Les conseillers mettent à nu les défaillances de l’ONMT

Gestion administrative et financière défaillante, exploitation irrationnelle du budget, absence de stratégie durable… La liste des maux dont souffre l’Office national marocain du tourisme (ONMT) est encore longue, comme le révèle le rapport de la commission d’enquête parlementaire, présenté mardi en séance plénière à la Chambre des conseillers. L’enquête réalisée par les conseillers a couvert la période 2010-2017.

70 millions de DH de manque à gagner

Les 300 millions de DH prévus par la vision 2020 au profit de l’OMNT n’ont pas été totalement débloqués. La commission d’enquête indique que seulement la moitié de l’enveloppe a été accordée à l’Office. En face, le recouvrement des taxes sur les nuitées des établissements hôteliers ne dépasse pas 120 millions de DH alors qu’elles pourraient être de 190 millions, soit un manque à gagner estimé à 70 millions de DH. En dépit de cela, les recettes de l’Office ne sont pas gérées de manière rationnelle, particulièrement les subventions octroyées au secteur aérien. La commission constate également des dysfonctionnements en matière de gestion des salons étrangers auxquels l’Office participe. Les ressources affectées à ces événements ont augmenté, tandis que l’espace réservé à la partie marocaine s’est rétréci. Les dépenses consacrées à l’investissement sont également pointées du doigt. Idem pour les dépenses de fonctionnement. La commission dénonce surtout l’indemnité de logement qui s’élève à 50.000 DH pour le directeur général. En face, les dettes continuent à se creuser. Parfois, la barre des 200 jours de retard de paiement est dépassé. Ce qui augmente les pénalités de retard.

Absence de stratégie de continuité

La gestion administrative laisse également à désirer, de l’avis de la commission d’enquête parlementaire. Les conseillers déplorent l’absence d’une stratégie durable. En effet, chaque nouveau DG rompt avec le plan d’action de son prédécesseur, bloquant ainsi la continuité des actions engagées. Pis encore, de nombreuses études réalisées avec un budget colossal sont restées lettre morte. La commission fustige aussi l’absence de coordination avec le ministre du Tourisme qui préside pourtant le conseil d’administration. Par ailleurs, le rapport fustige le déficit en ressources humaines. Dans certaines délégations à l’étranger, le nombre d’employés ne dépasse pas 2 à 3.

Gouvernance anarchique

Les conseillers reprochent à l’ONMT ses décisions unilatérales. Parfois, indique-t-on, les décisions prises dépassent les dispositions du texte réglementant cet établissement. En effet, certaines décisions sont prises en dehors du conseil d’administration. Dans le même ordre, la coordination avec les professionnelles du secteur est jugée trop faible. Sur ce point, la commission relève l’absence de convergence entre les stratégies de l’Office et celles de la Royal Air Maroc. D’autres défaillances sont relevées. La commission des stratégies et d’investissement n’est toujours pas activée. C’est à se demander comment les différents plans d’action adoptés à ce jour ont été déployés !

Hajar Benezha

 

Recommandations

Face à ce lot de dysfonctionnements, la commission d’enquête suggère la refonte de la loi réglementant l’ONMT. Parmi les changements attendus, la révision de la composition du conseil d’administration pour renforcer la représentativité des professionnels du secteur. Par ailleurs, les conseillers insistent sur l’activation de la commission de gestion qui est au point mort depuis 1974. Les parlementaires proposent aussi de rassembler tous les établissements publics opérant dans ce secteur pour ne former qu’un seul organe.
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