L’opposition en rang serré contre le projet de loi liberticide

Khalid Darfaf

Nabil Benabdallah: «Recourir à tous les moyens légaux pour le retrait définitif du texte»

Nizar Baraka: «Ce projet de loi est venu perturber le climat de mobilisation»

Abdellatif Ouahbi: «Une insulte pour l’intelligence du peuple marocain»

«Nous exigeons un retrait définitif du projet de loi 22-20 et non point le report de son examen»,  a déclaré  Mohamed Nabil Benabdallah,  Secrétaire général du Parti du progrès et du socialisme (PPS) lors du débat organisé conjointement par la Jeunesse socialiste,  la Jeunesse du Parti de l’Istiqlal (PI)  et  celle représentant le Parti authenticité et modernité (PAM) et diffusé dans la soirée du lundi 3 mai sur la plateforme facebook.

Placée sous le thème : «Le rôle des partis de l’opposition à la lumière de la crise corona»,  Cette rencontre fut également marquée par la participation des secrétaires généraux du PI et du PAM.

Il faut dire, selon le chef de file du PPS, que ce projet de loi se contredit de manière flagrante   avec  les principes de la démocratie, l’esprit de la Constitution ou encore les engagements du Royaume à l’égard de la Communauté internationale. En plus, la publication de ce texte intervient dans contexte plus ou moins douteux et traduit encore la fragilité de l’alliance gouvernementale, a-t-il martelé.

Comment se fait-il que ce texte soit inscrit à l’agenda du Conseil du gouvernement, puis adopté par toutes les composantes de l’Exécutif pour qu’au final tout le monde le dénonce, s’est-il interrogé. En termes plus clairs, la fuite du document traduit l’incohérence du gouvernement, les surenchères stériles et les guerres intestines entre ses membres. « De tels comportements qui relèvent de la raillerie,  procure aux citoyens  une image négative concernant l’action politique et inspire la défiance », a-t-il déclaré avec insistance avant d’ajouter que son parti « s’oppose fortement à ce projet tout en se réservant le droit de recourir à tous les moyens légaux pour le bloquer  », a-t-il noté en substance.

Le comble du ridicule, c’est que certaines parties  du gouvernement  ont dénoncé ce texte une fois divulgué à l’opinion publique,  que ce soit via des communiqués ou des éditos écrits sur leurs supports de presse,  en se départant de leur responsabilité politique, a-t-il répliqué.

Pis encore, ce gouvernement a élaboré ce texte sans prendre le soin de se concerter avec les organes compétents, à savoir le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH), la Haute autorité de la communication audiovisuelle (HACA) ou encore le Conseil national de la presse (CNP).

Pour un nouveau pacte politique

S’agissant de la gestion du pays dans l’avenir, le leader du Parti du Livre a appelé à l’ouverture d’un large débat national autour de la politique générale du pays afin d’établir des stratégies visant à lutter contre les effets de la pandémie. Certes, l’Etat a déployé un effort incommensurable pour diminuer l’impact négatif de la crise sur le tissu social et économique, en prenant un certain nombre de mesures préventives, mais cela n’est pas suffisant, a-t-il fait remarquer.  Outre la nécessité de la poursuite de cet élan de solidarité,  Benabdallah a appelé à donner une grande marge d’action dans la gestion de la crise et de ne pas restreindre leur liberté et ce dans le cadre des lois en vigueur. «L’avenir du pays implique un effort de solidarité et  la participation de toutes les forces vives du pays dans le processus décisionnel»,  a-t-il indiqué, avant de mettre l’accent sur le fait que le Comité de veille  économique devrait en principe inclure, outre les opérateurs économiques,  les partenaires sociaux, notamment les syndicats et les partis politiques. Abondant dans le même ordre d’idées, le Secrétaire du général du PPS a plaidé pour la prochaine étape doit être pensée de manière proactive. Cela étant, il faut œuvrer pour le renforcement de la confiance dans les institutions politiques, notamment les partis, en instaurer des mécanismes pour un nouveau pacte politique et social, condition sine qua pour qu’on puisse concevoir un nouveau modèle de développement.

La prochaine étape requiert en plus  la mise en place d’un nouveau plan de relance donnant une importance primordiale au secteur public, qui devrait jouer une véritable locomotive de développement de l’économie nationale et ce sans sombre dans un déficit excessif ou verser dans  une approche purement paramétrique. Une telle orientation ne pourrait se confirmer que par la valorisation de la commande publique, le soutien des entreprises pour préserver l’emploi et le développement  d’une véritable stratégie visant l’industrialisation du pays, a-t-il préconisé. A cela s’ajoute, l’investissement dans les secteurs sociaux (éducation, santé) tout en veillant à garantir un revenu minimum de dignité aux couches les plus vulnérables,  la promotion de l’économie verte, et le lancement d’une politique des grands travaux pour relancer la croissance, a-t-il poursuivi. Concernant les prochaines échéances électorales, le Secrétaire général du PPS a été on ne peut plus clairs : le plus important consiste à achever la phase des préparatifs portant sur l’adoption des textes de lois nécessaires tout en soulignant que l’hypothèse du report des élections s’avère peu probable pour l’heure.  Le plus important, a-t-il insisté, c’est  celui d’insuffler la confiance dans le processus démocratique et réconcilier les citoyens avec le champ politique. Malheureusement, a-t-il déploré,  ce qui s’est passé concernant la loi 22-20 pourrait entrainer des conséquences fâcheuses sur la vie démocratique  en creusant le fossé  entre le citoyen et l’action politique.

