L’université marocaine patauge

C’est un constat. L’Université marocaine, à l’instar des autres cycles de l’enseignement public, n’arrive pas à décoller et à être compétitive. En effet, la recherche scientifique piétine, les études supérieures (licence, master et même doctorat) sont de plus en plus sans débouchés, la gestion de l’institution, pourtant miroir de la société, est de plus en plus mise sur la sellette.

Des pratiques, jusque-là étranges à l’univers universitaire, sapent de plus en plus son image, et même l’enceinte de l’Université, qui constituait une grande école parallèle en matière d’initiation politique, de défense des droits légitimes de l’étudiant et du rayonnement du campus universitaire, est en passe de devenir comme un simple espace de récréation d’un établissement scolaire. Le paradoxe est que ce tableau noir est dressé dans un pays qui peut se targuer et se prévaloir de l’une des plus anciennes universités, pour ne pas dire la plus ancienne université dans le monde, Al Quarawiyin de la ville de Fès, créée au IXe siècle. Dans ce sillage, force est de constater que l’université marocaine a subi les mêmes revirements des politiques mises en place pour l’ensemble du dispositif éducatif marocain, de l’enseignement fondamental à l’enseignement supérieur en passant par l’enseignement professionnel.

On a formé…par la suite, on a réformé…  et après on s’est retrouvé aux «urgences». Un plan d’urgences. Et depuis l’introduction de la réforme pédagogique en 2003, avec l’instauration du système LMD (Licence, Master, Doctorat) pour harmoniser les formations au niveau national et s’aligner sur les standards internationaux, notamment européens, l’enseignement supérieur au Maroc est resté sujet à des évolutions, des mutations, des recadrages, des ajustements, des critiques et des polémiques, tant que la bonne équation n’est pas encore trouvée. Ainsi, le licencié, formé selon ce système en trois ans, (licence fondamentale), finit en fin de cursus sans maturité intellectuelle et sans bagage suffisant pour répondre aux exigences du marché du travail. Et dans le meilleur des cas, ce licencié reste le plus souvent confronté au problème de ses faibles compétences transversales, telles que la communication, les langues, l’esprit d’analyse et la rédaction.

Face à cette problématique, une autre réforme s’impose. A ce propos, une certaine mise à jour d’un système mis en place sans vision stratégique revêt le caractère d’urgence. C’est dans ce sens que des réunions sont tenues entre les présidents des universités, le département de tutelle et d’autres intervenants pour présenter des pistes de réflexion capables de donner un coup de pouce à l’Université marocaine.  C’est dire encore que la stratégie 2015-2030 mise en place sous le signe du «renouveau» n’aurait pas apporté du nouveau en matière de qualité et de performance pédagogique. Autant dire que le chantier semble resté perpétuellement en chantier et des générations sont ainsi sacrifiées.

Belkassem Amenzou

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