Colombie: Les indigènes se mobilisent contre le Président Ivan Duque

Nabil El Bousaadi

Ce lundi, deux jours avant la journée de «mobilisation sociale» et de «grève nationale» à laquelle ont appelé un grand nombre de syndicats de travailleurs et d’étudiants, ce sont quelques 7.000 indigènes, issues de plusieurs ethnies du Cauca au sud-ouest du pays constituant 4,4% des 50.000 habitants de Colombie, qui, après neuf jours de voyage à pied et à bord de ces autocars bariolés qu’ils appellent «chivas» se sont déplacés jusqu’à Bogota, la capitale, sans rencontrer aucune résistance. Objectif: rencontrer le président et dénoncer la violence qu’ils subissent sur leurs propres terres de la part des groupes armés de narco-trafiquants; une vague de violence qui aurait fait quelques 313 victimes depuis qu’Ivan Duque a pris le pouvoir en Août 2018.

Les indigènes reprochent, notamment, à l’Etat colombien de ne pas avoir pris le contrôle des anciens fiefs des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) – la plus puissante guérilla du continent – après la signature de l’accord de paix de 2016 ; ce qui aurait facilité le renforcement d’autres groupes armées se disputant le contrôle du trafic de stupéfiants.

Ayant passé la nuit de dimanche à lundi dans un grand complexe sportif à l’invitation de Claudia Lopez, la maire de centre-gauche, les indigènes veulent «faire entendre leur voix» et dénoncer la politique menée par ce président de droite qui avait déjà refusé de les rencontrer à Cali, ville proche du Cauca se trouvant à près de 460 kilomètres de la capitale.

Aussi, après avoir traversé la ville au son de tambours et de flûtes, les visages masqués pour se prémunir de la pandémie du coronavirus et en étant bien encadrés par des éléments de la Garde indigène traditionnelle munis de cannes ornées de ruban, les manifestants se sont regroupés sur la place Bolivar, non loin du palais présidentiel avec l’espoir d’y rencontrer le président.

«Nous voulons la paix, l’égalité, le respect et que l’on cesse de nous assassiner (…) Le gouvernement doit nous écouter et nous recevoir. Nous méritons le respect comme tout le monde» a déclaré Carmen Pito, une manifestante de 53 ans, sous les cris d’encouragement de la foule.

En prenant la parole au nom des militants des communautés noires qui ont rejoint cette «minga» («action collective » en langue quechua) Javier Pena, 46 ans, s’est écrié : «Ils sont en train de nous tuer, de décimer la jeunesse. Nous, les indigènes et les afros sommes la population la plus menacée».

Or, en considérant que de tels attroupements constituent un réel danger à l’heure du coronavirus alors que le pays approche du million de contaminations au Covid-19 et que 28.000 colombiens en sont morts ces sept derniers mois, Ivan Duque n’a pas jugé opportun de sortir pour rencontrer les manifestants et, surtout, pour les écouter et répondre à leurs doléances.

Le président colombien, pour lequel «rien ne justifie» le fait de mettre en danger la santé et la vie des citoyens a rejeté tout dialogue direct au motif qu’il s’agit d’un débat politique qui devrait être traité au Parlement en déclarant : «Si nous devons discuter, faisons-le dans le cadre de la démocratie, sans ultimatums».

Ce n’est point là l’avis de Hermes Pete du Conseil régional indigène du Cauca (CRIC), pour lequel par un tel comportement le président s’est, tout simplement, «lâchement retranché». Aussi, face à cette rebuffade du président et à la nécessité de dénoncer la responsabilité de son gouvernement dans l’atteinte à leurs droits fondamentaux, les indigènes n’eurent pas d’autre choix que celui d’intenter un procès symbolique à l’encontre d’Ivan Duque.

Mais quoiqu’il en soit et au-delà de sa portée purement symbolique, rien n’interdit de penser que ce procès pourrait aussi ouvrir la voie à un débat dans l’enceinte du Parlement, alors attendons pour voir…

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