«Nous voulons atteindre 1250 coopératives bénéficiaires à l’horizon 2020»

En tant que guichet unique pour les investisseurs, l’Agence de Développement Agricole (ADA) a pour mission de participer à la mise en œuvre de la stratégie adoptée par le gouvernement marocain en matière de développement agricole. Neuf ans après sa création, Mohamed El Guerrouj, Directeur général de l’ADA, nous livre sa vision relative à la situation actuelle du secteur agricole. Aussi, il nous parle de ses objectifs en termes de promotion des produits du terroir au niveau national et international

Al Bayane : Quel bilan faites-vous du développement agricole au Maroc ?

Mohammed El Guerrouj : Depuis son lancement en 2008 par Sa Majesté le roi Mohammed VI, l’ambitieux Plan Maroc Vert (PMV) a fait du secteur agricole un levier prioritaire du développement socioéconomique au Maroc. Aussi, la nouvelle approche en matière de mobilisation des terrains agricoles du domaine privé de l’Etat mise en œuvre depuis 2013, a donné un nouvel élan au secteur agricole au Maroc. En effet, cette approche se base sur le lancement d’appels d’offres successifs au fur et à mesure de la disponibilité des terrains assainis et ce, quel que soit le nombre de projets et la superficie disponible, ainsi que sur le raccourcissement du délai entre le lancement et la remise des fermes qui ne dépassera pas cinq mois et demi.Cette approche permet d’accompagner la dynamique d’investissement engendrée par le Plan Maroc Vert et de capter les opportunités d’investissement tout en évitant les problèmes liés au retard du lancement des opérations de partenariat.

L’évaluation de cette opération a fait état d’un niveau de réalisations très satisfaisant par rapport aux engagements des partenaires. Ainsi, les investissements engagés s’élèvent à près de 14 milliards de DH contre 15,2 milliards de DH prévus, dégageant un taux de 92%. Ces investissements concernent principalement la production végétale, l’élevage, et les unités de valorisation, en plus des actions transverses liées à la mise à niveau des exploitations concernées à savoir, les aménagements hydro-agricoles et fonciers.

Par ailleurs, l’opération de partenariat permet la mise en place des projets agricoles durables et pérennes contribuant ainsi amplement à la mise à niveau du secteur agricole. D’ailleurs, elle a constitué un levier important pour l’extension du système d’irrigation avec l’équipement de 37500 hectares en irrigation localisée et la mise en place de l’infrastructure Hydro-agricole nécessaire, notamment les bassins d’accumulation d’eau dont le nombre s’élève à 315 unités.Cette démarche a facilité également l’équipement des exploitations concernées en matériel agricole avec près de 1600 unités dont 1000 tracteurs, 126 semoirs, et 385 pulvérisateurs.

Dans le même sillage, les investissements réalisés ont permis la plantation de 16000 hectares d’agrumes, 13000 hectares d’oliviers, 3400 hectares de vignes, 2500 hectares de rosacées, et la mise en place de 1200 hectares de serres. Ces plantations contribuent significativement à la production nationale des filières concernées. En effet, la production d’agrumes émanant desdites exploitations s’élève actuellement à près de 260000 tonnes, et atteindra en phase de croisière en 2021, près de 650000 tonnes, soit près de 20% de la production nationale.Pour l’olivier, la production issue de ces exploitations qui s’élève actuellement à 57000 tonnes d’olives, atteindra à l’horizon 2027, près de 211000 tonnes, contribuant, ainsi d’une façon significative à la réalisation des objectifs tracés par le Plan Maroc Vert.

En matière de production animale, les réalisations ont porté sur l’acquisition de 9000 vaches laitières, 18000 têtes d’ovins, et la construction de près de 80000 m² d’étables modernes et 25000 m² de bergeries, ainsi que la mise en place de 45 poulaillers. Quant à la valorisation de la production, l’opération de partenariat a permis jusqu’à présent l’installation de près de 100 unités de valorisations dont principalement 59 unités de valorisation de fruits et légumes et 26 unités de trituration des olives.

