Les jeunes et le discours religieux contemporain

Le discours religieux contemporain et les jeunes est le thème de la rencontre inaugurale d’une série de débats prévus par l’organisation de la Jeunesse socialiste pour jeter la lumière de diverses questions à caractère social, politique et culturel.

Ouvrant cette rencontre samedi soir au siège national du Parti du progrès et du socialisme, le modérateur de ce débat, le jeune  Mehdi Diouane, membre du Bureau national de la JS a indiqué que le choix a été porté sur cette thématique, compte tenu du fait que le discours religieux revêt une multitude de formes et traite de diverses questions pour assouvir tous les gouts.

La rencontre s’est fixée pour objectifs de répondre à la question de savoir pourquoi le discours religieux au sens large du terme n’est pas en mesure de répondre à tous les défis et enjeux des jeunes, malgré le fait qu’il est omniprésent et qu’il est le plus influent par la magie sociale qui est la sienne. Les jeunes croyants partent en effet du principe qu’un tel discours émanant d’un texte venu d’en haut ne peut donc qu’être véridique.

Il s’est enfin posé la question de savoir si les mutations en cours n’imposent pas au discours religieux de se rénover.

Pour répondre à ces questions, une pléiade de chercheurs et intellectuels ont été invités à traiter chacun en ce qui le concerne un sujet.

C’est ainsi que le professeur universitaire et l’homme politique Mustapha Moatassim a d’entrée de jeu souligné la nécessité pour les pays musulmans de rénover le discours religieux dans le but de faire face aux dangers qui guettent l’humanité tout entière du fait de la montée en puissance des courants populistes, dont le président de la première puissance mondiale, qui menace désormais ouvertement ceux qui sont en désaccord avec lui de faire usage des armes de destruction massive pour réaliser ses objectifs et défendre les intérêts de son pays.

La civilisation court donc un danger réel du fait de ce comportement populiste, a-t-il martelé.

Le renouvellement de la pensée religieuse s’impose pour sa mise à niveau des changements en cours et des développements qu’ont connus notamment les droits de l’homme, a-t-il estimé.

L’action de rénovation doit notamment rechercher des réponses non pas dans les écrits anciens mais des réponses à la hauteur des nouveaux défis que se posent les jeunes, les pays et les générations futures dans le but de préserver la société et l’Etat, en proposant des solutions pour extirper l’extrémisme et le terrorisme de leurs racines.

Historiquement parlant, la religion a servi de levier aux actions menées pour l’indépendance du pays. Il est donc possible de rechercher le moyen de la mobiliser en rompant avec l’obscurantisme et aller vers la libération des esprits et du pays, a-t-il recommandé.

Pour sa part Pr. El Mokhtar Benabdallaoui, également directeur de la revue « défis » et membre du centre des études et recherches MADA a soulevé la question de savoir s’il y a un espace public de débat (matériel ou virtuel), dont l’existence est tributaire du respect du droit des associations, du droit de croyance, de la liberté d’expression et d’opinion, de la liberté de conscience. En un mot de l’Etat de Droit.

Au Maroc, il y a des hauts et des bas en la matière, selon lui. C’est une question qui varie selon l’humeur des décideurs. Ce qui fait qu’on ne peut avoir de cumul pour pouvoir parler d’un véritable espace public de débat.

La démocratie se reproduit et se nourrit de ces accumulations dont fait partie le débat public, a-t-il estimé.

Evoquant la place de la religion au Maroc, il a fait savoir que la situation a évolué dans l’espace et le temps.

Avant l’indépendance du pays, chaque région avait sa propre culture religieuse gérée en toute indépendance par un cheikh dont le charisme lui facilitait la tache.

Au lendemain de l’indépendance, les choses ont évolué avec l’unification des concepts et des autorités chapeautés par l’institution du commandement des croyants (Imarat Al Mouminine). Les Wakfiate ont été supprimées et les mosquées  obéissent désormais à une gestion officielle.

La religion, devenue une affaire d’Etat, exerce une grande pression sur le politique dont la réaction varie d’un courant à un autre.

Si Allal Fassi appelait à un Islam raisonnable, d’autres voulaient en faire une affaire à part.

Pour sa part, le discours religieux a évolué dans le temps avec l’apparition de courants plus radicaux et extrémistes, appelant à l’application stricte des préceptes et des dogmes pour contrer les courants laïcs. Ce qui a profité surtout aux extrémistes, en particulier après la destruction du mur de Berlin et la montée du Wahhabisme. Au Maroc on a tout simplement supprimé les cours de philosophie de tous les cursus, laissant ainsi le terrain libre à toutes les tendances hautement dangereuses pour les générations montantes.

