La pluie est toujours la bienvenue dans notre beau pays

Aride dans son ensemble, soumis à un stress hydrique important, soumis à un cycle de sécheresses itératif, Le Maroc est en attente des précipitations au début de chaque année agricole. La pluie est toujours la bienvenue dans notre beau pays. Dès les premières averses, les mentalités s’égayent. L’entrain est vivace et l’activité s’accélère avec l’espoir que la pluie soit suffisante et qu’elle soit «autant que le sollicite l’avantage» comme l’expression populaire réagit à cette miséricorde du ciel.

La ruralité reprend des couleurs. La verdoyance s’impose partout avec le réveil de la nature. Le sourire est sur les visages malgré les contraintes du froid et des contraintes qui persistent sur l’activité agricole. Le crédit se renouvelle, la machinisation est programmée, les semences et les fertilisants s’acquièrent. Les statistiques sont suivies et la surface emblavée devient un paramètre pris en considération.

On s’occupe plus qu’auparavant et le travail de la terre supplante les autres domaines d’intérêt. L’élevage est toujours plus protégé des intempéries que celles et ceux qui en font un appoint pour leur revenu ou leur subsistance. La scolarisation des enfants résiste autant que possible, malgré les souffrances issues de l’éloignement de l’école et des conditions climatiques.

Pour ces gens de la campagne dont la plupart ne fait que survivre, les défis sont nombreux et les difficultés sont immenses. L’agriculture au Maroc reste incertaine car « en dépit de son importance stratégique et de ses progrès depuis l’Indépendance, force est de constater que les performances sont insuffisantes et que son évolution reste problématique » comme le souligne le Haut-Commissariat au Plan. Les retards accumulés dans le développement rural sont notoires. La petite paysannerie souffre en silence dans l’attente de l’élimination des disparités imposées par l’enclavement, le manque d’infrastructures sociales et le manque de la terre suite au morcellement et à la pression démographique.

Si le capital privé s’est investi dans le monde rural, dans les cultures destinées à l’exportation, encouragé par la non-imposition et l’allocation de financements et de subventions, l’agriculture paysanne est poussée vers la précarisation et la prolétarisation des paysans. Ces derniers, à défaut de moyens de production leur assurant une vie digne à eux et à leur famille, choisissent l’exode vers les périphéries urbaines. La disparition de cette «ossature du patrimoine national» impacte le patrimoine culturel et appauvrit l’identité. «Fils du pays» est devenu péjoratif dans le langage courant, même si ce paysan s’est assuré une position sociale des plus respectables.

Certaines voies de communication dans le milieu rural, datant du protectorat et négligées depuis, voient leurs chaussées se dégrader et deviennent dangereuses. La pluie et le temps font leurs effets. Dans les agglomérations urbaines, la pluie est devenue révélatrice des défauts des infrastructures. Ainsi, la prévention du risque d’inondation n’est pas prise en considération avant la construction de trémies et de passages sous le niveau de la chaussée. Des équipements ont vite montré, suite à l’infiltration de l’eau, que leur édification n’a pas été sainement entreprise. Et ce n’est qu’après la catastrophe et ses conséquences sur les équipements et les moyens de transport que l’on se rende compte de l’impact du bouleversement. Par ailleurs, les chaussées sont parsemées de «nids-de-poule».

La malversation dans la construction des revêtements bitumineux est apparente. Leur maintenance n’est pas assurée. A quoi sert la taxe spéciale annuelle sur les véhicules automobiles (vignette), qui a généré 3 402 milliards de DH de recettes en 2019, si elle n’est pas utilisée, totalement ou en partie, pour la maintenance des voies et des chaussées pour assurer une bonne circulation?

La gestion de l’écoulement des eaux pluviales reste un nœud dans la politique de la ville. Les agences s’occupant de la gestion déléguée de l’assainissement liquide et les communes sont toujours prises en défaut. Une averse qui dure et des flaques d’eau, des mares stagnantes, des inondations de boulevards en entiers bouchonnent la circulation et rendent impraticables les artères de communication. La prise en considération des bassins versants urbains est aussi problématique que celle des bassins versants hydrauliques. Quand il existe, le réseau d’évacuation des eaux pluviales est débordé, c’est le cas de le dire.

Quoiqu’il en soit, la pluie restera toujours la bienvenue ; aux gestionnaires d’endiguer le ruissellement là où il devient une gêne ou une catastrophe. Prévenir les évolutions météorologiques, aménager convenablement l’occupation du sol (en milieu rural comme en milieu urbain) et veiller au développement durable des territoires ne peuvent que rendre plus bénéfique cette précipitation nécessaire.

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