Paroles … paroles

La Commission Spéciale sur le Modèle du Développement a entamé ses auditions. C’est l’occasion de prendre connaissance des propositions des uns et des autres sur le «nouvel modèle économique» envisagé. L’oral s’effectue dans les conditions les plus convenables. Tout le monde est beau, tout le monde est gentil  et les sourires ne manquent pas d’égayer les visages devant les caméras. C’est aussi l’occasion pour les uns et pour les autres de faire part de leur copie à l’opinion publique.

L’autre, qui disait avoir vécu la période des négociations visant à amener l’opposition du moment à se mouiller beaucoup plus pour la consolidation du processus démocratique, se rappelait les positions des partis politiques à l’égard de l’offre royale d’assurer une alternance consensuelle. Certains étaient coalisés et leurs doléances étaient claires et classées avec un ordre de priorité. C’est ce qui semble manquer à l’oral de la CSMD. L’effort studieux des intéressés ne reflète aucunement leurs expériences passées particulièrement depuis l’intronisation de Sa Majesté.

La présentation s’est basée sur des documents intéressants et instructifs qui reprennent tous les ingrédients nécessaires à l’épanouissement humain dans le cadre d’un développement durable. Des synthèses de lectures plus ou moins élaborées sans plus. Des constats qui sont devenus des vérités reconnues par tous mais sans aucune critique, positive ou négative, totale ou partielle, des exercices précédents alors que l’ensemble des audités ont participé d’une manière ou d’une autre à la mise en place du système actuel de développement.

L’impression est que la CSMD s’est transformée en DRH qui interviewe des acteurs du champ politique national dans l’attente d’un probable recrutement prochain. C’est une négociation comme celle qui a précédée l’alternance consensuelle, sauf que la donne est toute autre. Les partis politiques affaiblis, il faut avoir l’honnêteté de le reconnaître, sont dans l’attente. Demandeurs de reconnaissance de partout, dans un ordre plus que dispersé, avec des situations internes ambivalentes et devant assumer, au moins partiellement, les déboires du système actuel de développement, les partis ne se donnent aucunement les moyens pour négocier les modalités de ce «nouveau souffle démocratique» tant espéré. Ils donnent l’impression de s’accommoder de ce que la CSMD produira dans l’espoir de marquer l’opinion par une affirmation de ce qu’ils sont ou de ce qu’ils sont censés être. On attendra la suite pour voir…

En arrière plan, au dehors des salons d’audition, le soleil tape assez fort et la pluie devient un facteur limitant pour l’année agricole. En ces jours d’hiver, les surfaces emblavées donnent un air de printemps à nos campagnes qui virent dans certaines de leurs parties au vert-jaune pour signifier leur stress à l’eau. C’est vrai que cela n’a rien à voir avec les incendies qui se passent en Australie… et des changements climatiques annoncés. De toutes les façons, de cela personne dans les salons climatisés n’en parle.

Plutôt si ; un géographe qui, dans sa retraite, se lève tôt le matin et qui se pose des questions que seul lui a l’intelligence de poser. Prenez ainsi la surface agricole utile du pays et répartissez, sans aucune distinction climatique édaphique ou topographique, cette surface sur la population rurale actuelle. En faisant l’économie de l’ensemble de l’argumentaire on arrive au  constat que «la terre» ne peut plus suffire pour subvenir aux besoins de son homme. Par la force des choses, Homo sapiens marocannus ruralis va s’en aller à pratiquer l’exode vers d’autres espaces.

L’outre-mer étant verrouillé pour les damnés de la terre, il ne reste que les agglomérations urbaines qui s’érigent aux alentours.  Sauf que ces dernières, aussi «smart cities»  soient-elles, ne lui offriront que la possibilité de vivre sa misère grâce à un petit travail au noir ou à se verser dans la délinquance et la criminalité. Le géographe, bavard chaque fois que l’intérêt national est en jeu, est prêt à en parler. Mais qui l’entendra ? Vieille chanson dont la ritournelle se répète : «Encore des mots, toujours des mots. Parole, parole».  

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