«Merlan en colère» électoral

Presque à la même vitesse de propagation que celle du coronavirus et de ses variants, mais sans morbidité aucune, la fièvre électorale est en train de se répandre à travers le royaume. Elle touche même nos compatriotes se trouvant à l’étranger ; nos marocains du monde qui s’expriment à ce sujet parfois avec amertume.

Sur la base de ce qui circule à travers les médias, les partis politiques seraient arrivés à s’accorder avec le ministère de l’intérieur sur les nouvelles dispositions devront régir les prochaines élections. Encore deux ou trois points à régler et il restera à changer le code électoral en conséquence ; et que vogue la galère.

Presque tous les acteurs du champ politique sont sur les startingblocks; et si, pour l’instant, certains estiment que «rien ne sert de courir», d’autres, «vendant la peau de l’ours avant de l’avoir tué», constituent des coalitions probables et font des appels du pied qui rappellent les manœuvres d’avant l’alternance consensuelle.

Ceux-là sont ceux que le commun des mortels ici-bas appellent «les politiciens»; ceux-là même qui prévoient un taux d’abstention en baisse par rapport aux précédentes échéances électorales.

Cette abstention n’est pas fortuite. Elle est l’expression d’une sédimentation de faits, objectifs et subjectifs, que le champ politique national n’a pas su évacuer et qui deviennent un lourd handicap pour le renouvellement de l’action politique et de la consolidation du processus démocratique.

Sans revenir aux conditions générales de la vie sociale qui participent à cette renonciation de la politique ; il revient aux «politiciens» eux même de crever l’abcès ayant conduit à cette fâcherie entre la population et les organisations politiques.

Rien ne sert de revenir au passé, même proche, pour y puiser les preuves et les arguments concernant la sincérité de ses engagements, la pertinence de ses analyses, la justesse de ses positions et la clairvoyance de ses propositions. Ceux qui se déterminent comme «non politiciens» répondront que cela ne les a pas sortis d’affaires et qu’ils subissent les dommages collatéraux cumulés depuis que les « politiciens » sont aux affaires. Cela ressort dans les diverses manifestations de la chaleur électorale qui différent d’une région à une autre, entre les jeunes et les tenants de l’élégerocratie, entre la direction et la base des organisations politiques.

Par certains aspects, certaines opinions qui s’expriment ouvertement à travers les réseaux sociaux sont en régression par rapport à la consolidation du processus démocratique. Ainsi ; elles prennent acte de l’état de la démocratie dans notre beau pays et s’inscrivent dans une logique qui admet le jeu électoral, mais ne confère aux institutions aucun rôle pesant dans la transformation de la société et l’amélioration des conditions de vie de la population. Les élections sont perçues comme un ascenseur social dont le bénéficiaire devrait être «un jeune parmi nous, au lieu d’un vétéran qui a vécu plusieurs années au parlement».

La même position a été revendiquée, au début du processus démocratique, par « les jeunes du quartier » pour faire élire l’un des leurs afin qu’il améliore son sort. L’expérience n’a pas été concluante, ni pour le quartier et sa population, ni pour le jeune dont l’engagement civique s’est avéré très faible. Il est clair que les jeunes veulent se positionner, et c’est une nécessité ; d’autant plus que l’élection par le biais de la liste nationale ne serait plus envisageable.

Refusant l’engagement en masse dans un parti politique pour agir pour le changement, ces mêmes jeunes s’inscrivent dans la continuité du système électoral tel qu’il est et non en rupture avec ses conditions et avec les comportements pour lesquels les parlementaires sont critiqués : cumul des mandats, non renouvellement de la représentation, inefficacité de l’action menée pour le développement local, non résolution des problèmes structuraux de la circonscription, aucune reddition de comptes ni même explication de la politique menée. L’establishment d’une élégerocratie en quelque sorte.

A part quelques parlementaires qui tiennent une permanence, le contact est très restreint avec la population et se limite beaucoup plus entre le parlementaire et l’autorité territoriale. La majorité électorale locale, ayant été rétribuée pour son vote, est disqualifiée pour toute autre revendication jusqu’aux prochaines échéances.

Cette réalité caricaturale de l’action des élus, hormis quelques-uns, fait que la représentation nationale est discréditée auprès d’une population dont les attentes se font de plus en plus pressantes et qui souffre des dysfonctionnements et des inégalités issus du « modèle de développement » actuel.

D’autre part, les partis politiques sont tributaires de «l’attribution de subventions annuelles que l’État leur accorde pour couvrir leurs frais de fonctionnement, l’organisation de leurs congrès nationaux ordinaires, et leurs campagnes électorales locales, régionales ou nationales». Avancée démocratique de valeur, elle fait obéir, de plus en plus, les structures partisanes aux critères de représentativité basée essentiellement sur l’arithmétique (Chapitre IV de la loi 29-11 relative aux partis politiques). L’allocation de l’accréditation pour la candidature est soumise à l’appréciation de la capacité du futur mandataire à remporter l’élection et à pouvoir engranger le maximum de voix.

C’est là une des bases fondamentales qui permet à l’élégerocratie de se pérenniser au dam des jeunes, des militants et de celles et de ceux qui croient être des «compétences». Le programme d’action, les idées novatrices, l’enthousiasme et la mobilisation des jeunes ainsi que l’engagement politique sincère pèsent peu devant «la friture des zarkalafs».

Par cela, et par d’autres imperfections, le système électoral national est comme ce «merlan en colère» frit ; sa queue est ramenée vers la bouche, coincée entre les dents pour lui donner la forme d’un zéro…

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