire «Passez souvent, rester longtemps» ou encore «Venez souvent». Afin de soutenir cette affirmation, rappelons que, chez les Touaregs «Imouzagh», «Piste» se dit «Aberka»; donc, vu le raisonnement ci-dessus, «Là où on passe souvent». Il y a aussi «Asaka» (là où on peut passer) qui se décompose en «Asa» qui s’utilise pour désigner un lieu quelconque, complété, par agglutination, d’une propriété du dit lieu. Il en est de même de «Asagem» (là où on peut puiser l’eau), «Asagel» (là où on peut accrocher quelque chose), etc. Dans la même famille de mots, on peut citer «Tasukt » (Rue ; qui permet de passer) et «Asouk» (Avenue) ; et pourquoi pas «Abersouk» pour «boulevard» ? En ce qui concerne « Brek », il suffit de rectifier en «Brekk» pour le rattacher à l’analyse faite pour «Berrekat». Voici une manière de traiter la langue amazighe qui se révèle alors vivante, palpitante, souple et malléable.

«Berkkat» serait devenu «Berrekat», par facilité de prononciation, comme c’est d’ailleurs le cas dans toutes les langues. De plus, ce phénomène est renforcé par le fait que tamazight n’est pas enseignée et que, en tant qu’apprenants, les gens ne sont pas contraints à des exercices de prononciation et de drill; la tendance est alors à la simplification et à l’ergotisation.

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