Les fonctions essentielles de la santé publique sous la loupe

Le ministère de la Santé compte se doter d’une nouvelle loi sur la santé publique. C’est ce qu’a fait savoir le ministre de la Santé, El Houssaine Loaurdi, hier à Rabat lors de la conférence nationale consacrée à l’évaluation des fonctions essentielles de santé publique. En attendant, il a donné un avant goût de cette future législation.

«Cette loi, qui est en cours de préparation, vise à définir les droits et devoirs des citoyens, les rôles et responsabilités des différents intervenants, à savoir l’Etat, les collectivités territoriales, le secteur privé et la société civile. Elle précisera également les missions et fonctions essentielles de santé publique ainsi que les domaines de son application», a-t-il indiqué. La mise en place de cette loi s’explique essentiellement par les exigences de la transition démographique et épidémiologique. Ce sont d’ailleurs ces nouvelles exigences qui ont poussé le département de la Santé à évaluer les fonctions essentielles de la santé publique pour déterminer les points de faiblesses. «Car en dépit des progrès qui ont permis au Maroc de contrôler, voir d’éliminer un bon nombre de maladies qui constituaient auparavant une réelle menace pour la santé comme le choléra, le trachome ou encore la typhoide, des efforts restent à entreprendre pour agir sur les problèmes de santé persistants tels que le Sida, la tuberculose, les toxi-infections», a précisé le ministre. Il s’agira également d’«agir sur les défis sanitaires émergents liés notamment aux changements de mode de vie, à la montée de la charge de morbidité des maladies non transmissibles, aux changements climatiques, à la hausse de la circulation des personnes et des biens, particulièrement avec les pays du Sud».

Les résultats du rapport d’évaluation des 8 fonctions essentielles de la santé publique, qui a été menée en collaboration avec l’OMS, serviront à enrichir le processus d’élaboration de cette loi. Surtout ce que le document identifie les obstacles tout en apportant des recommandations. Ainsi, plusieurs défaillances au niveau de la fonction 6 qui vise à garantir un personnel suffisant et compétent pour des prestations efficaces ont été constatées. Le rapport relève que «le domaine des ressources humaines fait traditionnellement partie des points faibles du système de santé marocain». La critique porte essentiellement sur la mauvaise répartition des ressources humaines dont le nombre est déjà insuffisant. De même, le document pointe la longueur de la durée de formation. A peine 3% des étudiants en médecine obtiennent leur diplôme en 7 ans. En effet, la durée moyenne se situe plutôt entre 8 et 9 ans, sachant que 28% des étudiants inscrits abandonnent leurs études avant d’obtenir ce précieux sésame. Parallèlement, «l’actuel programme de formation médicale n’offre pas suffisamment d’opportunités d’apprentissage autonome». Sur ce point, l’on fustige les cours magistraux qui incitent à un apprentissage plutôt passif.

La fonction relative à la préparation et riposte aux situations d’urgence a également été passé à la loupe. Ainsi, des lacunes en matière de planification des opérations d’urgences ont été identifiées. «Celles-ci continuent d’avoir lieu au coup par coup au lieu d’être conduites de manière proactive», lit-on dans le document. De même, l’absence d’un système d’alerte précoce au sein du système de surveillance empêche la tutelle de prévoir et de détecter en temps réel l’apparition de toute menace aiguë pour la santé publique.

Face à ces défailles, le ministère de la Santé et les experts de l’OMS ont établi une série de recommandations. En tête, la nécessité de mettre en place une vision claire et un plan stratégique pour remédier à la pénurie de ressources humaines. A cela s’ajoute le renforcement de la gestion décentralisée du personnel de santé. Le but est d’améliorer la flexibilité des ressources humaines et de garantir une prise de décision au niveau régional. L’autre recommandation concerne la réduction de la durée de formation pour les spécialistes, qui ne favorise pas actuellement une bonne répartition du personnel de santé particulièrement dans les zones rurales.

(MAP)

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