Donnons à la politique son temps

Le temps ne suspend pas son vol, comme le voulait un poète; et, malgré que les heures propices se font rares, il est toujours bon d’attendre et d’espérer l’avènement des beaux jours. Ceci étant dit, il ne s’agit ni d’être en contemplation béate ni de faire sien ce fameux slogan «Dites que l’année est belle…» jetée à la figure de l’opposition par un ministre omniprésent, mais incapable de prévenir «la crise cardiaque» malgré ses prémisses prémonitoires. Mais ce temps a été.

En ce temps où, malgré les transformations qui se font aussi bien sur le territoire que dans la société qui l’occupe, les inégalités sont plus criantes et les attentes se font plus grandes. En ce temps, les mentalités évoluent dans les méandres du processus démocratique et reflètent les contradictions de la société quand elles sont affrontées «à des questions de vie ou de mort».

Plus libre, dans un sens comme à son opposé, l’expression est prolixe dans les réseaux sociaux et reste à canaliser par la représentation nationale à tous les niveaux, du quartier à la commune, de la région au parlement.

A certains, la nostalgie du «bon vieux temps» fait dire n’importe quoi à celles et à ceux qui en font leur pensée quotidienne. Les rétroviseurs, de quel côté qu’ils soient, n’ont jamais permis d’avancer, ils ne servent essentiellement que pour la marche arrière ou pour se garer.

La conjugaison au passé ne sert qu’à se préparer pour une éventuelle spirométrie, et encore ! Faut-il le dire «les mots» n’ont jamais été révolutionnaires quand l’action responsable leur manque. Les infantilismes autant que les opportunismes provoquent plus de dégâts qu’une action pragmatique réaliste et dans le sens de l’histoire.

Si en tout temps, la politique dans notre pays a été malmenée; en ce temps, elle fait l’objet d’une dénonciation destructive. Une opération orientée en complète contradiction avec les dispositions de la constitution; appelant au vide, sans aucune alternative et encore moins une initiative organisationnelle conforme à la loi.

Il semble qu’une césure se marque entre les séniors, encore jeunes, et les générations suivantes. A quelques très rares exceptions, les sexagénaires, et plus, sont plus sensibles aux avancées réalisées qu’ils veulent consolider, tout en arguant que l’on peut faire plus et mieux car cela est possible, réalisable et bénéfique pour l’ensemble de la nation. Etant passé, en général, sur les bancs de l’école publique, ils se sont engagés dans une organisation syndicale et ont adhéré à un parti politique pour l’idée à laquelle ils souscrivaient. Se libérer, s’émanciper, vivre dans le bienêtre avec son temps dans l’égalité et la justice sociale.

L’expérience militante leur a inculquée la connaissance de l’autre, la solidarité, l’abnégation, la patience et la persévérance entre autres aspects humanistes et la réalité du rapport des forces dans la société. Ils ont lutté et ont milité sans attendre «une récompense ou des remerciements». Et même quand ils se mettent, pour une raison ou pour une autre, en marge de l’action organisée, ils restent modestes dans leurs comportements, sages dans la parole et bienveillants à l’égard des partisans en action.

Le processus démocratique a trouvé en cette élite partisane une assise qui a permis l’alternance consensuelle. S’occupant des affaires publiques pour les redresser, elle s’est laissée prendre par les rouages administratifs, la réserve nécessaire et l’imperméabilité presque impénétrable entre l’action gouvernementale et ses échos à l’intérieur. La quantité prévalant sur la qualité, le nombre va devenir de plus en plus son problème.

Dans cette foultitude où l’élégérocratie trouvait son bonheur, la politique va trouver ses fossoyeurs, le smog régnant sur le champ politique aidant. Un passage partisan furtif, une ambition démesurée non prise en compte, une folie des grandeurs cachée sous un misérabilisme d’apparat, une voix qui porte et un blog qui «casse du sucre», diffame et réclame la vindicte populaire… vont faire le lit d’une crue haineuse qui s’amplifie par tous les mécontents venus de tout bord.

Nauséabond ; même si en ce temps où l’épidémie de la covid19 vous laisse apprécier les effluves d’une poubelle délaissée par la gestion déléguée ou l’odeur d’un carburant d’une moto qui pétarade au lieu d’un autre venant de l’échappement d’une turbo dernier modèle. Pollution de l’air qui tue dans notre pays plus que la covid-19 et personne ne s’en soucie!

En ce temps où le puzzle électoral se fait alors que son assemblage, encore incertain, laisse préfigurer plus qu’une probabilité, donnons à la politique son temps et à la consolidation du processus démocratique l’occasion de se confirmer.

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