Les galeries d’art improvisent pour ne pas disparaître

Par : Bouchra NAJI-MAP

 C’est une lapalissade de dire que l’activité culturelle a été rudement frappée par la crise du nouveau coronavirus, puisque c’est le lot de la quasi-totalité des secteurs, que ce soit au Maroc ou ailleurs. Mais, le point intéressant est que certains segments ont dû se creuser les méninges, redoubler d’imagination et improviser pour juguler les effets dévastateurs de la calamité.

L’expérience de certaines galeries d’art de la ville de Casablanca, qui comptent parmi les plus dynamiques du pays, est, peut-être, un cas d’école de la volonté de survie, de continuer d’exister et tout simplement de ne pas accepter une mort certaine sans livrer bataille. Certains propriétaires et gérants de ces établissements ont été touchés par la créativité et l’ingéniosité des artistes qu’ils ont pris l’habitude de côtoyer tout au long de l’année.

Il a fallu maintenir le contact avec les collectionneurs, qui seraient intéressés par l’acquisition d’une ou de plusieurs toiles pour briser le silence et combattre le silence du confinement. Aussi, la migration dans l’univers digitale est devenue une nécessité absolue pour promouvoir les nouvelles œuvres ou carrément organiser des expositions virtuelles, catalogue à l’appui. D’autres ont monté des ventes en ligne avec des services personnalisés pour les connaisseurs et les férus des arts plastiques.

Tous les moyens étaient bons pour tenir en place durant ces circonstances particulières qui étaient, selon Adam Mahfoudi, gérant de “Casa Del Arte”, l’occasion “d’une remise en question structurelle”. Car “en tant que petite structure et à l’économie trop fragile, nous risquions fort de mettre la clé sous la porte”.

Il se rappelle comment, en mars dernier, tout le monde “a dû brutalement fermer” avec la proclamation de l’état d’urgence sanitaire et du confinement obligatoire. Cependant, baisser le rideau ne signifie pas cesser de vivre. La galerie a prolongé virtuellement les expositions qui étaient en cours et s’est employée à maintenir les liens avec les collectionneurs et les visiteurs.

“Il est nécessaire aujourd’hui de repenser notre fonctionnement et notre communication. Il faut intensifier les visites virtuelles d’ateliers, d’expositions, la communication sur les œuvre et les productions spéciales autour du Covid-19”, a-t-il considéré dans une déclaration à la MAP.

“Casa Del Arte n’est pas seulement une galerie, c’est aussi une école d’art”, a insisté Adam Mahfoudi, soulignant que pendant le confinement, “nous avons été parmi les rares centre artistiques à continuer nos ateliers de dessin académique et d’arts plastiques via webcam et de rattraper ensuite en présentiel pendant tout l’été”.

Une partie des œuvres réalisées durant cette période fait l’objet d’une exposition visible jusqu’à fin février 2021 à “Casa Del Arte”, qui se veut “une école d’art et aussi productrice d’événements”, en somme “un complexe artistique avant tout”.

Approché également par la MAP, Fihr Kettani, co-fondateur de “La Galerie 38”, n’a pas manqué de souligner une vérité incontestée: “La crise sanitaire a durement touché les entreprises artistiques et culturelles marocaines dans leur grande majorité et les galeries d’art n’ont pas échappé à certaines conséquences néfastes de la crise”.

Allant au fond des choses, Kettani a affirmé que “la diminution du pouvoir d’achat et la peur du lendemain ont participé a freiner un certain type d’achat que l’on appelle communément les achats coups de cœur, souvent attribués aux œuvres des jeunes artistes qui pâtissent particulièrement de cette crise”.

“Ce n’est pas le cas pour certains artistes confirmés et de manière générale, pour les valeurs sûres de l’art”, a-t-il clarifié, notant que les crises, et notamment celle-ci, ont également tendance à pousser les collectionneurs avisés à acheter les œuvres d’artistes historiques et d’artistes à succès.

Evoquant le cas de son établissement, Fihr Kettani a admis que “La Galerie 38”, profitant entre autres de la notoriété des artistes qu’elle défend, “réussit, tant bien que mal jusque-là, à maintenir son activité et à préserver la totalité de ses employés et de leurs salaires”.

“Nous nous sommes adaptés à l’interdiction des vernissages en proposant des visites de jour en très petits groupes toujours inférieurs à 10 personnes et dans le strict respect des règles sanitaires”, a-t-il soutenu.

C’est ainsi que La Galerie 38 a pu réaliser “Vague blanche” en septembre dernier, une exposition dédiée a une génération d’artistes marocains post-année 2000, “talentueux et avant-gardistes”.

La galerie bénéficie également du fait de siéger au cœur du “Studio Des Arts Vivants”, un centre culturel et artistique “qui lui génère du passage et une certaine dynamique”, s’est-il réjoui, mettant l’accent sur l’importance de la présence sur le digital pour répondre aux contraintes de la crise sanitaire et préserver ainsi une certaine visibilité.

Les galeristes, comme les professionnels de tous les spectres, attendent avec impatience le démarrage de la campagne de vaccination, qui permettrait à terme une levée progressive des restrictions pour retrouver à nouveau les bienfaits des rassemblements et des événements publics, qui demeurent indispensables pour la pérennité des filières culturelles et artistiques.

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