Dénucléarisation: double-jeu à Pyongyang?

Selon un rapport élaboré par un panel d’experts de l’ONU et adressé au Conseil de Sécurité ce vendredi 3 Août, Pyongyang n’aurait pas mis fin à ses programmes nucléaire et balistique et serait même allé à l’encontre de toutes les résolutions onusiennes en procédant à «une hausse massive des transferts illicites de produits pétroliers en mer en 2018».

Ainsi, les exportations de charbon, de fer, d’acier et d’autres produits, vers la Chine et l’Inde notamment, auraient rapporté à la Corée du Nord quelques 14 millions de dollars entre Octobre 2017 et Mars 2018 rendant caduc le dernier train de sanctions adopté l’an dernier.

Le rapport relève également que le régime de Kim Jong-un aurait fourni, par l’intermédiaire d’un trafiquant syrien, à des groupes armés en Libye, au Yémen et au Soudan, «du petit armement et des armes légères» voire même «des missiles balistiques» fabriqués en Corée du Nord au titre d’un «protocole de coopération» qui aurait été signé en 2016 à Damas entre Pyongyang et les rebelles houtis.

Présent à Singapour dans le cadre du sommet régional de l’Asean (Association des nations d’Asie du Sud-Est), le Secrétaire d’Etat américain aux Affaires Etrangères, Mike Pompeo n’a pas caché son désir de maintenir sur la Corée du Nord «une pression maximale» aussi bien économique que diplomatique après qu’il ait été clairement indiqué, dans le rapport en question, que la Russie et la Chine ont fait fi des sanctions onusiennes et facilité les transactions commerciales avec Pyongyang.

Ainsi, de nombreux médias américains ont fait état, ces derniers temps, d’un relâchement de la pression exercée par la Russie et la Chine sur la Corée du Nord et le «Wall Street Journal» a même publié une enquête révélant que la Russie a ouvert ses frontières à quelques 10.000 travailleurs nord-coréens en 2018 ainsi qu’à quelques 200 sociétés-écrans afin de permettre à la Corée du Nord de rester dans le système bancaire international.

Aussi, au moment de saluer son homologue nord-coréen, le diplomate américain a remis à ce dernier une lettre manuscrite de Donald Trump destinée au chef de l’Etat nord-coréen.

Dénonçant «l’impatience» de Washington qui, en avançant des «exigences unilatérales» et en ne levant pas les sanctions qui pèsent sur l’économie nord-coréenne n’aide pas à «construire la confiance», Ri Yong-ho a répondu à Mike Pompeo que «tant que les Etats-Unis ne montreront pas, dans la pratique, leur volonté d’éliminer ce qui nous pose problème, il n’y aura aucune possibilité que nous avancions de notre côté».

Ainsi, si Pyongyang a donné un coup d’arrêt à ses essais de missiles balistiques, fermé le site d’essais nucléaires de Punggye-ri et remis à Washington les restes des dépouilles des soldats américains tombés pendant la guerre de Corée (1950/1953), certains observateurs laissent, cependant, planer le doute quant à une réelle volonté de Pyongyang d’abandonner son programme nucléaire en soulignant que de grands travaux ont eu lieu sur le site de Yongbyon qui abriterait « le cœur du dispositif nucléaire de la Corée du Nord».

Enfin, avec d’un côté, une administration américaine qui réclame une dénucléarisation « complète, vérifiable et irréversible unilatérale» et, de l’autre côté, un régime nord-coréen qui considère que «la manière la plus rapide» pour aboutir à une dénucléarisation complète de la péninsule coréenne serait «d’avoir recours à une approche progressive dans laquelle les deux parties avanceraient en même temps», il semble que tous les espoirs nés du sommet de Singapour sont en passe de s’estomper. De quoi donc demain sera-t-il fait dans la péninsule coréenne avec un Donald Trump et un Kim Jong-un aussi imprévisible et aussi effronté l’un que l’autre ? Attendons pour voir…

Nabil El Bousaadi

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