Désamour

La politique semble malaimée par celles et ceux qui en ont le plus besoin. La persistance, voire l’aggravement, des maux issus des inégalités sociales et des disparités spatiales ne contribue pas à maintenir la flamme. Le désamour semble aussi avoir des raisons plus anciennes. Des attentes refoulées depuis fort longtemps et qui ne trouvent pas les réponses satisfaisantes ; des comparaisons avec une situation passée où «les choses étaient plus simples», une communication et un échange d’informations plus fluides qui ne répercutent que les difficultés, les problèmes, les dysfonctionnements et les souffrances. Cette moitié vide du verre semble envahir l’esprit, agacé par des acteurs politiques «tous les mêmes» et «tous pourris».

Les appareils politiques semblent en panne pour répondre aux exigences de visibilité nécessaires pour mobiliser et motiver leurs troupes. L’attentisme n’est rompu que par des fracas venant d’altercations intestines, de chicanes entre membres d’une majorité qui gouverne, de polémiques stériles ou de déclarations intempestives sur des capacités et des compétences qui se développeront dans l’avenir alors qu’elles sont censées le faire ici et maintenant. «Où va-t-on ?» est devenu un refrain par lequel toute discussion se termine.

L’anticyclone électoral «2021» semble maintenir un temps politique sec sur notre beau pays où la fraicheur l’emporterait sur la douceur. L’enthousiasme serait à chercher dans l’ensemble du territoire national avec un ensoleillement novateur qui reste pâle et très cantonné.

Les programmes efficients, les valeurs accompagnant la démocratie et la modernité paraissent en standby, dans l’attente d’une réalité électorale dont on oublie qu’elle se constitue d’ores et déjà. Pour la plus grande majorité de la population, les politiques mises en œuvre tardent à produire leurs effets bénéfiques et attendus alors que les discours s’allongent, s’alambiquent et versent dans la prospective subjective au lieu de s’atteler à lever les verrous du présent.

Il faut dire que la volonté de réformer le pays n’est pas chose nouvelle au Royaume du Maroc. Elle se retrouve exprimée à travers les étapes historiques avant le colonialisme castrateur et après l’indépendance du pays. Il reste encore à la réaliser ! Les avancées enregistrées ne servent qu’à mettre en exergue les retards qui s’accumulent et deviennent des freins à la transformation de la société et à sa mise à niveau avec les modalités du temps universel.

Aux contemplateurs de comprendre que la désaffection politique ne signifie aucunement vacance de la politique. Cette dernière est bel et bien agissante et beaucoup plus qu’ils ne le croient. Il fût un temps où le «Sans Appartenance Politique (S.A.P.)» était recherché pour équilibrer, et/ou saper, l’engagement organisé de celles et de ceux qui luttaient avec conviction pour la justice sociale et l’émancipation des masses populaires.

L’elegerocratie, développée depuis, a concrétisée l’inertie recherchée contre la fougue des partis politiques issus du mouvement national sans pour autant qu’elle devienne le moteur de la réforme désirée. Il en reste un goût amer qui se répand dans les domaines économiques, politiques, sociaux et culturels. Serait-on condamné à pousser éternellement le rocher de la réforme qui redescend sans cesse sur la pente des inégalités et des injustices?

Malgré tout ce que l’on peut dénoncer comme dysfonctionnements, obstacles et adversités, il reste qu’il fait bon vivre au Royaume du Maroc et cela irait encore mieux si la persévérance des marocain(e)s à construire un état national et démocratique se trouve achevée pour entamer l’avènement d’une société débarrassée de toutes les aliénations. Cela relève du possible et requiert la participation de tous les acteurs politiques, contemplateurs inclus.

Le nouveau souffle démocratique doit raviver l’ensemble du champ politique national pour combattre le désamour.

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