CDMC: «2017 a été une année de mutation pour le secteur bancaire»

Le Département «Analyse & Recherche» du Crédit du Maroc nous analyse le comportement des principales banques de la place durant l’exercice 2017.

Al Bayane : Comment se profile l’activité bancaire nationale en 2017?

Othmane Benassila : Plusieurs éléments ont marqué l’actualité bancaire depuis le début de l’exercice, notamment par l’intérêt accompagnant le lancement des banques participatives par les différentes banques de place et l’augmentation des taux débiteurs à 5,6% au troisième trimestre 2017 selon Bank Al Maghrib (BAM(. Ceci reflète notamment l’accroissement des taux accompagnant les facilités de trésorerie aux entreprises.

Kawtar Karbal : Cette année «bancaire» a été également marquée par  l’amélioration modérée de 5,2% du crédit bancaire au secteur non financier confortée par une légère reprise des prêts aux entreprises privées toujours selon la banque centrale. Aussi, elle a été caractérisée par un taux de bancarisation se renforçant à 71% à fin juin 2017 contre un niveau de 69% à fin 2016, la montée en force de la digitalisation des services bancaires et le report de la réforme tant attendue du régime de change national. Ainsi, l’année 2017 a été une année de mutation pour le secteur bancaire national.

Comment les différentes institutions de la place parviennent à maintenir le cap dans un contexte en mutation continue?

Kawtar Karbal : Nous relevons une évolution contrastée des 8 principales banques composant le panel du secteur bancaire.  En effet, du côté des emplois, les crédits bancaires affichent une progression de +5,3% à fin juin 2017 sur une année glissante. Cette croissance est redevable à la bonne tenue des crédits à l’équipement qui augmentent de +7,5%, suivis des crédits aux particuliers qui s’apprécient de +4,6%. De leur côté, les crédits aux promoteurs immobiliers augmentent légèrement de +0,7%. Notons dans ce sens, que le duo BMCE Bank et CIH Bank parvient à améliorer ses parts de marché dans la globalité des créances au moment où les banques Crédit Agricole du Maroc, Crédit du Maroc, BMCI, Banque Populaire, Attijariwafa Bank et Société Générale diminuent leurs portions.

S’agissant des ressources, les dépôts de la clientèle ont affiché un léger rebond de +4,3% à fin juin 2017. Cette performance tient compte de l’appréciation de +7,8% des ressources à vue et la contraction de -7,5% des Dépôts à terme. En effet, hors ces derniers, les dépôts du secteur se renforcent de +7,4% à fin juin 2017. Dans ce registre, le trio BMCE Bank, Attijariwafa Bank et CIH Bank voit sa portion hausser alors que les parts de marché des institutions Crédit Agricole du Maroc, BMCI, Crédit du Maroc, Société Générale et Banque Populaire régressent.

Othmane Benassila : Par ailleurs, les créances en souffrance haussent leur niveau de +5,1% à fin juin 2017 avec un taux de contentieux du secteur de 8,0% et un taux de couverture de 68,9%. Notons que dans ce sens, le Crédit du Maroc enregistre la plus faible exposition de l’échantillon étudié contrairement à la Banque Populaire qui affiche le plus fort poids dans les créances en souffrance durant la même période. A fin septembre 2017, la tendance reste la même. En effet, les crédits bancaires croissent de +4,4% sur une année glissante en raison de la bonne tenue des crédits à l’équipement qui se renforcent de 11,4%, suivis des crédits aux particuliers qui s’apprécient de +4,5%. A contrario, les crédits destinés aux promoteurs immobiliers régressent de -0,6%. Du côté des dépôts de la clientèle, ces derniers augmentent de +5,7% en lien, notamment, avec l’appréciation de +9,1% des ressources à vue et la contraction de -10,5% des dépôts à terme. Hors ces derniers, les dépôts augmentent de +9,9%. Pour leur part, les créances en souffrances augmentent de +2,2% avec un taux de contentieux de 8,3% et un taux de couverture de 69,6%.

Que représente aujourd’hui l’Afrique hors Maroc pour les groupes bancaires marocains?

Othmane Benassila : Face à un marché national de plus en plus saturé, Attijariwafa Bank, BCP et BMCE Bank ont vu la possibilité d’étendre leurs réseaux à l’extérieur du Royaume et notamment en Afrique Subsaharienne. Au niveau de l’UEMOA (Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine), on note la présence d’Attijariwafa Bank à travers la CBAO (Compagnie Bancaire de l’Afrique de l’Ouest) et le Crédit du Sénégal (CDS). Le groupe est, également, implanté en Côte d’Ivoire, au Mali, au Togo via la Société Ivoirienne des Banques (SIB), la Banque Internationale pour le Mali (BIM) et la Banque Internationale pour l’Afrique au Togo (BIAT). Pour sa part, la BCP a pris le contrôle d’Atlantic Bank International (ABI) dans huit pays de la zone UEMOA (Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Mali, Niger, Sénégal, Togo, Bénin et Guinée Bissau). S’ajoute à cela, la Banque Populaire Maroco-Centrafricaine (BPMC) et la Banque Populaire Maroco-Guinéenne (BPMG). Par ailleurs, la zone CEMAC (Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale) est couverte par les filiales suivantes d’Attijariwafa Bank : l’Union Gabonaise de Banque (UGB), le Crédit du Congo (CDC) et la Société Camerounaise de Banque (SCB).

De son côté, BMCE BANK couvre, à travers ses participations de plus de 72% dans Bank Of Africa (BOA), l’ensemble des régions de l’Afrique (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Mali, Niger, Sénégal, Togo, Ghana, Djibouti, Kenya, Uganda, Tanzanie, Madagascar, RDC, Ethiopie, Burundi). En outre, le groupe détient des participations dans la Congolaise de Banque et la Banque du Mali (BDM). Par ailleurs, Attijariwafa Bank vient de mettre un pied en Afrique de l’Est et ce via l’acquisition de Barclays Egypt Bank, le 03 mai 2017. Cette dernière devient, ainsi, Attijariwafa bank Egypt.

Kawtar Karbal : Actuellement, la présence de l’Afrique se renforce de plus en plus dans la configuration globale d’Attijariwafa Bank et BMCE BOA et se replie pour la BCP. Pour Attijariwafa Bank, l’Afrique (dont l’Egypte et la Tunisie) représente 30% du RNPG à fin juin 2017 contre 27% une année plus tôt et 18% deux ans plus tôt. Quant à la BMCE BOA, la contribution de l’Afrique dans le RNPG semestriel 2017 s’élève à 34% contre 26% à fin juin 2016 et 28% à fin juin 2015. En revanche, le poids du groupe ABI dans le RNPG semestriel 2017 de la BCP se situe à 9% contre une part de 17% durant les premiers semestres 2016 et 2015.

Propos recueillis par: Kaoutar Khennach

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