Colombie: Les F.A.R.C. veulent reprendre les armes…

Sur une vidéo, d’un peu plus d’une trentaine de minutes, postée ce jeudi sur Youtube, montrant Ivan Marquez, l’ex-numéro 2 des anciennes Forces Armées Révolutionnaires de Colombie, en treillis vert posant avec Jesus Santrich, Hernan Dario Velasquez alias «El Paisa» et d’autres militants de l’ancien groupe armé devant une pancarte affichant le sigle FARC-EP (FARC-Armée du peuple), l’ancien dirigeant a annoncé ce que la majorité des Colombiens redoutaient depuis longtemps déjà ; à savoir, la reprise de la guérilla.

Justifiant « la poursuite des opérations de guérilla (par) la trahison par l’Etat des accords de La Havane », Ivan Marquez a clairement indiqué que ce sont «la fourberie, la duplicité, la perfidie, la modification unilatérale du texte de l’accord, la non-application (par l’Etat) de ses engagements, les montages judiciaires et l’insécurité (qui les) obligent à reprendre le maquis».

Pour rappel, Ivan Marquez avait participé aux quatre années de négociations entre les FARC et le gouvernement colombien qu’avait nécessité la conclusion de l’accord de paix et c’est lui-même qui, au moment de sa signature, le 26 Septembre 2016 à La Havane, s’était écrié : «Nos mains et nos voix s’unissent pour crier PLUS JAMAIS. Nous aurons la paix si les accords sont respectés. Le peuple est le meilleur garant».

Après la conclusion de cet accord à la suite duquel le Président colombien s’était vu décerner le Prix Nobel de la Paix, le groupe armé né, en mai 1964, d’une insurrection paysanne marxiste-léniniste qui réclamait une profonde réforme agraire avait convenu de quitter la jungle colombienne, de déposer les armes et de se muer en un parti politique qui, en gardant l’acronyme F.A.R.C., s’était transformé en «Force Alternative Révolutionnaire Commune».

Mais il y a près d’une année déjà que les dirigeants des anciennes F.A.R.C apparus sur la vidéo de ce jeudi ne sont plus apparus en public ; ce qui, pour certains observateurs avertis, était déjà un prélude à un retour au maquis et à une reprise des armes. Ivan Marquez leur a donné raison ce jeudi lorsqu’il a déclaré : «Nous n’avons jamais été vaincus ni défaits idéologiquement; c’est pour cela que la lutte continue (et que) nous annonçons au monde qu’a commencé la seconde Marquetalia (berceau de la rébellion) au nom du droit universel des peuples à se lever en arme face à l’oppression».Le nouveau groupe armée qui sera dirigé par Ivan Marquez coordonnera ses activités avec l’ELN, l’Armée de libération nationale,  deuxième guérilla encore en activité en Colombie.

Ce revirement constitue un coup dur pour l’accord de paix signé entre les anciens guérilleros marxistes et le gouvernement de droite du président Juan Manuel Santos après une «guerre civile» qui aura duré plus de 50 ans, fait plus de 250.000 morts, 60.000 disparus et 7 millions de déplacés.

Mais si Miguel Ceballos, le haut-commissaire de paix au sein du gouvernement colombien a estimé «très préoccupante mais pas surprenante» l’annonce faite par les anciens chefs de la guérilla, le président colombien Ivan Duque qui, après avoir jugé trop laxiste l’accord signé par son prédécesseur avec les FARC avait tenté de le modifier, a riposté en déclarant qu’une offensive allait immédiatement être lancée contre le groupe armé et accusé le Venezuela voisin du Président Maduro d’en abriter les meneurs. Le Chef de l’Etat colombien annoncera même, depuis son palais de Bogota, avoir «ordonné la création d’une unité spéciale afin de poursuivre ces criminels avec des capacités renforcées de renseignement, d’enquête et de mobilité sur tout le territoire colombien».

Est-ce à dire que tous les espoirs nés de l’accord de La Havane ne sont plus que chimères et que la lutte armée reprendra de plus belle entre le gouvernement central de Bogota et l’ancienne guérilla marxiste ? C’est tout comme; alors attendons pour voir…

Nabil El Bousaadi

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