La vigilance s’impose

Vague de froid au Maroc

Ouardirhi Abdelaziz

Depuis plus d’une semaine, notre pays est confronté à un climat rigoureux marqué par des chutes de température. Pas un bulletin de météo qui n’évoque les chutes de neige, le vent glacial , la pluie et le froid ressenti par les populations des différentes régions du Maroc, les plus concernées par ces intempéries qui mettent à rude épreuve notre corps.

Ce qui rend cette situation encore plus dure à supporter, c’est quand le vent s’abat par rafales et que les températures enregistrées soient basses: 2 °c ou 5°c. Comme enregistrées au niveau des villes de khénifra, Beni Mellal, Ifrane, Azrou, Fès, Meknès, kétama…

Ce que peut ressentir le corps face à une chute de température est diffèrent d’une personne à l’autre. Mais d’une manière générale, cette chute de température est ressentie par notre organisme comme une agression, et le corps enclenche immédiatement un processus de défense. Nous avons tous notre propre expérience face au froid, et plus particulièrement celles et ceux qui habitent dans des endroits où les hivers sont rigoureux, comme Ifrane, Azrou, Immouzer, Séfrou, Fès, Taza… Les premiers signes sont les frissons, les claquements de dents ou encore la chair de poule. Pour maintenir la température du corps suffisamment élevée (37 °c), le cœur entre en action et se met à battre plus rapidement, les poumons aussi réagissent. Par ces réactions, notre organisme entend instinctivement protéger les organes vitaux d’une chute de température.

Mais il faut bien dire que les épisodes de grands froid, que connait notre pays de temps à autre, comme c’est le cas en ce moment précis,  peuvent être synonymes de conséquences fâcheuses et même malheureusement dramatiques.

Les dangers du froid

Il n’est un secret pour personne que de dire, que la saison froide est celle de toutes les maladies des enfants, des adultes et des personnes âgées. En effet, on sait tous que les chutes de température peuvent entraîner des problèmes de santé.

Tous les parents craignent pour leurs enfants le mauvais temps, la pluie, le vent, le froid, la chute de températures. Bien souvent au retour de l’école, les enfants peuvent présenter des signes de refroidissement, toux, nez qui coule, angine, fièvre (…). Certaines maladies du froid sont bien connues, c’est le cas de la grippe, des bronchites, des otites, des rhinopharyngites, des gastroentérites, et des bronchiolites dont souffrent les petits.

Les cabinets des pédiatres ne désemplissent pas en ce moment à cause justement de ces maladies du froid. Si toutes ces maladies sont connues des parents, il y a d’autres pathologies inhérentes au froid qui restent sous-estimés comme l’hypothermie,l’augmentation du risque cardiovasculaire induit par le froid ou le danger des intoxications au monoxyde de carbone.

Les autres maladies liées directement au froid

Les gelures

Une longue exposition au froid peut entrainer des gelures qui sont plus ou moins impressionnantes selon la sensibilité des personnes atteintes et de leur niveau d’exposition.

Les crampes et troubles musculo– squelettiques. Ces symptômes sont souvent dus au manque de repos, à l’adoption de postures inadaptées et à la répétition de certains mouvements.

L’aggravation de maladies préexistantes (notamment cardiaques et respiratoires).

Accidents vasculaires cérébraux, infections respiratoires, le froid peut également avoir des effets à plus long terme.

Le risque accru d’intoxication au monoxyde de carbone dû au dysfonctionnement d’appareils de chauffage (au gaz, ou au charbon), particulièrement lorsque les aérations du logement ont été obstruées pour garder la chaleur émise par le canoun.

Les traumatismes liés aux chutes. La neige peut également être responsable de ces incidents et accidents surtout au niveau des hauteurs et villes où il neige.

Anfgou est toujours dans nos mémoires

Au Maroc, chaque année, des centaines, des milliers de personnes sont victimes de pathologies provoquées par le froid,  telles que les gelures ou l’hypothermie, responsables de lésions graves, voire mortelles.

Une fois que votre corps passe sous la barre des 35°C, vous êtes en état d’hypothermie. Il se caractérise par l’apparition de frissons, d’une fatigue importante, de confusions et même de perte de connaissance. Dans des situations extrêmes, l’hypothermie peut entrainer un coma et même provoquer la mort.

On se souvient tous du drame de la localité d’Anfgou. Ce village du Haut Atlas oriental situé entre Khénifra et Midelt, à plus de 2700 mètres d’altitude, qui est toujours  synonyme de tragédie suite à la trentaine d’enfants morts à cause du froid en 2007.

Il y a malheureusement plusieurs cas similaires qui resteront inconnus et qui sont les victimes d’un système trop centralisé, qui ignore les populations en situation de pauvreté et qui de ce fait, souffrent énormément de l’exclusion, et qui éprouvent de grandes difficultés pour avoir accès aux soins et aux médicaments…

Intoxication au monoxyde de carbone

Par temps froid, certaines personnes utilisent des appareils de chauffage d’appoint à la maison pour se réchauffer. Pour économiser sur l’elecricité. Les gens se servent souvent d’appareils qui brûlent un combustible comme le bois, le charbon ou le gaz.

Mais ces sources de chauffage sont des sources génératrices de monoxyde de carbone. C’est notamment le cas pour le chauffe-eau à gaz et les dispositifs de chauffage traditionnels, à savoir le kanoun, qui constitue les principaux facteurs de risque d’intoxication au monoxyde de carbone.

Les lieux fermés et les ambiances confinées constituent des facteurs aggravants pour toutes ces sources. Il faut savoir que les intoxications au monoxyde de carbone sont très fréquentes en période de froid, surtout entre le mois de décembre et janvier, comme c’est le cas en ce moment précis.

Il est utile de rappeler ici que le monoxyde de carbone est un gaz invisible et inodore qui peut causer des intoxications pouvant être mortelles.

Chaque année, le Maroc enregistre des dizaines de décès à cause des intoxications au monoxyde de carbone.

Durant l’année 2018, les données recueillies par le CAPM  (le centre anti poison du Maroc), à travers les déclarations des régions médicales de la santé et de la réponse téléphonique étaient de 1388 cas d’intoxications par les gaz, occupant ainsi la troisième position parmi tous les toxiques.

Une pensée pour les sans-abris et les vulnérables

Si une personne bien portante arrive aisément à traverser le cap de l’hiver sans dégâts, il n’en est pas de même pour les personnes fragiles, les asthmatiques, les personnes âgées et les jeunes enfants.

D’où la nécessité de bien les protéger, de bien couvrir les enfants et d’aider les personnes âgées à ne pas s’exposer inutilement.

Je ne puis terminer cet article qui traite de cette période de grand froid, sans soulever la problématique liée à la prise en charge des sans domicile fixe (SDF), un réel problème de société et de solidarité qui se pose avec acuité.

Aussi, je formule ici, sur ces colonnes le vœu de voir une réaction salvatrice de nos autorités, nos élus, le conseil de la ville , les communes , les associations qui sont très nombreuses à Casablanca , pour trouver des solutions urgentes pour venir au secours à ceux qui sont dans la rue jour et nuit, des jeunes et des moins jeunes, des deux sexes, des citoyens comme vous et moi que les circonstances et la vie n’ ont  pas gâté, et qui en ce moment luttent contre la faim et le froid…

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