Naissance

L’enfant naquit le soir du mardi, avant la deuxième prière du soir. Le père était encore dehors, sûrement à la mosquée à psalmodier le coran. La future grand-mère comme à l’accoutumée le remplaçait pour tout. Elle était elle-même matrone et avec l’aide de ses amies, elle supervisait l’accouchement.

La salle était chaude et une odeur d’encens se propageait. Les portes de la salle étaient à moitié fermées et dans le patio, d’autres femmes étaient attablées autour d’une table où on servait le thé. Elles ne sentaient pas la température ambiante car elles étaient emmitouflées chacune dans son haïk. Au moment où le muezzin annonçait la prière, des cris aigus se firent entendre et des youyous stridents et longs éclatèrent. La délivrance de la mère la mit en marge de l’intérêt de l’assemblée qui s’intéressa au nourrisson. C’est un garçon, lança la grand-mère tout en acclamant Allah. Des youyous se firent entendre et d’autres leur firent écho. L’arrivée de Si Mohammed, le père, relança les youyous, les félicitations et les vœux de bienêtre pour l’enfant et l’espoir d’une famille nombreuse.

Le père pénétra directement dans sa chambre. Sa mère le suivit. Il se leva et lui embrassa la tête en guise de salutations. Elle lui fit part de ses bénédictions et lui donna enfin les nouvelles qu’il attendait. «Un beau bébé de sexe masculin et rendons grâce à Dieu, sa physionomie est complète et bien faite.» Il lui embrassa la main une autre fois et lui demanda si elle avait besoin de quelque chose. Elle le rassura que tout est disponible et qu’elle n’avait besoin que de le voir heureux. Elle sortit en le laissant debout au milieu de sa chambre. Il fit quelques pas et sentit un désir de sortir de l’enceinte où il se trouvait,  comme pour exprimer sa joie devant l’univers.

Si Mohammed s’engouffra dans les dédales du derb d’un pas alerte. Il retrouva ses amis devant l’échoppe qui donnait sur la grande avenue de la ville. Il leur fit part de la nouvelle, ce qui suscita un mouvement de joie  à l’issue duquel un plateau de thé fut servi avec un plateau de fruits secs composé d’amandes de noix et de dattes. Chacun des présents fit part au nouveau père de ses félicitations et de ses vœux pour l’avenir de l’enfant. « Que Dieu soit remercié et qu’il en fasse le meilleur successeur au meilleur ancêtre ». Si Mohammed accueillit cela avec un plaisir apparent en remerciant chaque intervenant. Il but une gorgée de son verre de thé et se leva en insistant auprès de chacun après l’avoir remercié : « Je compte sur votre présence pour la cérémonie de l’appellation.».

À son retour, Si Mohammed se dirigea directement vers sa chambre. Si le patio s’est vidé de ses occupantes, les chambres alentour étaient encore éclairées et des échos de voix en provenaient. Il referma les portes battantes derrière lui. Il était tenu de rendre grâce à Allah en procédant à deux génuflexions. Une fois sa gestuelle terminée, il psalmodia quelques versets du Coran. Le nom du nouveau-né s’était fixé dans sa tête. Il ne pouvait s’agir que d’un nom du prophète autre que celui qu’il portait. Il se détendit et tourna le bouton d’alimentation en électricité du poste TSF qui trônait à côté du lit. Après un laps de temps relatif au chauffage des diodes, une voix masculine commença à égrener des nouvelles du monde en commençant par citer le nom de la capitale du pays intéressé. Si Mohammed se laissa bercer par la voix du speaker et s’endormit.

A la prière de l’aube, la maison était déjà bruyante. Dans toutes les pièces il y avait des personnes qui s’agitaient. Auprès de la mère, pour lui servir le petit-déjeuner et changer le nouveau-né. Pendant les sept jours qui vont suivre, elle n’aura pas à bouger le petit doigt à part l’allaitement de son fils. La grand-mère est là pour veiller au grain. Dans la cuisine, plusieurs fourneaux étaient allumés. Fatima, la sœur de Si Mohammed, était devant la porte, un œil sur les aides ménagères et un autre sur le patio. Elle supervisait la préparation des mets et le service tout en restant vigilante à toute demande provenant de sa mère ou de son frère. Justement, ce dernier demanda de l’eau pour ses ablutions. Le temps qu’il approcha de la cuisine, Fatima lui remit un ustensile contenant de l’eau à la température adéquate. Il prit la direction des toilettes pour faire ses ablutions matinales. Fatima se dirigea alors vers la chambre de son frère pour la remettre en ordre. Après, elle jeta un regard dans la chambre juxtaposée où se trouvaient sa mère et la femme de son frère avec le bébé. Celui-ci était pendu au sein de sa mère qui le regardait avec un sourire au bout de ses lèvres. Fatima s’enquit du regard si on avait besoin de quelque chose. Ne recevant pas de réponse, elle retourna vers la cuisine.

