«C’est la sous-région qui doit être l’espace de négociation avec le monde arabe»

Pour Alioune Sarr, ministre sénégalais du Commerce, du Secteur Informel, de la Consommation, de la Promotion des Produits locaux et des PME, sans nul doute, l’Afrique est une terre d’opportunités pour les pays arabes et vice versa. Toutefois, selon lui, pour développer un partenariat win-win, il est important que les pays africains prennent en compte certains éléments, notamment l’intégration sous-régionale en Afrique, l’harmonisation de leurs politiques commerciales. Il faut également développer des infrastructures économiques et sociales et accompagner les TPME  qui constituent l’essentiel des entreprises en Afrique…

Al Bayane : Où se situe aujourd’hui le Sénégal en matière de commerce avec les pays africains et arabes?

Alioune Sarr : Le Sénégal appartient à l’Organisation de la Coopération Islamique (OCI) qui est l’instance des pays arabes. En 2014, le commerce intra OCI était estimé à 19,33%. Donc, nous sommes à moins de 20% d’échanges. Si vous prenez les pays individuellement, avec le Maroc,  le Sénégal fait des échanges autour de 22 milliards de FCFA, soit près de 200 millions de dollars. On constate que ces échanges sont insuffisants. C’est la raison pour laquelle nous sommes venus ici pour que ces échanges commerciaux entre l’Afrique et le monde arabe puissent être amplifiés.

Quels sont les domaines inexploités de la coopération économique entre les pays arabes et africains?

Ils sont nombreux. Il faut tout d’abord savoir que sur le plan macroéconomique, l’Afrique connait un taux de croissance supérieur à 3%, entre 2013 et aujourd’hui. Si vous prenez un pays comme le Sénégal, il avait un taux de 6,7% en 2016. En même temps, l’Afrique a une population jeune. 60% des Africains ont moins de 25 ans. Vous avez également une classe moyenne qui se forme en Afrique, c’est –à-dire qu’il y

a des gens qui ont un pouvoir d’achat et qui peuvent acheter. Tous ces éléments montrent que l’Afrique est aussi une terre d’opportunités pour les investisseurs arabes. Par ailleurs, la plupart des pays arabes importent ce qu’ils consomment. Par exemple, la volaille qui est achetée pendant le Haj en Arabie Saoudite est essentiellement importée du Brésil. Tout le monde sait que l’Afrique est une terre d’élevage et d’agriculture. Ce qui veut dire que les éleveurs africains, en s’industrialisant, en mettant en place des chaines de valeurs dans le secteur de l’aviculture peuvent également aller attaquer les marchés des pays arabes. Cela est également valable pour l’agriculture, le tourisme, parce que les Arabes vont également en vacances. Pour développer tout cela, il faut trois choses.

Tout d’abord, concernant le cadre macroéconomique, il faut savoir que c’est la sous-région,  l’intégration sous-régionale qui doit être l’espace de négociation de ces accords avec le monde arabe. On ne peut pas le faire avec  54 pays, chacun négociant de son côté. Ça ne marchera pas. Il faudrait qu’en Afrique de l’Ouest par exemple, que ce soit la CEDEAO. D’ailleurs, il faudrait que toutes les unions régionales puissent se fédérer pour avoir une seule vision africaine. Ensuite, il faut que les politiques commerciales dans ces régions puissent être harmonisées pour ne pas avoir plusieurs politiques. Si pour venir chez vous, un investisseur doit payer une taxe douanière de 35% et que chez l’autre, c’est une taxe de 10%, naturellement il y’a un déséquilibre. Donc il faut également harmoniser les politiques commerciales et tarifaires.

L’autre élément très important est relatif à toutes les infrastructures  économiques et sociales, notamment les infrastructures de transport aérien puisqu’il faut que les hommes d’affaires puissent se déplacer pour faire des affaires ensemble. A part le Maroc qui fait un vol direct sur le Sénégal, la plupart des pays arabes n’ont pas de vols directs sur le Sénégal et les autres pays. La question des infrastructures économiques est importante de même que les infrastructures sociales. Il faut que les universités des pays du monde arabe et africains puissent communiquer ensemble.  Avec les pays comme le Maroc, il y a beaucoup d’échanges à ce niveau. Les infrastructures sociales sont très importantes pour développer un capital humain permettant à ces échanges d’être transformés réellement en opportunités commerciales.

Comment intégrer les TPME et le secteur informel dans la dynamique qu’ambitionne d’enclencher le programme Arab-Africa Trade Bridges?

Si vous prenez l’Afrique, plus de 90% des entreprises sont constituées du secteur informel. Je disais précédemment qu’il y’a trois piliers, premièrement, le cadre macroéconomique ; deuxièmement, les infrastructures économiques et sociales. Le troisième pilier c’est l’entreprise.  C’est elle qui porte les échanges économiques et commerciaux. Ce ne sont pas les Etats qui vont acheter ou vendre les poulets. C’est entre entreprises que ça se passe. Les Etats sont là pour les accompagner. Maintenant, le pilier de l’entreprise ce sont les PME et PMI. Il faut accompagner ces entreprises en les dotant de capacités technologiques leur permettant d’offrir des services de qualité. Il faut les accompagner dans la promotion de leurs produits, dans l’effort international pour présenter dans le monde arabe ce qu’ils ont comme offre de bonne qualité et vice versa. Toutes ces politiques doivent être mises en place en leur faveur, car elles constituent l’essentiel des entreprises en Afrique.

Quelle est votre appréciation du forum?

C’est une très bonne appréciation de ma part. Le niveau des débats est très élevé. Je me félicite de ce que j’ai vu et je crois que c’est une très bonne initiative qu’il faut encourager.

Danielle Engolo

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