Et la vie continue…dans un autre corps

«Cœur généreux», téléfilm de Abdekhaï Laraki

Par  M’barek Housni

Il est des films qui sensibilisent et émeuvent en même temps. Qui témoignent dans l’émotion avec art et dans l’art. Le film «Cœur généreux» en est un parfait exemple. Tissé pour toucher les cœurs en racontant une «bonne» histoire, qui fait partie de celles que le domaine de l’image mouvante affectionne tout particulièrement. L’adjectif «bonne» pris ici dans son sens artistique. Et non moral, car ce dernier aspect de la bonté on en verra une parfaite illustration à travers les péripéties de ce drame vivifiant.

Partant d’un sujet axé sur le don d’organe, le film trace une trame qui accroche et ouvre grands les yeux sur cette thématique humaine et sociale. Une trame portée par un casting à la hauteur et une direction d’acteur sensible et à fleur de peau, en plusieurs scènes, et une mise en scène maîtrisée.

Ça commence par un accident sur la chaussée, de ceux qui ne laissent derrière eux que le malheur. Un homme d’âge mûr se croyant au-dessus de tous parce que riche, conduit en un état d’ébriété très avancée, et percute mortellement un jeune homme en vélo, sans s’en rendre compte. Arrivant chez lui, la servante un peu trop zélée fait disparaitre les traces du crime : sang sur le devant de la voiture, carcasse du vélo qui y était accrochée. On ne peut imaginer meilleure entrée en matière. De l’autre côté, deux familles se trouvent mêlées au drame. Premièrement, celle du jeune homme. Surtout la mère, inconsolable, n’accuse nullement le coup portée par un chagrin immense.

Là, l’actrice Najat Elwafi a brillé et a porté le film sur ses épaules en grande professionnelle qu’elle est. On ne voit qu’elle et le réalisateur, maître expérimenté du cinéma, n’a pas laissé l’occasion passer pour montrer son professionnalisme en la mettant en valeur, et partant de là de faire entre ce film dans les arcans de la sensibilité citée ci-haut. Et deuxièmement, celle d’un couple dont la fille est condamnée, à moins de trouver un cœur pour se faire «greffer» une deuxième vie, pour ressusciter. On imagine la suite. Mais comment convaincre la mère meurtrie ? Or, le défunt jeune homme avait déjà signé un engagement où il fait don de ses organes vitaux s’il lui arrivait de mourir jeune. La générosité a ses propres voies, et le don d’organes en est la meilleure qui soit. Y-a-t-il mieux que de sauver une vie, même en perdant la sienne?  La mère cédera enfin. À contre cœur, mais ne cédera jamais à trouver le chauffard qui lui a ôté le bonheur de s’illuminer de la présence de son fils.

Là, le film entre dans son côté film, cet aspect qui justifie l’appartenance à l’art et au témoignage. Elle mènera une enquête très «maternelle» qui remplace la vraie enquête qui piétine. Quand le cœur s’en mêle, aucune affaire ne reste dans le flou. Le film le montre si clairement via des scènes réussies, car bien faites. Surtout celle du jardin public où la jeune fille qui vit grâce au cœur de son fils voit soudain la mère poser sa tête sur sa poitrine pour écouter ce cœur offert comme don. Très émouvant. Il se trouve que le père de la jeune fille est un policier en retraite (majestueusement joué par un Mohammed Choubi très véridique dans son rôle). L’enquête se double alors d’une autre.

On ne peut ne pas pleurer en regardant ce film. Son histoire est au cœur d’une problématique qui engage la vie en tant que désir de vivre «sain et sauf» mais aussi en tant qu’engagement pour préserver cette vie. Abdekhaï Laraki a bien fait comme à son habitude lorsqu’il s’empare d’un sujet qui lui tient à cœur et où il sent des images vives palpiter en lui et signifier.

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