Graine de fascisme

En ce mois de mars où les giboulées sont fréquentes, juste avant le printemps, quand le climat est à la chose et à son contraire; on se trouve confronté à cette contradiction sur le terrain des libertés, celui du comportement légal et démocratique.

Autant on accepte cette «fête du renard» où la nature est tantôt au soleil chaleureux tantôt au froid pluvieux; autant l’usage du croc-en-jambe dans une manifestation, à l’insu de la personne visée, et devant des fonctionnaires de l’Etat en charge du bon emploi de la force publique, voire «du juste exercice de la force», donne un sentiment de dégoût. Une perception d’insécurité devient envahissante et on se sent sous-évalué en tant que personne humaine par les agents de l’Etat, casqués et bottés, devant lesquels «la graine de fascisme» jouit de ses méfaits.

On se démobilise et la démotivation prend la place de la croyance dans le processus démocratique, dans son existence et dans son cours méandriforme avec ses flux et ses reflux.

La violence de l’Etat, qui s’exprime par l’intermédiaire de ses agents armés, bottés et casqués n’est pas sans limites. Elle est encadrée et ne peut aboutir à la violation des droits des individus. Si le maintien de l’ordre public est une prérogative régalienne, les articles 21 et 22 de la constitution stipulent que «les pouvoirs publics assurent la sécurité des populations et du territoire national dans le respect des libertés et droits fondamentaux garantis à tous… (et, qu’il) ne peut être porté atteinte à l’intégrité physique ou morale de quiconque, en quelque circonstance que ce soit et par quelque personne que ce soit, privée ou publique. (Que) nul ne doit infliger à autrui, sous quelque prétexte que ce soit, des traitements cruels, inhumains, dégradants ou portant atteinte à la dignité…». Encore faut-il les respecter!

Les évènements malheureux enregistrés, il y a une dizaine de jours, lors de la manifestation des enseignants à Rabat interpellent l’ensemble de la population et des acteurs politiques. Plusieurs questions se posent. Les forces de la violence de l’Etat ont-elles entrainées des fascistes pour faire face aux manifestants ? Sont-elles dépassées pour faire appel à des fascistes qui excellent, dans leur lâcheté, aux attaques par derrière? Ont-elles coordonné avec les fascistes en question pour les couvrir dans leurs méfaits?

Sans attendre de réponses, il apparait clairement qu’il existe, au sein de notre société, et particulièrement au sein de l’autorité qui est censée la gérer, des personnes qui n’apprécient aucunement ni le processus démocratique, ni même son cours méandriforme, ni la constitution, ni la population, ni la jeunesse, ni la revendication légitime, ni la manifestation pacifique, ni la liberté.

Elles s’estiment être au-dessus de la loi et trouvent que le moment est opportun pour agir au su de tout l’univers et à découvert. Elles abhorrent l’Etat de droit, l’âme pervertie par la haine et l’esprit de revanche; et malgré le mépris hautain du populo, elles se «mouillent» avec les voyous pour réaliser leurs desseins inavouables.

La hantise d’une société ouverte, égalitaire, démocratique et émergente les aveugle. Elle les rend incapables de réaliser les vérités du changement (aussi discutable soit-il) que connait notre beau pays et les enferme dans leurs perceptions réactionnaires et rétrogrades. Cette «graine de fascisme » doit répondre de ses actes devant la justice. Elle doit être réprimée sans aucune indulgence pour que ses «coups de force» contre le processus démocratique ne se répètent pas.

Ce n’est pas seulement l’image de notre pays qui est ternie par ce genre d’actes irresponsables, c’est l’âme profonde de notre peuple qui en souffre. Le savoir, les gens du savoir, maîtres, enseignants et éducateurs, ont une place particulière dans l’esprit et le cœur de nos compatriotes. Il appartient au Ministère de l’Education Nationale etc. de trouver une issue négociée à cette rocambolesque affaire de statut pour ne pas permettre à la graine de fascisme de se développer dans les esprits et dans les faits.

La formation des maîtres, aptes à «intégrer une vision prospective des évolutions prévisibles», est un pilier fondamental de la réforme de notre système éducatif et de la transformation de notre société vers la modernité, l’émergence et l’émancipation.

Leur statut doit leur assurer la dignité et le confort nécessaires à l’accomplissement de leur noble mission de préparer notre postérité afin qu’elle se réalise en tant que compétences avec un savoir-faire et une foi patriotique conduisant l’ensemble de notre peuple à un destin meilleur et non à devenir une graine du fascisme.

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