Par rapport à l’agrégation, le nombre total des projets d’agrégation, validés jusqu’à fin Décembre 2016, s’élève à 166 projets. Ces projets sont à différents stades de mise en œuvre. En effet, 56 projets disposent actuellement d’une attestation d’agrégation pour un investissement de 20 Milliards de Dirhams et portant, à terme, sur une superficie de 342000 ha et 320000 têtes du cheptel au profit de 135000 agrégés.

Lesdits projets touchent 10 régions du Royaume et concernent 13 filières végétales, notamment les agrumes, l’arboriculture fruitière, les céréales, le maraichage, l’olivier et 4 filières animales, d’où l’intérêt au lait et aux viandes rouges.

Quid de l’agriculture solidaire ?

L’agriculture solidaire a bénéficié d’une attention particulière dans le Plan Maroc Vert qui a prévu la concrétisation de 545 projets territorialisés à l’horizon 2020 avec un investissement global d’environ 20 milliards de DH sur 10 ans au profit de plus 855.000 agriculteurs bénéficiaires.A ce jour, 90% de la population ciblée a été atteinte, tel est le résultat de la stratégie PMV. Le nombre de projets développés dans le cadre de l’agriculture solidaire est en perpétuelle croissance. Entre 2010 et 2017 c’est une moyenne de 90 projets qui ont été initiés pour plus de 96.000 bénéficiaires par an. Une dynamique qui a permis d’atteindre à l’heure actuelle une enveloppe budgétaire de 15,7 milliards de DH.

Autres chiffres éloquents. Le nombre de bénéficiaires ciblé par les 700 projets de l’agriculture solidaire lancés depuis 2010 avoisine les 769.300 ; les superficies concernées dépassant les 804.000 hectares. Ainsi, il est à préciser que 145 projets ont déjà été menés à terme. Ils sont désormais entre les mains des différentes organisations professionnelles bénéficiaires. Cela représente près de 116.000 hommes et femmes qui exploitent plus de 169.000 hectares grâce à un investissement d’environ 2 milliards de dirhams. Sachant qu’à peine 3% des projets engagés ont dû être interrompus, soit en raison du désistement des bénéficiaires ou à cause de facteurs complexes inexistants lors de l’étude de faisabilité.

Quelles régions du Maroc bénéficient le plus du développement agricole?

Les 700 projets en cours de mise en œuvre à fin mars 2017 se situent en grande majorité (53%) dans quatre régions, en l’occurrence Tanger-Tétouan-Al Hoceima (17%), Fès-Meknès (14%), Marrakech-Safi (12%), et l’Oriental (11%). Ces quatre régions concentrent également 43% de l’investissement consenti pour ces 700 projets, soit 7,1 milliards de DH sur 16,4 milliards prévus à l’horizon 2020, particulièrement dans les régions de Tanger Tétouan Al Hoceima (11%), Fès-Meknès (11%), Marrakech- Safi (14%), et l’Oriental (8%).

Toutes les régions à vocation arboricole sont concernées par le programme de plantation avec une prédominance de quatre régions (Tanger-Tétouan-Al Hoceima, Marrakech-Safi, l’Oriental et Fès-Meknès) ayant plantées une superficie totale de 231.000 hectares, soit 77% des réalisations totales.Aussi, le programme de l’installation des unités de valorisation s’est concentré sur trois régions qui représentent 56% des réalisations (Draa-Tafilalet, Béni Mellal-Khénifra et Fès-Meknès).

Par ailleurs, l’essentiel des aménagements hydroagricoles se concentre dans les régions de Drâa Tafilalet, Guelmim-Oued noun, et Marrakech-Safi qui se sont accaparées de 76% des réalisations.Il y a aussi eu la création et l’aménagement des points d’eau, la plantation de plus de 21.000 hectares d’atriplex et l’aménagement de 466 points d’eau pour abreuvement du cheptel. Tout cela a pour fin de désenclaver les champs de production au niveau des régions Guelmim-Oued Noun, Marrakech Safi, Tanger-Tetouan-Al Hoceima et Fès-Meknès.