Une logique répressive

De son côté, Nizar Baraka, Secrétaire général du PI, a indiqué dans son intervention  que son parti a été catégorique depuis la fuite du document en exprimant son rejet de projet de loi  tant dans la forme que dans le fond.  Pour le numéro un du Parti de la Balance, ce projet de loi est venu perturber ce climat de mobilisation de tous les Marocains derrière SM le Roi Mohammed VI. « Il s’agit d’une atteinte au consensus national », a-t-il noté en substance, tout en rappelant que le Parti de l’Istiqlal fut depuis toujours l’un des défenseurs des grandes causes  nationales notamment les droits de l’Homme et la liberté d’expression.  Pour le numéro un du PI, ce rejet démontre la vigilance et l’immunité du peuple marocain. Ainsi, il a invité le gouvernement de voir de fond en comble ce projet qui s’inscrit aux antipodes de l’esprit de la loi.

En termes plus clairs, la mouture du projet adopté au sein du Conseil du gouvernement, est inscrite dans une logique  répressive loin de tout principe de régulation, a-t-il clarifié. Qui plus est, a-t-il ajouté, le Maroc dispose d’un arsenal juridique permettant de prévenir  contre d’éventuels dérapages, tels le Code pénal ou la loi antiterrorisme, entre autres, tout en s’interrogeant sur le pourquoi de l’adoption de ce texte au lieu de consacrer le débat sur le nouveau projet portant sur du projet portant sur  l’Instance centrale de prévention de la corruption (ICPC).

Selon le leader du Parti de Allal El Fassi, aujourd’hui un travail en profondeur devant être mené pour mettre un terme à la perte de confiance des Marocains dans certaines institutions. Une telle attitude est due en grande partie au manque de transparence et  au flou communicationnel du gouvernement, a-t-il déclaré.   Argument à l’appui,  Nizar Baraka a cité le cas des banques marocaines qui ont procédé à l’augmentation  des frais pour les clients voulant bénéficier du report des échéances des crédits immobiliers ou de consommation.  Or, le Comité de veille économique n’a pas du tout évoqué une telle mesure qui pourrait hypothéquer l’avenir des ménages, étant donné que personne n’est en mesure de prédire la situation économique après la pandémie.  Idem en ce qui concerne les sociétés voulant recourir au dispositif  «Damane Oxygène» pour en bénéficier afin de pouvoir payer les salaires et factures, en leur imposant des cautions personnels, alors que l’Etat est porté garant à la hauteur de 90%.

Pour le dirigeant du Parti d l’Istiqlal, le moment est venu pour mettre une rupture radicale avec les procédés de gestion  du passé et faire montre d’une vision prospective en matière de l’élaboration des politiques publiques. Le but escompté,   à apporter des solutions spécifiques en  luttant davantage contre les disparités sociales et spatiales, a-t-il précisé.

De leurs côtés, les  partis de l’opposition doivent assumer leurs responsabilités en se positionnant à la pointe du combat social. Bref, la réforme nécessite d’établir un nouveau pacte politique et social définissant les grandes orientations en vue de renforcer davantage le front intérieur et renfoncer la confiance en l’action politique, a-t-il rétorqué tour en  en indiquant qu’il serait  précoce de parler de report des élections, étant donné qu’il nous reste encore du temps. «Il faut œuvrer à trouver un modus vivendi autour des objectifs à atteindre, car c’est le consensus qui fait la force de notre pays», a-t-il dit.

A l’instar  du PPS et du PI, Abdellatif Ouahbi,  secrétaire général du PAM a réitéré la position de son parti par rapport au projet de la loi 22.20 qui devrait, selon lui,  être supprimé de l’agenda législatif.

«Ce projet de loi,  entaché des vices  de forme et de fond substantiels,   constitue un insulte à l’intelligence du peuple marocain et à son histoire», a-t-il déclaré  en soulignant  dans ce sens que le  report de l’examen du projet de loi est une erreur grave, car le gouvernement est appelé à l’abandonner une fois pour toutes.

Une attitude qui frise le ridicule

Pour le dirigeant du PAM, l’attitude de la majorité gouvernementale en prenant ses distances par rapport à ce projet, après les critiques émises par les citoyens frise le ridicule et viole les principes de l’éthique en matière politique.

Le responsable du Parti du tracteur a même appelé à ce que le ministre de la justice soit démis de ces fonctions qui a par cet acte tourné le dos à son référentiel socialiste.

A en croire l’intervenant, le Chef du gouvernement n’a rien laissé filtré du contenu de  la réunion du Conseil du gouvernement après sa rencontre avec les partis de l’opposition d’où la question sur les raisons de fuite, a-t-il avancé. «  Si nous croyions en la liberté d’expression, nous devrions la respecter dans son intégralité», a-t-il noté. En d’autres termes plus clairs, « le net  restera un espace public  où  chacun défend ses idées», a-t-il poursuivi.  Alors si ce projet défend les entreprises, qui va protéger les consommateurs contre les publicités mensongères  et les manipulations des annonceurs, a-t-il poursuivi.

Pour le dirigeant du PAM, la sortie de la crise économique  requiert une réponse collective en procédant d’abord par l’ouverture d’un débat avec le patronat et les partenaires sociaux.  Avec environ 900 mille personnes sans emploi et 150 mille entreprises en cessation d’activités,  les indicateurs économiques sont de mauvais augure.   Grosso modo, il faut revoir tous les fondements de nos politiques économiques, a-t-il préconisé.

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