La crise sanitaire; une opportunité ?

Par: Abdelghafour Achoual (*)

Ça peut paraître paradoxal, mais au vu des événements actuels et aussi de l’expérience  historique de certains pays, ( les pays latino-américains lors de la crise de 1929), on peut espérer que la crise sanitaire avec ses différentes retombées, peut constituer une opportunité pour un certain renouveau de l’industrie Marocaine.

A cet égard, il est utile de rappeler que l’industrie nationale, bien qu’embryonnaire, a subi une certaine régression à la suite de la levée des différentes formes de protection et à l’engagement dans une voie d’ouverture sur l’extérieur et de remise en cause des politiques de substitution aux importations qui avaient , jusque là,   permis un certain  essor de cette industrie.

L’ouverture plus ou moins brutale avait entraîné dans le péril des pans entiers de l’industrie marocaine ainsi que le découragement de nouveaux investisseurs. Cette situation allait s’aggraver avec les différents accords de libre -échange(ALE) dont celui avec la Turquie a suscité beaucoup de réactions.

Seulement, dans le contexte actuel de crise sanitaire et économique, on voit qu’un  peu partout, les pays et principalement, les grandes puissances (notamment les USA et la Chine) érigent des barrières au développement du libre des échanges, et de ce fait,  ils renouent avec un certain souverainisme/patriotisme économique, qu’on croyait abandonner à jamais. Bien que l’inflexion ne soit  pas totalement nouvelle (America first avec D.TRUMP), le phénomène prend des dimensions sans précédent avec la crise actuelle, ce qui menace même l’ordre établi depuis la deuxième guerre internationale, en rompant avec tout mécanisme multilatéral de traitement des questions internationales.

Tout cela est de  nature à remettre en cause le dogme  néolibéral, selon lequel, seule la libéralisation des marchés et l’ouverture  des économies nationales, sans garde- fou, à la concurrence internationale peuvent constituer en soi une politique cohérente et suffisante. Plus que cela, on est en train de se rendre, de plus en plus compte, que dans la situation présente, les frontières se referment, même dans des espaces de libre échange (UE par ex) avec  la généralisation des réflex nationalistes et la perturbation des flux conventionnels des échanges.

Dans ce contexte, il est non seulement  possible, mais  aussi  extrêmement utile,  de songer à réhabiliter les industries de substitution aux importations qu’on avait un peu abandonnées dans une certaine précipitation sous la pression des bailleurs de fonds étrangers dans un souci de remboursement de dette extérieure. Une démarche intelligente de substitution, en attendant peut-être celle de l’innovation, permettra de contribuer ,dans la, mesure du possible, à satisfaire non seulement les différents besoins du marché national, dans des conditions de sécurité et de disponibilité,  mais aussi diversifier notre croissance et créer des emplois, tout  en essayant d’éviter  des coûts excessifs.

Cela nous semble plus ou moins, indispensable pour pouvoir assurer une part importante des besoins intérieurs par des produits locaux  et renouer ainsi avec une certaine souveraineté économique dans une conjoncture internationale marquée de plus en plus par le retour du «patriotisme économique».

( ⃰ ) Université Mohamed V de Rabat

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