Formatage néolibéral, débat et combat

Par Mustapha Labraimi

Hilarant! Au moment où l’Etat confirme sa prééminence, presque partout dans le monde, dans la lutte contre la covid-19 et pour la relance du système socioéconomique, certains ici-bas se cramponnent, bec et ongles, au «moins d’Etat» responsable des déficiences et des dysfonctionnements relevés depuis l’apparition de l’épidémie.

Cette position rigide est du à un formatage néolibéral où le profit et l’égoïsme priment  sur toutes les autres valeurs de solidarité et de responsabilité sociale. Dans ce cadre, l’entreprise est conçue comme une propriété privée où le capital tire profit de toutes les valeurs ajoutées, sans aucune reconnaissance morale ou matérielle  pour tout autre que lui, «centré sur la satisfaction de ses seuls désirs individuels».

Aucun respect pour le travail qui crée la richesse; et la seule «responsabilité sociale de l’entreprise est d’augmenter ses profits» comme le souligne Milton Friedman, l’un des promoteurs du néolibéralisme.

Ce genre de capital n’a aucun respect pour la législation du travail et a horreur du syndicalisme. Pour lui, le marché, seigneur de l’économie, n’a pas besoin de règles. Il méprise l’autorité publique.

L’Etat est réduit à son rôle administratif pour délivrer les autorisations nécessaires sans trop regarder (investissement et création d’emplois obligent) et de vigile pour mater toute revendication aussi légitime soit-elle. Etat qui, sous la contrainte du chômage structurel et de la précarité d’une partie de la population, doit s’estimer heureux que cette initiative privée donne à la plèbe de quoi assurer, un tant soit peu, ses besoins.

Par la menace de la fermeture des entreprises, la pratique du licenciement abusif, l’ordre productif est marqué par l’absence de tout ce qui est humainement acceptable. Il a horreur de la fiscalité qu’il considère comme une réduction de son accumulation de richesses et un handicap majeur à l’exposition de ses vantardises.

Le néolibéral ne se voit jamais dans le miroir de la société. Il est imbu de son personnage et jette la pierre aux autres, partis politiques, syndicats, associatifs de la société civile pour la défense des droits de la personne humaine. Il cherche à lobotomiser les humains et à robotiser la société.

L’épidémie est mal tombée pour cette entreprise néolibérale, parasite de la société, source d’aliénation et de soumission à la puissance de l’argent. Elle s’attendait à une «ouverture» plus importante du nouveau modèle économique en cours de préparation. Une ouverture qui lui permettrait «la démission de l’Etat» et une augmentation de son enrichissement.

La covid-19 a mis à nu ses manquements et les fractures qu’elle créait dans la société. Les contaminations localisées apparues sont en relation avec les conditions de travail qui ont poussé, à titre d’exemple, une ouvrière à réclamer aux autorités et à la direction de l’entreprise des toilettes pour pouvoir croire à la mise en place des mesures sanitaires imposées !

La politique sociale s’impose comme la colonne vertébrale de l’économie nationale pour permettre au corps social sa transformation démocratique et la réalisation du bienêtre et sa généralisation. Sans cette ossature basée sur la promotion de la personne humaine, la société serait un corps mou incapable de relever les défis du développement durable et de l’émergence.

Un corps parasité et dont l’immunité s’use par la précarité et l’exclusion, conséquences des inégalités sociales et des disparités spatiales qui ne font que s’approfondir avec le «laisser aller, laisser faire», le «moins d’Etat» et la distinction entre un Maroc utile et un Maroc inutile.

Le débat doit permettre de mettre à nu les prétendants de la continuité aveugle et sourde de l’idéologie néolibérale où on ne fait que  «courir, s’agiter, faire à la hâte, travailler sans but, réagir sans distance, répondre aux sollicitations incessantes, gagner toujours plus d’argent, capitaliser, consommer un maximum, peu importe si les individus sont incultes, errants, sans racine, sans histoire, pourvu qu’ils soient des agents de la machine productive».

Le débat doit clarifier les choix et les modèles de développement qui préconisent la liberté, celle du renard au sein du poulailler ; et la liberté de ceux qui préconisent «une société solidaire où tous jouissent de la sécurité, de la liberté, de l’égalité des chances, du respect de leur dignité et de la justice sociale, dans le cadre du principe de corrélation entre les droits et les devoirs de la citoyenneté» comme le souligne notre constitution dans son préambule.

Ce débat doit être présent à travers l’ensemble des médias audiovisuels publics; mais dans l’attente de ce libéralisme, les réseaux sociaux doivent être mis à contribution dans ce sens.

C’est aussi le sens du combat mené par les patriotes, les démocrates et les progressistes dans notre pays pour l’affermissement «du processus de consolidation et le renforcement des institutions d’un État moderne, ayant pour fondements les principes de participation, de pluralisme et de bonne gouvernance». Un combat mené avec confiance et fermeté.

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