La troisième guerre mondiale!?

Un ennemi invisible, invincible

«…qui décide et en vue de quoi ?»

Cornelius Castoriadis

Les meilleurs scénaristes de Hollywood n’avaient pas imaginé mieux. Le réel est toujours en avance d’un épisode. La pandémie actuelle en fournit une nouvelle illustration. La réalité ne rejoint pas la fiction, elle la dépasse, la nargue et lui fournit des éléments pour nourrir des scripts de…science fiction. Le conflit est au cœur du drame, son moteur; c’est la première leçon qu’on apprend dans les études de scénario. Le cinéma avait anticipé des conflits majeurs dans la continuité des grandes guerres qui ont marqué l’histoire…et en avait imaginé d’autres à un niveau interplanétaire; la guerre des étoiles, où le cosmos devient le lieu de la projection des fantasmes et des peurs ancestrales qui nourrissent la mythologie humaines.

Or, l’ambiance actuelle a tous les ingrédients d’une confrontation inédite qui n’a certainement d’égale dans la mémoire contemporaine que l’ambiance d’une guerre. La pandémie a instauré un climat de guerre. Les images du confinement dans sa première version ont marqué définitivement les esprits. Des rues désertes, des gens retranchées, des villes isolées, des quartiers fermés…et un chef d’Etat européen avait fini par dire haut  ce que tout le mondait pensait bas : «c’est la guerre !». La sortie du confinement global ne signifiait pas la fin.

Chaque jour, l’attention des citoyens et des médias est focalisée sur les dernières nouvelles du front. L’ennemi est invisible ; on le signale comme virus avec une étiquette pour le classer dans la hiérarchie des «ennemis». Actif, il agit en permanence ; mais a-t-il une tactique, une stratégie… auxquelles on pourrait réagir ? Personne ne peut affirmer une réponse fiable. Les scientifiques, les experts…comme le citoyen lambda sont réduits à des supputations. Ce qui est sûr, c’est qu’il attaque sur plusieurs fronts, progresse là où on l’attend pas et agit désormais à l’échelle planétaire. Tous les continents sont atteints. Et comme dans une confrontation classique, chaque soir c’est le décompte macabre : nombre de décès, nombre de contaminés. En somme, un bulletin de guerre quotidien.

Certes, il y a bien une riposte mondiale même si elle est désordonnée, traversée de contradictions internes. L’organe international, l’OMS, censé coordonner tout cela se trouve paradoxalement marginalisé, démuni de moyens et dénié dans ses propositions. Du coup,  Les Etats-majors au niveau de chaque pays donnent des signes de désarroi pris en sandwich entre un ennemi insaisissable et des troupes essoufflées, fatigués à la limite de l’indiscipline. Elles sont en effet édifiantes ces images de milliers d’Allemands qui défilent…contre les mesures imposées dans le cadre du protocole sanitaire établi pour contrecarrer le développement de la pandémie. Ils ont crié leur refus du port du masque, considèrent comme exagérées les mesures de distanciation sociale.

Et c’est un constat planétaire.  A Casablanca, les gens n’ont pas manifesté pour réclamer plus de liberté de mouvements, ils ont tout simplement appliqué ce droit. Ils ont forcé les barrières. Les artères de la ville étaient le week-end dernier bondées de monde avec des centaines de marchands ambulants transformant l’un des principaux axes routiers de Casablanca en un gigantesque souk. En France, pour mobiliser contre le virus, l’Etat va sévir à coup d’amendes. Un peu partout, les citoyens cherchent d’autres issues pour sortir de l’impasse, qui est, ne l’oublions pas une véritable tragédie, psychologique, sociale et économique.

Ici, alors, la métaphore militaire n’a plus de sens et montre ses limites. Il faut revenir à la pédagogie. Si les Etats peinent à être entendus, ou à être suivis dans leur injonction, c’est que quelque part ils ont raté leur communication autour de la crise sanitaire. Ils ont négligé la mobilisation par le bas, à même de déclencher une atmosphère citoyenne où tout le monde se sent concerné et…impliqué. La crise pourrait servir à impulser la cristallisation d´une union sociale autour d´un lien affectif et émotionnel, ainsi qu´à déclencher une socialité qui émane spontanément du corps social lui-même.

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