Quels sont les objectifs de l’ADA pour le développement des produits du terroir au niveau national et international?

En vue d’assurer une présence efficace des produits du terroir marocain à l’échelle nationale et internationale, l’ADA prévoit de poursuivre et d’intensifier ses efforts dans les prochaines années en matière de développement de commercialisation des produits du terroir. Ceci passera notamment par l’accompagnement des groupements producteurs des produits du terroir en vue d’améliorer leur situation actuelle et leur permettre de répondre aux exigences du marché national et international. Ainsi, plus de 450 coopératives de producteurs des produits du terroir représentant près de 15.200 petits agriculteurs, issus de toutes les régions du Royaume, bénéficient des programmes de mise à niveau lancés par l’ADA. Ces programmes cibleront près de 200 groupements annuellement, pour atteindre un objectif de 1.250 coopératives bénéficiaires à l’horizon 2020. Aussi, l’ADA travaille sur le développement de nouveaux partenariats institutionnels avec de nouveaux organismes à même de contribuer au développement durable de la commercialisation des produits du terroir ainsi que la promotion de nouveaux marchés au niveau national et international permettant d’assurer un meilleur positionnement de l’offre marocaine en produits du terroir dans les marchés cibles. De même, nous développons de nouveaux partenariats commerciaux afin d’assurer une présence efficace sur les lieux de vente et d’augmenter les ventes des produits du terroir.

Aussi, l’ADA veut mettre en place six Plateformes Logistiques et Commerciales (PLC) régionales dédiées au développement et à la commercialisation des produits du terroir. Deux PLC sont opérationnelles à El Hoceima et à Meknès et quatre sont en phase de préparation du projet au Souss, dans le Gharb, à Beni Mellal et dans le Sud. Ces infrastructures offriront aux producteurs des services adaptés pour massifier les flux des produits, valoriser et préserver la qualité organoleptique et sanitaire des produits, optimiser les circuits de commercialisation et réduire les coûts de transport et de packaging.

Il est par ailleurs essentiel de développer la vente en ligne des produits du terroir à l’échelle nationale et internationale. Ainsi, 8 boutiques sont créées au profit de 8 groupements représentant 60 coopératives regroupant 2600 agriculteurs. Aussi, de nouvelles boutiques sont en cours de création pour 10 nouveaux groupements, représentant 17 coopératives regroupant 373 agriculteurs.

Le système de labellisation des produits du terroir a été instauré par le Ministère de l’Agriculture et de la Pêche Maritime afin de regrouper l’offre pour un meilleur accès et une promotion des produits du terroir et des labels officiels sur les marchés nationaux et internationaux. Ainsi, et depuis l’entrée en vigueur de la loi n° 25-06 relative aux Signes Distinctifs d’Origine et de Qualité (SDOQ) des denrées alimentaires et des produits agricoles et halieutiques, 46 SDOQ ont été reconnus, dont 38 IGP, 5 AOP et 3 Labels Agricoles.

Pour sa part, l’ADA a mis en place un Label Collectif « Terroir Du Maroc » en tant que marque collective garantissant l’origine géographique et la typicité du produit et le respect des exigences légales et règlementaires (traçabilité, étiquetage et autorisation/agrément ONSSA). Ce label collectif a été enregistré par l’ADA en tant que marque collective avec son règlement d’usage au niveau national, auprès de l’Office Marocain de la Propriété Industrielle et Commerciale (OMPIC) et au niveau international, auprès de l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle, l’Agence a procédé aux modalités de lancement et de communication autour de ce label. A ce stade, le Comité d’homologation d’usage du label collectif a octroyé des autorisations d’usage dudit « Label collectif » au profit de 101 produits du terroir émanant de 42 producteurs et/ou conditionneurs de ces produits répartis sur 10 régions du Royaume, et dont les dossiers présentés répondent parfaitement aux conditions d’octroi instituées par le règlement d’usage du Label collectif.

Comment évolue le processus d’agrégation?

