L’autre facette de l’Homme des temps modernes

«(…) L’œil est précoce à se plisser. La souffrance connaît peu de mots. Préfère te coucher sans fardeau: tu rêveras du lendemain et ton lit te sera léger », René Char, j’habite une douleur.

Les cimaises de l’Institut français de Rabat accueillent actuellement les œuvres de l’artiste peintre, poète et écrivain, Youssef Wahboun. En effet, de l’écriture à la peinture, l’artiste, à travers son exposition «Le monde va tellement bien», l’auteur explore de nouvelles pistes de réflexion sur le monde et l’essence humaine.

La peinture de l’artiste évoque la souffrance et l’errance, celle d’un être humain mal dans sa peau habitant un monde en porte-à-faux et vénérant de plus en plus la violence.

Incontestablement, cette réalité violente, indifférente, insensible est incarnée dans les œuvres de Wahboun. Ses personnages nous interpellent, nous parlent et nous invitent à redécouvrir l’immanence et l’image de l’Homme des temps modernes et sa réalité métamorphosée.

A vrai dire, cette noirceur au fond de la toile pousse l’œil à aller au-delà du langage pictural afin de submerger dans le néant, dans l’abîme…  Le monde et ses choses factices sont représentés dans les toiles : un clavier, un téléphone, un ciseau, un micro pour faire entendre la voix de ceux qui n’ont pas de voix.

Dans ses travaux, l’artiste ne se limite pas uniquement à une simple représentation picturale du corps humain, car il est plus qu’un objet pensé et représenté. Il est question d’un sujet réfléchi. «Le corps est une grande raison», pour reprendre les termes de Nietzsche.

D’où cette sensation étrange qui secoue les tripes à chaque fois que l’œil se colle à l’œuvre, aux figures, aux déformations, aux regards pleins d’incertitude, de crainte, d’étonnement… des personnages dans un espace/ des espaces parfois dépouillés.

L’homme est délaissé à son sort dans certaines toiles …Que cherche-t-il alors, avec sa loupe, dans un fond noir et désespérant ? Une traversée, un chemin qui ne  mène nulle part ?  En désespoir de cause, l’artiste peignit plutôt le cri de l’être humain. «J’ai voulu peindre le cri plutôt que l’horreur», disait Francis Bacon. De face, de profil, dans les masques mortuaires, les toiles montrent le rapport de l’artiste avec son monde… un monde qui «va tellement mal». Son expressionnisme est révélateur. Et le travail sur la matière, le collage nous dévoilent l’autre facette métamorphosée du vécu, ici et maintenant.

Or, la laideur et les plaies du monde sont poétisées, pansées dans les peintures de Wahboun à travers une palette de couleurs chaudes aux tonalités glacées : le blanc, le bleu, et le jaune et l’orange. Ce qui est marquant dans les travaux de l’artiste, c’est le papillon. Un élément problématique meublant les toiles, le temps et l’espace.

C’est aussi cette espèce de transformation à venir de l’humain et sa vanité. Un certain clin d’œil à Philippe Pasqua qui avait ce don d’assembler un crâne métallique avec des papillons colorés. «Le monde va tellement bien», une exposition à voir!

Mohamed Nait Youssef

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