ONU: la réforme impossible du Conseil de sécurité

Serpent de mer, une réforme du Conseil de sécurité de l’ONU, figé dans sa composition depuis la Seconde Guerre mondiale, a été réclamée comme jamais cette semaine lors de l’Assemblée générale annuelle de l’Organisation, mais sans avancée en vue.

Avec la pandémie de Covid-19, les divisions entre les cinq membres permanents – Etats-Unis, Russie, Chine, France et Royaume-Uni – et la paralysie qu’elles suscitent ont atteint des niveaux inacceptables pour beaucoup.

Le Conseil de sécurité comprend au total 15 sièges mais ses dix membres non permanents, renouvelés chaque année pour moitié, n’ont pas de droit de veto à la différence des permanents. «Si chaque pays est libre de présenter une résolution, dans la réalité elles viennent surtout des Occidentaux», orientant la gestion du monde, relève un diplomate sous anonymat.

La gouvernance mondiale post-pandémie est, à l’initiative du Niger, le thème jeudi d’une visioconférence du Conseil de sécurité. Son élargissement devrait y être évoqué même si les «Cinq Grands» devraient s’opposer à une perte de leurs privilèges.

«Nous savons que la relation entre les grandes puissances du monde aujourd’hui est très dysfonctionnelle, rendant les décisions difficiles pour le Conseil de sécurité», relevait fin avril le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres. Un constat qui devrait rester encore longtemps d’actualité.

Sur la pandémie comme sur la Syrie, le Yémen ou la Libye, sans entente entre grandes puissances, une coopération efficace ou des sorties de conflits ne sont pas imaginables.

De l’Amérique du Sud à l’Asie en passant par l’Afrique et l’Europe, plusieurs dirigeants ont profité de l’Assemblée générale pour souligner la nécessité «urgente» de réformer le Conseil de sécurité afin de mieux refléter le monde d’aujourd’hui.

A l’issue d’une réunion à huis clos, l’Inde, le Japon, le Brésil et l’Allemagne ont revendiqué mercredi un statut de membres permanents.

Il y a urgence à réformer le Conseil en l’élargissant pour le «rendre plus représentatif, plus légitime et efficace», sans quoi il risque de devenir «obsolète», ont averti les quatre pays.

Il faut parvenir à une composition «qui reflète le mieux la représentativité des peuples, des nations et des continents», a dit le président angolais João Lourenço. Le monde a besoin d’un Conseil de sécurité «plus transparent, plus démocratique, plus représentatif», a renchéri le Congolais Félix Tshisekedi.

L’instance suprême de l’ONU devrait être rebaptisée «Conseil de sécurité humaine», a réclamé Carlos Alvarado (Costa Rica), en déplorant que ses membres permanents soient les principaux producteurs d’armes. Selon lui, ce devrait être une instance «capable de dépasser ses profondes divisions internes pour travailler unie, d’une seule voix».

Même approche pour l’Argentin Alberto Fernandez, qui a appelé à une nouvelle «maison commune», ou son homologue chilien Sebastian Piñera, qui juge que le Conseil de sécurité «ne répond plus aux besoins ou aux défis de l’époque».

Mais comment faire bouger les Cinq Grands? Un sommet comme l’a proposé le Russe Vladimir Poutine sans objectif clair? Comment convaincre la Chine qu’une présence permanente de l’Inde n’est pas une menace?

Comment encourager la France, pro-européenne, à partager son statut avec l’Allemagne?

Les chances de succès d’une réforme «sont proches de zéro», affirme à l’AFP Andrew Bacevich, professeur de relations internationales à l’Université américaine de Boston. «Parce qu’elle veut dire une perte de pouvoir, de statut, pour les cinq membres permanents».

Officiellement, Paris, qui milite pour une limitation du recours au veto en cas «d’atrocités de masse», est en faveur d’un élargissement du Conseil. La France soutient les candidatures allemande, brésilienne, indienne et japonaise ainsi qu’une présence renforcée des Africains, jugeant que le Conseil pourrait compter jusqu’à 25 membres, permanents et non-permanents.

Actuellement, le Conseil «sert largement les intérêts des Etats-Unis, de la Russie, de la France, du Royaume-Uni et de la Chine. Et donc ces pays n’accepteront aucune restructuration», prévient toutefois Andrew Bacevich.

Quant à la place de l’Afrique, il faudrait que les Africains se mettent d’abord d’accord. En 2005, une «Position africaine commune» a établi que le continent africain ne devait «pas avoir moins de deux sièges permanents au Conseil avec toutes leurs prérogatives, dont le droit de veto». Mais depuis, les discussions sont infructueuses sur quels pays occuperaient ces deux sièges.

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