La défiance vaccinale, l’autre épidémie qui se propage en France

Covid-19

Comment le pays de Pasteur est-il devenu l’un des plus anti-vaccins au monde? La défiance, antérieure au Covid-19, se propage notamment avec des personnalités, parfois très connues, qui n’hésitent pas à relayer de fausses informations.

Lina ne se fera pas vacciner contre le Covid-19. Son bébé de six mois n’a d’ailleurs pas reçu les vaccins obligatoires: elle s’est débrouillée pour obtenir de faux certificats.

Cette artiste de 32 ans dit avoir rencontré un jeune homme handicapé «à cause d’un vaccin». Devenue mère, elle s’est «renseignée», «naviguant» sur internet, parlant avec des amis. Sur le coronavirus, «on a tous le sentiment qu’on ne nous dit pas vraiment la vérité», lâche-t-elle.

Le groupe hétérogène des anti-vaccins a vu ses rangs grossir ces dernières années. Mi-2019, une enquête mondiale concluait que la France était le pays le plus méfiant : un Français sur trois ne croyait pas que les vaccins étaient sûrs.

Et, selon un récent sondage, 59% des Français n’ont pas l’intention de se faire vacciner contre le coronavirus, alors que le président Emmanuel Macron prévoit une campagne de vaccination grand public entre avril et juin.

Pourtant, il y avait une «adhésion forte» aux vaccins en France, selon Jocelyn Raude, psychologue social à l’Ecole des hautes études en santé publique.

Le «basculement» a eu lieu en 2009, avec «le fiasco» de la grippe H1N1: des millions de personnes ont été vaccinées alors que maladie s’est révélée assez bénigne.

Il y eut aussi l’un des pires scandales sanitaires en France, celui du médicament Mediator, tenu pour responsable de centaines de morts, dans lequel les autorités sanitaires ont été mises en cause pour avoir tardé à en interdire la commercialisation en dépit d’alertes dès le milieu des années 1990.

Enfin, la question des adjuvants et, notamment, la présence d’aluminium, s’est invitée dans le débat. De même qu’a été questionné le passage en 2018 de trois vaccins obligatoires pour les nouveaux-nés à onze.

Ces dernières années des figures anti-vaccin ont émergé, des pétitions anti-vaccins ont été lancées.

Le coronavirus a accru la notoriété de personnalités dont les fausses affirmations sont régulièrement démontées par l’AFP.

Parmi elles, avec plus de 500.000 abonnés à sa chaîne YouTube, Thierry Casasnovas. Ce crudivore adepte du jeûne démontre au fil de ses vidéos que «la maladie n’existe pas» et que l’on peut se passer de traitements médicaux conventionnels.

Il est proche du Belge Jean-Jacques Crèvecoeur, dont la vidéo «Coronavirus – se soumettre ou se mettre debout» a été vue plus de 800.000 fois sur YouTube, qui l’a supprimée.

Il y a aussi un ex-pharmacien, Serge Rader. «Sept milliards de personnes à vacciner, c’est un pactole inimaginable ! (…) Toute cette peur volontairement amenée dans le mental des gens pour qu’à moment donné, on accepte le vaccin salvateur», a-t-il lâché sur Sud Radio.

Intervenus dans le débat aussi, une adjointe à la mairie de Marseille (sud-est), l’acteur-humoriste Jean-Marie Bigard ou encore une starlette de téléréalité Kim Glow, selon laquelle le vaccin permettrait d’injecter une puce : «Ca va marcher avec la 5G», a-t-elle assuré, à tort.

«Le vaccin est le thème qui rassemble le plus les complotistes», explique Antoine Bristielle, professeur en Sciences sociales.

«Les discours anti-vaccins de personnalités publiques font beaucoup de dégâts. Les gens se disent: +ils savent ce qui se cache derrière+», s’inquiète la géographe Lucie Guimier, qui a noté un refus du vaccin «plutôt ancré dans le Sud».

Face à eux, la riposte s’organise, avec un décalage : «Les anti-vax ont commencé à monopoliser les réseaux sociaux bien avant qu’on se rende compte qu’il y avait un problème de défiance. Donc, ils ont pas mal de longueurs d’avance sur tout le monde», résument les Vaxxeuses, une page Facebook suivie par plus de 15.000 personnes, affichant sa foi dans la vaccination, «la plus grande avancée médicale».

Les Vaxxeuses font de la veille sur les réseaux, orientent vers des pages pédagogiques, répondent inlassablement au camp d’en face –anonymement face aux messages d’insultes– mais déplorent un manque de visibilité. «Et les algorithmes ne nous aident pas», dit l’une d’elles. Avec la conscience qu’elles pourront éventuellement toucher des hésitants mais pas ceux aux positions antivaccins bien affirmées.

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