De son coté, l’intellectuel Hani Idriss, qui s’est contenté de citer une série de noms de grands penseurs et philosophes dont Max Weber, Chahrour, Qardaoui, etc… a versé dans une certaine polémique pour accuser d’impuissants et de tricheurs les penseurs musulmans. Selon lui, c’est en fait l’occident qui en est responsable puisqu’il c’est lui qui en a les moyens et que c’est lui qui manipule le reste de l’humanité.

D’après lui, le monde musulman  connait un véritable déclin, qui explique pourquoi il a peur de se remettre en question.

Prenant la parole le chercheur universitaire Azzouz Sanhaji également membre du Bureau politique du PPS a traité de la question de la raison au sens Descartien du terme et de la gauche marocaine.

Selon lui, la civilisation musulmane n’a cessé de reculer, depuis que la raison a été, matée,   réprimée et combattue. Tous les courants de pensée ont été vaincus (Mouatazila, Achaira et autres) pour laisser la place à une pensée unique qui refuse toute autre interprétation que celle des anciens.

Plus tard, les courants musulmans réformistes ont réussi à se faire une place dans la lutte de libération nationale et se doter d’élites qui se sont très vite éloignées de la raison, alors qu’on a véritablement besoin de procéder à une véritable refonte de l’édifice de l’entendement, de la rationalité et de la raison pour se mettre au diapason de la société moderne, celle du savoir et du digital.

Il s’est ensuite attardé sur les différentes définitions de la raison, généralement considérée comme une faculté propre de l’esprit humain dont la mise en œuvre lui permet de créer des critères de vérité et d’erreur et d’atteindre ses objectifs.

La raison est la faculté de penser logiquement. C’est une faculté mentale: la capacité de bien juger, c’est-à-dire de distinguer le vrai du faux, comme le bien du mal. Dans le premier sens, on dira qu’une personne est rationnelle, dans le second, on dira qu’elle est raisonnable.

Sans être taxé d’adorateurs du culte de la raison, il a estimé que la raison a ses limites et que la vérité qui s’en sort ne peut être que relative.

C’est là un enseignement majeur du marxisme dont la force réside dans sa dynamique de se reproduire et de se rénover en tant que mode de pensée en perpétuel questionnement.

C’est ce qui manque au monde musulman, qui a besoin à une véritable renaissance pour faire face au populisme imprévisible et très dangereux pour l’humanité tout entière. Il est également impératif de mettre fin à l’instrumentalisation de la religion à des fins politiques pour mettre à genou tous les courants politiques appelant à juste titre à la démocratisation de la vie publique et à la justice, a-t-il expliqué.

C’est la raison pour laquelle, il est nécessaire de s’en sortir pour pouvoir se mettre au diapason de la société du savoir et de l’intelligence artificielle en combattant non seulement la pensée religieuse figée mais également les tendances extrémistes, terroristes et obscurantistes.

Pour ce qui est de la pensée marxiste en tant que courant évolutif, qui s’enrichit de sa reproduction et de sa dynamique, elle a été développée pour apporter au capitalisme les correctifs nécessaires, a-t-il noté. Le mode de production capitaliste fait en effet appel à la raison et aux modes de gestion rationnelle pour se renforcer et refuse de faire appel à un tel raisonnement quand il s’agit de la répartition équitable des fruits de la production et de la croissance entre les forces de production.

Evoquant l’expérience socialiste de l’ex URSS, il a estimé que ses initiateurs avaient signé, dès le départ, l’arrêt de sa mort en érigeant la pensée marxiste en dogme exportable dans d’autres pays et valable à toutes les conjonctures et cultures.

C’est la leçon majeure que les forces de la gauche marocaine se doivent d’en tirer pour unifier leurs rangs autour d’un projet social et politique unique au service du pays et du peuple, a-t-il estimé.

Quant à l’historien Abdelouahed Adra, il s’est pris d’entrée à la pensée de la Jamaâ (groupe) des frères musulmans au Maroc et ailleurs, qui réduisent la morale et le comportement des gens à l’unique donne du sexe. Selon eux, a-t-il dit, Dieu ne fait que  rétribuer par les sécheresses, les Tsunami, les inondations et autres catastrophes naturelles,  les humains pour leur comportement de débauche et de non observation des prescriptions de la foi musulmane.

A part les « frères », tous les autres politiques sont des mécréants et des impurs surtout s’ils parlent la langue française, porteuse de la débauche et de la perfidie à l’égard de la religion, ou s’ils se servent de la raison pour analyser les problèmes sociaux.

Un riche débat a sanctionné les travaux de cette rencontre, au cours duquel de nombreux jeunes se sont insurgés contre les stéréotypes et  la place déshonorable faite aux jeunes et aux femmes dans le discours religieux, qui les empêche d’accéder au savoir et à la connaissance pour leur permettre de participer pleinement à l’œuvre de développement du pays.

M’Barek Tafsi

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