Efficacité limitée et prédominance d’une vision négative

Quelle appréciation ont les Marocains des systèmes de protection sociale au Maroc ? L’enquête du Haut-commissariat au Plan (HCP) indique que les deux tiers des Marocains ne sont pas au courant des programmes sociaux de lutte contre la pauvreté, la vulnérabilité et l’exclusion. Seuls quelques programmes sont connus de tous,  à savoir l’INDH, le programme «un million de cartables», celui de l’aide accordée aux veuves et Tayssir.

La perception varie selon qu’il s’agisse du milieu urbain ou rural, annonce le Haut Commissariat au Plan dans sa dernière publication.  L’enquête en question souligne que la protection sociale a depuis longtemps été considérée comme un instrument peu approprié pour les pays en développement. Le Marocain est peu conscient de l’existence de ces programmes, notamment la catégorie des ouvriers non qualifiés, les exploitants agricoles et les pêcheurs et artisans. Sont plus au moins conscients des différents systèmes de protection sociale les ouvriers qualifiés, les chômeurs et les commerçants et les intermédiaires (49,9%) suivis des cadres moyens et cadres supérieurs à hauteur de 33,7% et 20,9%.

La connaissance ou la méconnaissance de ces programmes ne réduit en rien leur conviction que les pauvres n’en bénéficient que peu 65,5% contre 23,5%  qui ne bénéficient jamais des différents systèmes. En fait, plusieurs raisons expliquent le faible impact et le manque d’efficacité de ces programmes, particulièrement le clientélisme, la faiblesse des services et les difficultés d’accès aux services. Le clientélisme arrive en première position des causes de la faiblesse de ces programmes dans le monde urbain, soit 43,8%. En milieu rural, l’inefficience des programmes de protection sociale reste liée aux gains limités et à la faible qualité des services.

D’autres catégories sociales et les cadres supérieurs pointent du doigt la qualité des services fournis et l’insuffisance de l’offre. Les services de santé et de couverture médicale sont taxés d’une vision négative en permanence. L’accent est mis sur la faiblesse des infrastructures et des ressources et sur le poids des dépenses médicales des ménages considérées comme une cause d’appauvrissement des ménages les plus démunis. Ainsi, 50% des enquêtés soulignent « la mauvaise qualité des services » et «le faible encadrement médical» en tant que principales causes de ce faible accès aux services de santé. Parallèlement, 60,3 % des Marocains  jugent les dépenses de santé comme «exceptionnellement élevées», et que l’endettement reste à hauteur de 37,1% la solution pour financer les prestations de santé.

La répartition selon le sexe place les femmes  parmi les plus critiques par rapport aux hommes. 56,2% d’entre elles jugent la couverture médicale faible contre 43,2% des hommes. Cela étant, plus de 47% se déclarent pour la privatisation des services de santé. Les retraités continuent de travailler en raison de l’insécurité et la faiblesse du système de protection sociale (régime de retraite, allocations de chômage). Les jeunes sont aussi très nombreux à faire part de leur sentiment d’insécurité vis-à-vis de l’offre d’emploi.  Ce sentiment d’insécurité est attribué à « la faible capacité de l’économie nationale à créer de l’emploi», au «népotisme » et à «la faiblesse du niveau de formation». Les jeunes Marocains mettent le doigt aussi sur l’inadéquation formation/emploi. L’enquête du HCP indique que les trois quarts des Marocains (75,1%) ne sont pas inscrits dans une caisse de retraite.

Les solutions proposées pour lutter contre les inégalités sociales touchent à l’amélioration de la qualité de l’emploi et la valorisation des salaires et des allocations de chômage et à l’appui social public aux pauvres, la généralisation de la couverture sociale (34,5%) et l’amélioration des conditions d’habitat et de l’accès aux services sociaux de base (10,3%).

Fairouz El Mouden

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