Malaisie: Arrestation de l’ancien Premier ministre Najib Razak

Najib Razak, qui fut Premier ministre de Malaisie de 2008 à 2018, a été interpelé mardi 3 Juillet par l’agence malaysienne anti-corruption dans le cadre de l’enquête pour détournements au détriment du fonds souverain «1 Malaysia Development Berhad» et, ce mercredi, un tribunal lui a signifié quatre chefs d’inculpation : les trois premiers pour «abus de confiance» et le quatrième pour «avoir accepté un pot-de-vin équivalent à 8,9 millions d’Euros»; ce qui le rend, désormais, passible de vingt années d’emprisonnement pour chacun desdits chef d’inculpation.

Impliqué, depuis 2015, dans des détournements de fonds dont il se serait rendu coupable durant l’exercice de sa fonction, l’ancien homme fort de Malaisie avait toujours réussi à étouffer les enquêtes y afférentes. Mais sa défaite et celle de son parti «l’Organisation Nationale Unifiée Malaise» (UNMO) aux élections du 10 Mai dernier a ramené au-devant de la scène un revenant en la personne de Mahathir Mohamad, 92 ans. Le retour de celui qui avait dirigé la Malaisie de 1981 à 2003 et qui entend faire table rase de l’ère Najib marquée par la corruption, le népotisme et le musellement de la presse a précipité aussi bien la chute politique de l’ancien homme fort du régime que sa mise en examen.

Aussi, dès qu’il a quitté son poste de Premier ministre, la police a jeté son dévolu sur Najib Razak qu’elle soupçonnait d’avoir détourné près de 640 millions d’Euros au détriment du fonds souverain « 1 MDB » qu’il avait lui-même créé dès son arrivée au pouvoir et qui se trouve, aujourd’hui, endetté à hauteur de 10 milliards d’Euros.

Lors des perquisitions effectuées dans deux appartements appartenant à l’ancien Premier ministre à Kuala Lampur, la police a saisi près de 30 millions de dollars en espèces, confisqué 567 sacs à main dont 272 de marque «Hermès» évalués à 10,9 millions d’Euros alors que les autres sont toujours en cours d’évaluation, une immense collection de bijoux comprenant 1.400 colliers dont l’un a été estimé à 1,3 millions d’Euros, 2.200 bagues, 423 montres évaluées à 17 millions d’Euros et 234 paires de lunettes dont l’estimation est en cours. Autant dire que le butin que la police aurait saisi, pour le moment, pourrait permettre à la Malaisie d’éponger une bonne partie de la dette contractée durant l’ère Najib.

Mais les autorités malaysiennes qui ne comptent pas s’en arrêter là vont continuer leurs investigations bien au-delà des frontières du pays notamment aux Etats-Unis et en Suisse. L’étau se resserre donc de plus en plus autour de l’ancien Premier ministre qui se rapproche, au fil des heures, de la case «prison».

Pilier de la lutte pour les droits de l’homme en Malaisie et Directrice du « Centre C4 contre la corruption et le népotisme» Cynthia Gabriel siège aujourd’hui au «Comité 1MDB» avec pour mission «d’établir les faits, de conseiller le gouvernement et de formuler les accusations».

Aussi, en reconnaissant qu’elle n’avait jamais imaginé un tel retournement de situation, elle estime que «les choses bougent à un rythme effréné (et que) tous les jours, il y a de nouveaux développements» mais concède, néanmoins, que même si «l’impression d’euphorie est encore très forte, il est encore trop tôt pour dire jusqu’où cela va aller».

Alors jusqu’où cela va-t-il aller justement ? Najib Razak et son épouse Rosmah Mansor -très impopulaire notamment à cause des vêtements de luxe et des sacs de grandes marques avec lesquelles elle s’affichait- vont-ils passer le restant de leurs jours en cellules pour n’en sortir que les pieds devant ? Pour l’heure, tout semble l’indiquer mais attendons pour voir…

Nabil El Bousaadi

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