Covid-19 : Quel chamboulement pour les entreprises?

Kaoutar Khennach

Le Maroc a déclaré l’état d’urgence sanitaire le 20 mars dernier, avec un confinement obligatoire assorti de mesures de restriction des déplacements qui ont fortement affecté l’activité économique, notamment le tissu entrepreneurial. Les dirigeants et les chefs d’entreprises se trouvent inaptes face à la pandémie du nouveau coronavirus Covid-19. Face à cette crise économique sans précédent, le HCP et la CGEM se sont précipités à mesurer l’impact de la pandémie sur les entreprises marocaines afin d’atténuer les effets de ce virus. Tour d’horizon.

L’effet immédiat du confinement mesuré par le HCP

Selon les estimations du Haut-commissariat au Plan (HCP), environ 142 000 entreprises ont suspendu leurs activités de manière temporaire ou permanente (bien que 135 000 dans le premier cas et 6 300 dans le second), une fois le confinement a été instauré. Ce sont les très petites et les petites et moyennes entreprises qui sont les plus vulnérables, selon les travaux du HCP  réalisés sur la base d’enquêtes auprès des entreprises menées entre le 1er et le 3 avril. 72 % des entreprises qui ont dû suspendre leurs activités sont très petites, tandis que parmi celles considérées comme petites et moyennes, le pourcentage tombe à 26 %. Seulement 2% des entreprises qui ont été contraintes de cesser leurs activités sont de grande taille. Il faut rappeler que les très petites et petites et moyennes entreprises dans leur ensemble représentent 95 % du tissu économique. Selon les secteurs, le plus touché est celui de l’hôtellerie et de la restauration. 89% des entreprises de ce secteur ont suspendu leurs activités. Dans le cas des entreprises de l’industrie du textile et du cuir, 76 % ont vu leur travail interrompu et ce pourcentage diminue légèrement pour atteindre 73 % dans les industries métallurgiques et mécaniques. Dans le domaine de la construction, 60 % des entreprises ont dû suspendre leurs travaux.

Une baisse de plus de 50% de chiffre d’affaires

Pour sa part, la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) a mené une enquête intitulée «Quels sont les impacts de la pandémie Covid-19 sur votre entreprise?». Les résultats préliminaires publiés, courant avril, ont fait ressortir que près de 61,6% des entreprises s’attendent à une augmentation des délais de paiement d’au moins 60 jours après la reprise. 815 entreprises interrogées (sur 1740) ont vu leurs activités, pendant les trois premiers mois, baisser de plus de 50% et 301 entreprises ont déclaré une baisse entre 30% et 50%. Par ailleurs, les entreprises sondées craignent la perte de 165.586 emplois, soit 55,11% de leurs effectifs. Les activités ayant enregistré une baisse de plus de 50% de chiffre d’affaires (notamment l’immobilier, le tourisme, l’artisanat, les industries culturelles, le textile, les médias) craignent de perdre 100.000 emplois. Aussi, 39,2% d’entreprises ont déclaré avoir bénéficié de l’indemnité forfaitaire financée par le fonds spécial dédié à la gestion de la pandémie de coronavirus, 48,8% ne l’ont pas fait mais restent attentives à l’évolution des événements, tandis que 12% n’ont pas l’intention d’en bénéficier.

Une demande accrue de report d’échéances

Ces résultats « laissent présager un possible doublement des demandes de l’indemnité forfaitaire », selon la CGEM. Ainsi, 71,4% des entreprises questionnées ont demandé au moins un report d’échéances (bancaires, fiscales, sociales). Parmi celles qui ont demandé des reports, 62,7% ont demandé plus d’un report et 22,8% des répondants ont demandé les 3 reports en même temps. En l’absence de visibilité pour 2020, la majorité des entreprises exportatrices (56,7%) répondantes entrevoit une reprise en 2021.

Après cette première édition, la Confédération a dévoilé les résultats de la 2ème édition de l’enquête de son baromètre des impacts de la pandémie du nouveau coronavirus (Covid-19) sur les entreprises marocaines. Cette deuxième édition du baromètre a connu la participation de 3.304 entreprises, dont 88,7% de très petites, petites et moyennes entreprises (TPME) et 28,3% opérant à l’export employant 494.164 salariés. Il ressort de l’analyse préliminaire de cette enquête que le chiffre d’affaires des entreprises, tous secteurs confondus, à fin mai 2020 par rapport à fin mai 2019, a connu une baisse plus importante que celui de fin mars 2020 par rapport à fin mars 2019.