L’agrégation agricole qui représente l’un des fondements du Plan Maroc Vert, est une solution idoine pour contourner les problématiques liées à l’exiguïté des exploitations agricoles et au manque d’intégration entre l’amont agricole et l’aval industriel. En effet, ce modèle novateur d’organisation des agriculteurs autour d’acteurs privés ou d’organisations professionnelles à forte capacité managériale, permet, notamment, de dépasser les contraintes liées à la fragmentation des structures foncières tout en assurant aux exploitations agrégées la possibilité de bénéficier des techniques modernes de production et du financement et d’accéder au marché intérieur et extérieur.

Cette forme d’organisation repose sur un partenariat gagnant-gagnant entre l’amont productif et l’aval commercial et industriel et ce, sur la base de contrats définissant clairement les engagements des deux parties dans le cadre de projets d’agrégation bien identifiés.Et afin de donner une impulsion aux projets d’agrégation, l’ADA a veillé à l’élaboration des textes d’application de la loi sur l’agrégation agricole selon une approche participative basée sur un diagnostic intégrant les opérateurs, les agrégateurs, les interprofessions et les Chambres d’Agriculture.

Ces textes sont de nature à dépasser les difficultés rencontrés dans la mise en œuvre de ces projets, notamment à travers l’intégration dans le système de soutien à l’agrégation de l’ensemble des 19 filières signataires des Contrats Programme, la simplification des procédures d’approbation des projets d’agrégation et d’octroi des attestations d’agrégation en adoptant une approche décentralisée avec l’adaptation de modèles d’agrégation à chaque filière ainsi que la révision des normes d’agrégation des filières. A titre d’exemple, pour les filières maraichage et arboriculture fruitière, le nombre d’agrégés minimal est de 15 agrégés pour une superficie minimale de 60 hectares. De même, les textes stipulent la tolérance d’un taux de retrait des agrégés de la liste initiale arrêtée dans le projet tant que les normes minimales d’éligibilité sont respectées.

En termes de sensibilisation et de communication sur les nouvelles dispositions réglementaires sur l’agrégation agricole, l’Agence pour le Développement Agricole (ADA) a procédé à l’organisation d’un Roadshow au niveau de toutes les régions du Royaume en étroite collaboration avec les Directions Régionales de l’Agriculture et les Chambres d’Agriculture. C’est ainsi qu’au niveau de chacune des régions, un atelier de travail et de sensibilisation conduit par l’Agence pour le Développement Agricole et présidé par le Président de la Chambre Régionale de l’Agriculture et du Directeur Régional de la Direction Régionale de l’Agriculture, est organisé au profit  des représentants des Chambres d’Agriculture, des organisations  professionnelles et interprofessionnelles, des partenaires économiques, des agroindustriels et des services régionaux concernées du département de l’Agriculture, auxquels une large campagne de communication leur est exclusivement dédiée.

Pour ce faire, l’ADA a réalisé un film institutionnel sur les nouvelles dispositions de la loi sur l’agrégation qui a servi de support simplifié lors desdits ateliers. Aussi, nous avons préparé une campagne de communication autour de l’agrégation agricole en coordination avec l’ONCA et ce, à travers la formation des conseillers agricoles, la participation dans les différentes activités organisées par cette dernière et le développement de supports scriptovisuels. Aussi dans ce sens a été prévu un programme d’ateliers de travail en faveur des professionnels du secteur agricole dans différentes filières, le but étant de communiquer autour des nouvelles dispositions de la loi sur l’agrégation agricole et la concrétisation de nouveaux projets d’agrégation.

A ce jour, le nombre total des projets d’agrégation, validés jusqu’à fin décembre 2016, s’élève à 166 projets. Ces projets sont à différents stades de mise en œuvre. En effet, 56 projets disposent actuellement d’une attestation d’agrégation pour un investissement de 20 milliards de DH et portant sur une superficie de 342.000 ha et 320.000 têtes (cheptel) au profit de 135.000 agrégés.

Kaoutar Khennach

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