Les effets secondaires du retrait américain de l’accord de Vienne

Quand Trump avait annoncé le retrait des Etats-Unis de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien et le rétablissement des sanctions économiques contre l’Iran, il avait laissé entendre que les sociétés qui travailleraient avec Téhéran ne seraient pas épargnées par la colère de Washington. Aussi, dans une lettre en date de ce mardi 6 Juin, les trois pays européens signataires de l’accord de Vienne  – à savoir, la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne – ont demandé «des exemptions aux sanctions américaines pour leurs entreprises en Iran».

Dans leur courrier adressé au Secrétaire d’Etat américain aux Affaires étrangères Mike Pompeo et au Secrétaire au Trésor Steven Mnuchin, les ministres des Finances et des Affaires étrangères des trois pays européens précités attendent des Etats-Unis, «en tant qu’alliés… qu’ils s’abstiennent de prendre des mesures qui feraient du tort aux intérêts de défense européens». Ils demandent, ainsi, à Washington de ne pas appliquer aux entreprises et aux citoyens européens les effets extraterritoriaux des sanctions secondaires américaines principalement aux sociétés qui «ont commencé ou conclu des contrats» depuis 2015, date d’entrée en vigueur de l’accord de Vienne.

Il faut dire que les industriels allemands sont sous le choc depuis l’annonce le 8 mai dernier du retrait des Etats-Unis de l’accord de Vienne sur le  nucléaire iranien car ce sont près de dix mille entreprises allemandes dont  des grands groupes comme Siemens qui ont des relations commerciales avec l’Iran. Dénonçant «l’utilisation extraterritoriale des sanctions envisagées par les Etats-Unis» et leur illégalité «au regard du droit international», les industriels allemands redoutent que la pression que pourrait exercer le gouvernement américain sur les sociétés allemandes présentes en Iran ne puisse avoir «des conséquences imprévisibles» surtout après que le nouvel ambassadeur américain en Allemagne, Richard Grenell, ait déclaré, en termes très peu diplomatiques, que «les entreprises allemandes présentes en Iran doivent cesser immédiatement leurs activités»; une injonction qui a jeté un coup de froid dans les milieux économiques outre-Rhin et qui a fait dire à Eric Schweitzer de la Chambre d’Industrie et de Commerce allemande qu’elle «touche durement l’économie allemande»  contrainte, désormais, de solliciter l’aide de son gouvernement et de l’Union Européenne pour sauvegarder les relations commerciales germano-iraniennes mais qui se heurtera inévitablement au problème du financement car en craignant de mettre en danger leurs relations d’affaires avec les Etats-Unis les banques refuseront de mettre la main à la poche pour financer des projets en lien avec l’Iran.

Dans les milieux industriels français, le constructeur automobile PSA et le pétrolier Total se préparent à quitter l’Iran quand bien même ce retrait constituerait un revers majeur pour PSA qui avait vendu l’année dernière 444.600 véhicules à l’Iran.

Par ailleurs, Reza Najafi, l’ambassadeur iranien auprès de l’AIEA, a annoncé, en marge d’une réunion du conseil des gouverneurs de l’agence à Vienne, que Téhéran a lancé les travaux nécessaires à une relance de ses activités nucléaires, notamment une reprise de la production de gaz UF6 destiné à l’enrichissement de l’uranium alors que, de son côté, le vice-président iranien Ali Akbar Salehi, a déclaré, ce mardi, que l’Iran envisagerait même la fabrication de nouvelles centrifugeuses destinées à augmenter sa capacité d’enrichissement de l’uranium.

C’est dire que ce retrait des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien n’est pas une «mince affaire» car en voulant relancer les sanctions contre Téhéran, il met à mal tous les signataires de cette convention, à savoir les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations-Unis, l’Allemagne et la République islamique qui, en n’ayant plus, désormais, aucune raison d’arrêter sa course vers l’armement nucléaire risque de mettre en péril le fragile équilibre régional mais attendons pour voir…

Nabil El Bousaadi

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