En ce qui concerne l’impact de la pandémie sur le maintien de l’emploi, l’enquête montre que la perception de la baisse d’emploi a reculé de 10 points en moyenne à l’exception du secteur de l’agriculture, relève la CGEM, précisant que ceci pourrait s’expliquer par l’adoption des mesures mises en place par le Comité de Veille Économique (CVE), notamment l’indemnité de la Caisse Nationale de la Sécurité Sociale (CNSS), qui ont contribué à la préservation des emplois.

Plus de 36% des entreprises font appel à Damane Oxygène

S’agissant du produit Damane Oxygène, 36,6% des entreprises répondantes ont demandé à en bénéficier, fait savoir la même source, ajoutant que 23,6% des demandeurs ont vu leurs dossiers rejetés. Signalons que la Caisse Centrale de Garantie (CCG) a lancé un nouveau mécanisme de garantie appelé «Damane Oxygène», un produit de garantie qui vise la mobilisation des ressources de financement en faveur des entreprises dont la trésorerie s’est dégradée à cause de la baisse de leur activité. Il couvre 95% du montant du crédit et permet ainsi aux banques de mettre en place rapidement des découverts exceptionnels pour financer le besoin en fonds de roulement des entreprises cibles.

35% des entreprises prévoient d’utiliser «Damane Relance»

Questionnées sur l’intention d’utilisation de Damane Relance et de Damane TPE, 35,4% des entreprises sondées prévoient de faire appel à ces deux nouveaux produits de la CCG. En effet,  « Relance TPE » est conçu en faveur des très petites entreprises (TPE), y compris les commerçants, artisans, coopératives et professions libérales. Il est destiné à garantir, à hauteur de 95%, les prêts des entreprises réalisant un chiffre d’affaires ne dépassant pas 10 millions de DH. Sans sûretés exigées, cette ligne de financement est plafonnée à 10% du chiffre d’affaires avec un minimum de 10.000 DH. Pour sa part, «Damane Relance» sera déployé en faveur des petites, moyennes et grandes entreprises réalisant un chiffre d’affaires supérieur à 10 millions de DH. Le montant du crédit garanti est fixé à 1,5 mois de chiffre d’affaires pour les entreprises du secteur industriel, et à 1 mois de chiffre d’affaires pour les entreprises relevant des autres secteurs. La quotité de garantie de ce nouveau mécanisme varie de 80 à 90%. Le communiqué souligne que les crédits garantis doivent être destinés, à au moins 50% de leur montant, au règlement des fournisseurs, afin de favoriser un financement interentreprises.

Pour le volet de l’export et en l’absence de visibilité pour 2020, la majorité des entreprises exportatrices répondantes entrevoit une reprise en 2021. Cette reprise s’inscrit dans la tendance globale observée. En outre, la CGEM note que les exportateurs sont légèrement moins pessimistes que l’ensemble des entreprises répondantes.

Le délai moyen de paiement supplémentaire à 52 jours

Sur la question des délais de paiement, les résultats de l’enquête indiquent une hausse du délai moyen supplémentaire dans tous les secteurs pour atteindre 52 jours. La liquidité et la solvabilité des entreprises s’en trouveront impactées. La Confédération souligne également que 19,7% des entreprises sondées s’attendent à une augmentation de plus de 90 jours, 9,4% de 90 jours, 15,6% de 60 jours, 12,1% de 45 jours, 14,8% de 30 jours, alors que 27,3% des entreprises ont déclaré que les délais de paiement vont se maintenir. La dégradation des délais de paiement est variable selon les secteurs. L’enseignement a atteint 72 jours, les industries culturelle et créative (66 jours), le bâtiment et travaux publics (BTP) et l’immobilier (58), le commerce (58), le transport et entreposage (56), le tourisme et restauration (54), l’artisanat (52), l’agriculture, sylviculture et pêche (50), les services (50), la santé (49) et les industries manufacturières et extractives (45), précise la même source.

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