Les aides ménagères évitaient de faire du bruit dans leur agitation. Entre la préparation du petit-déjeuner destiné à renforcer la capacité d’allaiter de la maman, celui de Si Mohammed et le service nécessaire pour le reste des occupants de la maison, il y avait de la besogne. Fatima goûtait les préparations et donnait son avis. Elle jouait le rôle d’un chef de cuisine sans pour autant qu’elle mette sa main dans la pâte. Vêtue d’un caftan dont les bords étaient relevés vers la ceinture et les manches tenues par des fils de soie assemblés. Elle portait sur la tête un foulard et un  fichu dans les tons rouges qui couvraient sa chevelure. Une serviette blanche dans la main lui servait pour se prémunir de la chaleur des ustensiles. Elle s’occupa à préparer le plateau contenant le petit-déjeuner de son frère. Si Mohammed déposa l’ustensile qu’il avait à la main devant la cuisine et se dirigea vers sa chambre pour s’adonner à la prière. Fatima aimait entendre son frère lire les versets du Coran nécessaires à sa prière. Elle en suivait la récitation en mémoire sans pourtant arriver à les apprendre. C’est ainsi qu’elle savait à quel moment elle pouvait servir le petit-déjeuner. Elle pénétra dans la chambre en souhaitant le bonjour. Fatima déposa le plateau devant son frère en formulant ses vœux de bonne santé et de bonheur. Si Mohammed la remercia et commença à servir le thé. Dans une assiette se trouvaient des galettes préparées au beurre et arrosées au miel alors que dans un bol des amandes, des noix et des dattes étaient servies. Il se sustenta convenablement car la journée va être longue.

Il sortit dans le patio et se dirigea vers le coin où se trouvait une grande jarre remplie d’eau. Il remplit un verre et se lava la bouche trois fois. Sollicitant la miséricorde du Créateur, il allongea le pas vers la chambre où se trouvait son fils. Il pénétra après avoir signalé sa présence en toussant. Sa mère se leva et alla vers lui en portant l’enfant dans ses bras tendus. Il prit son fils enveloppé dans un drap blanc et commença à remercier Dieu. Nous l’appellerons Almostafa par la volonté de Dieu. Il balbutia dans l’oreille droite du nouveau-né et le rendit à sa mère. Il s’approcha alors de sa femme pour s’enquérir de son état. Allongée sur le côté, elle remercia Dieu pour sa délivrance. Il lui demanda si elle avait besoin de quelque chose et se leva.

Depuis six jours la maison ne désemplissait pas. Les familles du voisinage et celles qui venaient des alentours étaient toujours présentes. On se préoccupait de la parturiente qui se prélassait et faisait part de ses désirs avec des gestes et une voix à peine audible. Le bébé, entre la tétée et le changement de ses couches, passait le temps à dormir dans son berceau. Si Mohammed, entre les préoccupations du quotidien et les pauses qu’il s’accordait devant l’échoppe d’Abdelkader l’épicier, se rendait plus souvent à la maison pour s’enquérir des besoins du jour et de ceux qui concernaient la fête de l’appellation programmée pour le septième jour de la naissance.

Mustapha Labraimi

One Comment;

  1. khalid a dit:

    « Le père pénétra directement dans sa chambre. Sa mère le suivit. Il se leva et lui embrassa la tête en guise de salutations. Elle lui fit part de ses bénédictions et lui donna enfin les nouvelles qu’il attendait.  »
    je n’ai pas compris cette phrase , qui suivait qui ? et si sa mère lui suivait pourquoi il se leva ? il y a une incohérence ou je me trompe ?

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