Confinement numérique

Le numérique s’impose plus qu’autre chose en cette période de confinement. Le télétravail, l’enseignement à distance, les consultations à distance, les règlements à distance, le e-gouvernement qui balbutiait …etc. Sans parler de ce qui est devenu habituel depuis que le téléphone est devenu portable et intelligent, comme les échanges de texto, d’images et de vidéos, la localisation géographique et le GPS…

Toutes ces actions régissent maintenant l’écoulement du temps quotidien. Dans notre beau pays, la population dans sa grande majorité prenait cette «intelligence artificielle» pour une distraction, une lubie, une addiction et voilà qu’elle est devenue une nécessité.

Malgré la complexité de sa mesure, entre la logistique et l’infrastructure nécessaires et les moyens des individus et leurs compétences à l’utilisation des techniques logicielles disponibles, la fracture numérique au sein de notre société est au moins proportionnelle à l’ampleur des inégalités sociales qui la caractérisent. Les écarts sont notables et l’exclusion manifeste concerne des pans importants de la population. C’est dans un contexte où les politiques intéressant la personne humaine nécessitent un effort considérable que le numérique s’est imposé sans crier gare.

Ainsi ; et alors que l’éducation et la formation constituent des sujets de débats sur l’inadéquation dans lesquelles elles se trouvent pour répondre à l’émergence de la nation et à la transformation de la société par le savoir, la fermeture des établissements scolaires, tous niveaux confondus, imposa l’enseignement à distance. La programmation de certaines chaînes de télévision s’ajusta à cette mesure. Des sociétés de production s’adaptèrent à la manne ainsi apparue.  Et on demanda aux parents confinés de faire ce qu’il faut pour leur progéniture, tuteurs pédagogiques malgré eux.

Si ailleurs, l’épidémie a fait basculer le baccalauréat. Ici, déjà certaines voix, qui seraient confrontées à cet examen, lancent des appels pour solliciter une compréhension envers les difficultés de cette soudaine et télévisuelle transmission du savoir.

Certainement que la lutte contre la propagation du covid-19 a ses raisons ; et, certainement que tout ce qui se développera à cause de ses raisons ne sera pas écarté après leurs disparitions. Alors, sans préjuger de ce qu’il adviendra, la réflexion n’est pas interdite sur les conséquences de la dématérialisation des établissements relevant de l’éducation et de la formation… Folle idée ou hallucination en relation avec un isolement prolongé?

Sur un autre chapitre ; et d’un jour à l’autre, le tirage papier de la presse écrite s’est arrêté sans plus qu’un communiqué pour le faire savoir. Les éditions électroniques ont remplacé le tirage papier avec la bénédiction de tous. Personne ne veut être un agent de la propagation du virus et contribuer à l’expansion de l’épidémie. Sous des conditions autres, il est difficile d’imaginer la situation de ce bouleversement et les résistances qu’elle aurait pu, à raison, soulever.

Il faut dire, qu’autant ici qu’ailleurs, la presse écrite souffrait déjà de plusieurs maux et faisait de la résistance pour se maintenir; alors que le web donnait à l’information une autre étendue spatiotemporelle, gratuitement ou presque. Le brin d’ARN invisible et assassin donna l’estocade à l’édition papier des journaux. Qu’en sera-t-il après ? Qui vivra verra.

Avant cela  et dés l’avènement des années 2000, l’économie liée au numérique est devenue, au niveau mondial, prépondérante dans l’accumulation capitaliste. Cette puissance économique s’affermit par le confinement imposé et par la situation morbide de la planète, elle ne se laissera certainement pas se désarçonner de sa place acquise et ses nouveaux rentiers seront à l’affût de toute opportunité pour renforcer leur prééminence.

Pour notre beau pays, il s’agit de faire du numérique un processus endogène au développement des forces productives nationales. Suite au confinement sanitaire, le fameux «saut de grenouille», tout au moins dans son élan, semble être initié. Pour cela, les talents existent, il faudrait éviter leur exode sous d’autres cieux plus généreux et où le vivre ensemble est institutionnel. L’infrastructure doit répondre aux besoins requis, et non seulement assurer la routine des appels, texto, images et vidéos de la clientèle populaire.

Et comme dans le cas de l’exécution d’une partition de musique, l’action devrait être menée d’une manière claire, concertée et consensuelle, uniforme dans ses choix et homogène dans son ensemble. C’est ainsi que le pays devra sortir du confinement numérique!

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